
Créé en 2024 dans une ancienne scierie de Vancé, en Sarthe, Eldorado Americana Festival ne ressemble à aucun autre festival français. Americana, country, blues, folk ou roots rock s’y croisent dans un décor qui évoque les grands espaces américains. Derrière ce projet atypique se cache un passionné tapi dans l’ombre qui défend ces musiques depuis plusieurs décennies. Alors que s’ouvre la deuxième édition, Michel Pampelune revient pour Blues Actu sur la philosophie d’Eldorado et sur ce qui fait, selon lui, la singularité de ce festival à taille humaine.
🎙️ Michel Pampelune en interview avec Cédric Vernet
Après une première édition réussie, qu’est-ce qui t’a convaincu qu’Eldorado avait vraiment sa place dans le paysage des festivals français ?
La première édition du festival, en septembre 2024, a été une véritable validation, aussi bien sur le plan artistique qu’organisationnel. Notre petite équipe a été à la hauteur et les festivaliers, tout comme les artistes, sont repartis ravis de l’expérience, saluant notre professionnalisme alors que nous faisions nos premiers pas. Et puis, c’est une conviction intime que j’ai. Je pense qu’il y a la place pour un petit festival singulier consacré à ces musiques dites « de niche ». Je ne vois pas d’autre festival comme Eldorado en France. Est-ce à dire que c’est une mauvaise idée ? Ou simplement qu’elle n’avait jamais été tentée ? L’avenir le dira.
Pourtant, le terme « americana » n’est pas très répandu en France. Qu’est-ce qu’il recouvre pour toi ?
C’est vrai que le terme « americana » n’est pas répandu en France et je ne compte pas forcément, à l’avenir, y recourir. Cela me semblait toutefois plus simple, plus lisible, au départ du projet, de sous-titrer Eldorado avec « Americana Festival », comme pour annoncer la couleur et mettre le public sur la voie de nos intentions.
Tu as été disquaire, producteur, tourneur, éditeur… Est-ce qu’Eldorado est finalement une forme de synthèse de toutes tes expériences ?
Un peu, oui. En tout cas, j’ai appris avec mes aventures professionnelles précédentes et cela nourrit ce nouveau projet. Mais je continue à creuser le même sillon. C’est le véhicule qui change, le média, mais le fil conducteur reste le même : partager mes coups de cœur, être un passeur pour ces musiques que j’aime. Kiffer puis partager.
« On nous demande souvent : Mais pourquoi Vancé ? »
Monter un festival de musiques américaines dans un petit village de Sarthe, certains ont dû trouver ça complètement fou au départ…
C’est clair. On nous demande souvent : « Mais pourquoi Vancé ? » Pourquoi pas ? Je me trouve à Vancé moi-même et nous avons ce site, une ancienne scierie, qui est idéal pour Eldorado.
Justement, qu’est-ce que Vancé apporte au festival que tu ne retrouverais jamais dans une grande ville ?
Le site, justement. Cette ancienne scierie. Et puis notre campagne, entre vignes et châteaux, à cheval sur la Sarthe, l’Indre-et-Loire et le Loir-et-Cher. Elle possède un charme particulier. Après tout, « country » signifie campagne. Ces musiques roots se savourent naturellement dans un environnement rural.
Il y a quelque chose d’assez beau dans cette ancienne scierie transformée en lieu culturel. Le décor fait partie intégrante du projet ?
Oui. C’est même la raison pour laquelle le festival a lieu ici. Les deux hangars en bois couverts ressemblent à une immense grange de Neil Young. Entre le métal et le bois, le site possède déjà une âme avant même qu’on y installe la moindre décoration. Et j’aime beaucoup l’idée de redonner vie à une ancienne usine grâce à un projet culturel.

Tu défends ces musiques depuis des décennies en France. Tu as le sentiment que le regard du public français sur l’americana a changé ?
Plutôt, oui.
Aujourd’hui, est-ce qu’il reste encore des artistes « cachés » capables de bouleverser le public comme ont pu le faire autrefois Neil Young, Townes Van Zandt ou Johnny Cash ?
Je pense. J’espère. La forme est éternelle. J’aime à penser qu’un artiste qui empoigne sa guitare pour raconter ses peines de cœur et nous donne des frissons existera toujours. Des artistes aussi importants que ceux que tu cites, peut-être pas, car ils ont plus ou moins écrit les tables de la loi du genre et leurs chaussures sont immenses. Mais récemment, j’aime beaucoup Jesse Wells.
Cette année, il y a des exclusivités françaises comme Dylan LeBlanc ou Jesse Sykes & The Sweet Hereafter. C’est compliqué aujourd’hui de faire venir ce type d’artistes en France ?
Oui, c’est compliqué. Pour concevoir notre affiche, l’idéal est de réussir à capter des artistes déjà en tournée européenne ou de manifester notre intérêt très en amont. La France ne représente malheureusement pas un marché très important pour ce type d’artistes. Ils obtiennent de meilleurs cachets aux Pays-Bas, en Espagne ou au Royaume-Uni.
Il y a chez beaucoup d’artistes programmés une forme d’authenticité presque à contre-courant de l’époque actuelle : GA-20, Luke Winslow-King, Alela Diane… Tu refuses les artistes trop « formatés » ?
Je n’y pense même pas, cela doit être inconscient. Mais tu as sans doute raison. C’est peut-être une des caractéristiques du festival. Tous les artistes programmés sont avant tout des auteurs-compositeurs. Ce qui m’importe, c’est qu’ils aient une personnalité, qu’ils proposent quelque chose de singulier tout en s’inscrivant dans un héritage.
« La culture est une chance pour nos campagnes »
Tu parles souvent du rôle de la culture dans les territoires ruraux. Tu penses qu’on sous-estime encore énormément ce sujet en France ?
Je pense en effet que la culture, comme auparavant le tourisme, représente une véritable chance pour nos campagnes. Dans une ville voisine de chez moi, une grande usine a fermé. Les emplois sont partis, puis les commerces, l’école est aujourd’hui menacée et les jeunes s’installent ailleurs. La culture peut contribuer à redonner de la vie à ces territoires.
Monter un festival aujourd’hui, entre les coûts, les risques météo et les difficultés économiques, c’est devenu un acte militant ?
Pas loin. Il faut être prêt à travailler dur, les soirs, les week-ends, parfois bénévolement, investir de l’argent personnel sans être certain de le récupérer. Quant à la météo, c’est devenu un sujet permanent. Notre première édition s’est déroulée sous une pluie battante. Cette année, c’est la canicule.

Est-ce qu’Eldorado a vocation à grandir ou tiens-tu absolument à conserver cette dimension à taille humaine ?
Il est possible qu’Eldorado grandisse un peu dans les prochaines années, ne serait-ce que pour avoir les moyens de faire venir des artistes un peu plus importants. Mais je tiens vraiment à préserver cet esprit de boutique-festival, cette dimension à taille humaine qui correspond parfaitement aux musiques que nous défendons. On verra bien. Pour l’instant, l’objectif est déjà de pérenniser le projet.
« L’artiste rêvé est celui que je ne connais pas encore »
Si tu devais résumer l’esprit d’Eldorado en trois disques indispensables, lesquels choisirais-tu ?
Je dirais Fade Away Diamond Time de Neal Casal, I Feel Alright de Steve Earle et The Southern Harmony & Musical Companion des Black Crowes. Et si tu m’autorises un quatrième, j’ajouterais Hollywood Town Hall des Jayhawks.
Est-ce qu’il y a un artiste rêvé que tu aimerais absolument accueillir un jour à Eldorado ?
L’artiste rêvé que j’aimerais accueillir un jour à Eldorado, c’est un artiste que je ne connais pas encore et que je vais découvrir.
Finalement, qu’est-ce que tu aimerais que les festivaliers ressentent en repartant d’Eldorado ?
J’aimerais qu’ils repartent avec l’impression d’avoir découvert des artistes qu’ils n’auraient peut-être jamais croisés ailleurs, qu’ils aient vécu un moment chaleureux, simple, et qu’ils aient envie de revenir. C’est exactement l’esprit d’Eldorado : partager des coups de cœur dans un lieu qui possède déjà une âme.
📍 En pratique
Eldorado Festival
📅 Du 26 au 27 juin 2026
📍 Château de Poncé (26 juin) et Scierie de Vancé (27 juin)
💰 20€ le vendredi, 40€ le samedi
Au programme de cette deuxième édition : Luke Winslow-King, Dylan LeBlanc, Alela Diane, GA-20, Jesse Sykes & The Sweet Hereafter et de nombreux autres artistes venus des scènes americana, blues, folk et country. Dès le vendredi, une soirée d’ouverture avec Barbara Forstner et Dylan LeBlanc.
Le festival mise sur une jauge volontairement limitée afin de préserver la proximité entre les artistes et le public, dans un cadre atypique : une ancienne scierie transformée en lieu culturel, au cœur de la campagne sarthoise.

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