
Installé aujourd’hui en Espagne après avoir longtemps construit sa musique à La Nouvelle-Orléans, Luke Winslow-King revient avec Coast Of Light, un nouvel album attendu le 4 septembre chez Bloodshot Records. Toujours difficile à enfermer dans une case, l’Américain continue de faire évoluer son univers au fil des voyages, des rencontres et des paysages qui l’entourent. Sur ce neuvième album, il explore des territoires encore plus personnels et parfois plus expérimentaux, sans jamais perdre ce lien profond avec les racines du blues.
Avant même sa sortie, Luke Winslow-King revient pour Blues Actu sur cette nouvelle brique à une discrogaphie déjà très riche où la spontanéité guide encore et toujours sa musique.
🎙️ Luke Winslow-King en interview avec Cédric Vernet
Luke, tu as longtemps été associé à La Nouvelle-Orléans. Maintenant que tu vis en Espagne, est-ce que tu sens que ton écriture a changé avec ce nouvel environnement ?
Absolument. Le changement est probablement la seule vraie constante, et l’écriture ne fait pas exception. Avec les années, j’ai fait un effort conscient pour intégrer l’écriture dans mon quotidien plutôt que de la considérer comme quelque chose de précieux ou réservé aux périodes de deadline. Cette approche permet naturellement aux chansons de s’adapter à leur environnement et de refléter ce que je vois et ce que je vis.
Je suis vraiment heureux de la vie que je me suis construite ici en Espagne, et je suis enthousiaste à l’idée de voir où ce nouveau chapitre musical va me mener.
Est-ce qu’on entend encore La Nouvelle-Orléans dans ta musique ?
Évidemment. Après avoir fait mes armes dans une ville aussi influente que La Nouvelle-Orléans, je ne pense pas pouvoir laisser cette influence complètement derrière moi. C’est comme une radio qui jouerait en permanence quelque part en arrière-plan : ces rythmes, ces approches et ces traditions sont toujours là quand j’en ai besoin.
J’essaie de ne pas m’y appuyer de façon trop consciente, mais ça fait totalement partie du langage musical.
Coast Of Light possède une ambiance très cinématographique. Tu visualises des images quand tu écris ou composes ?
Oui, complètement. Coast Of Light ressemble à une collection de souvenirs ramenés de la côte sud-ouest de l’Espagne. Le disque fonctionne presque comme un livre de mémoire.
Je compare souvent cette approche aux peintures de Salvador Dalí : plusieurs objets peuvent sembler sans lien direct au premier regard, mais ensemble ils créent un univers symbolique et une esthétique très particulière.
Tu as toujours semblé refuser les frontières entre blues, folk, jazz et rock. Malgré tout, est-ce que le blues reste le point de départ de tout ce que tu fais ?
Non, je dirais plutôt que c’est le point de départ d’une grande partie de mon travail, mais pas de tout. Je fais attention à ne pas me sentir enfermé dans un seul genre. Une grande partie de ma propre identité s’est construite en explorant justement les frontières entre différents styles et différentes approches musicales.
Le disque laisse beaucoup de place à la spontanéité et au jeu collectif. Est-ce que tu cherches encore le “danger” du live quand tu enregistres en studio ?
Oui, totalement. On essaie toujours d’explorer ces zones-là et d’exposer nos propres fragilités en studio, parce que ce sont souvent ces moments qui donnent les choses les plus intéressantes créativement.
J’ai toujours encouragé les musiciens et les collaborateurs autour de moi à être aventureux en studio et à se sentir libres de proposer toutes leurs idées. Parfois, je crée même des situations pour me surprendre moi-même pendant le processus.
Dangerous Blues part d’un ancien field recording lié à Alan Lomax. Qu’est-ce qui te fascine autant dans ces racines très brutes de la musique américaine ?
C’est difficile à expliquer complètement. J’ai l’impression que cette musique se trouve au cœur même de celle que je joue, très proche aussi de ma propre existence.
Je suis né à Dubuque dans l’Iowa, sur les falaises du Mississippi, et cette musique a toujours représenté quelque chose de familier pour moi, une partie de mon identité. Il y a très peu de choses dans cet univers qui ne me fascinent pas.
Je suis fier que l’Amérique ait pu offrir au monde une musique aussi brute et authentique, et je suis fier d’avoir l’opportunité de représenter cette musique le plus honnêtement possible quand je voyage et joue sur scène. Mais je ressens aussi une responsabilité : celle de créer quelque chose d’authentique et personnel comme contribution à cette immense tradition.
Après neuf albums, est-ce que c’est devenu plus difficile de te surprendre toi-même ?
Ça fait clairement partie du défi, mais je ne dirais pas que c’est devenu plus difficile. Les objectifs bougent sans cesse, et chaque projet possède ses propres contraintes et ses propres défis.
J’essaie constamment de continuer à me surprendre, et j’ai encore le sentiment qu’il reste un immense territoire à explorer.
Tu seras au Festival Eldorado avant même la sortie de l’album. Tu aimes tester les nouveaux morceaux sur scène avant qu’ils appartiennent au public ?
Oui, complètement. Certains de ces morceaux sont passés par plusieurs versions différentes avant d’arriver à leur forme finale sur disque. On cherche toujours à repousser les limites et à se nourrir de l’énergie du public.
Je suis vraiment impatient de partager ces nouvelles chansons au festival, et très reconnaissant d’avoir cette opportunité.
Merci Luke, à très bientôt sur la route.
Merci beaucoup pour l’interview Cédric !
Un disque nourri par les paysages et la mémoire

Avec Coast Of Light, Luke Winslow-King construit probablement son disque le plus évocateur depuis longtemps. Inspiré par ses séjours à Cádiz et sur la Costa de la Luz, l’album fonctionne comme une succession de souvenirs fragmentés, de visions et d’images recomposées.
Enregistré au Jambona Lab de Livourne avec Roberto Luti, le disque laisse une place essentielle à la spontanéité. On y retrouve autant la rugosité du Mississippi Hill Country sur Dangerous Blues, inspiré d’un ancien field recording lié à Alan Lomax, que des climats beaucoup plus flottants et presque psychédéliques sur Teacher’s Desk. Une manière pour Luke Winslow-King de poursuivre cette exploration permanente des frontières musicales sans jamais perdre le lien avec les racines profondes du blues américain.
Coast Of Light confirme que Luke Winslow-King reste l’un des musiciens les plus libres et imprévisibles de la scène roots actuelle.
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