
Du 24 au 26 juillet, le Binic Folks Blues Festival célébrera sa quinzième édition. Quinze ans d’une aventure devenue un point de rendez-vous pour les amateurs de rock, de garage, de blues, de punk et de toutes les musiques qui refusent les frontières. Dans le petit port des Côtes-d’Armor, le festival a construit au fil du temps une identité unique, loin des standards de l’industrie et des programmations formatées.
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Pour Blues Actu, Ludovic LORRE, programmateur du festival, revient sur cette histoire singulière qui continue de s’écrire avec la même passion qu’au premier jour.
Une aventure née d’un pari devenu phénomène
Lorsque l’association La Nef D Fous lance la première édition en 2009, personne n’imagine encore l’ampleur que prendra l’événement. Quinze ans plus tard, l’émotion reste intacte pour ceux qui l’ont vu grandir. « Nous avons créé l’association La Nef D Fous en 2008 et le premier Folks Blues en 2009 sur un coup de poker pour à peine 1000 personnes qui, 10 ans plus tard, a rassemblé plus de 70 000 festivaliers », rappelle Ludovic LORRE. Une évolution spectaculaire qui ne semble pourtant pas avoir modifié l’esprit du projet.
« Pour cette quinzième édition c’est toujours avec une grande émotion que nous nous disons que la formule fonctionne toujours. Celle d’une histoire vivante autour de la musique telle que nous l’aimons, la dévorons et sommes heureux de pouvoir la partager au plus grand nombre, curieux, fans historiques, mélomanes ou pas, jeunes et moins jeunes avec la même passion qui nous animait au début de cette aventure. »
Cette passion demeure aujourd’hui le moteur principal du festival. Le Binic Folks Blues revendique une vision de la musique et de sa transmission.
Une exception bretonne
À l’heure où de nombreux festivals finissent par proposer des affiches interchangeables, le rendez-vous breton continue de cultiver sa différence. Une singularité dont Ludovic LORRE parle avec une certaine fierté. « Le Binic est et restera LE Binic, un évènement musical atypique né dans un petit village de bord de mer des Côtes d’Armor, sans prétention aucune et parti de rien, si ce n’est l’envie d’essayer de résumer une histoire de la musique en trois jours. »
Cette formule résume sans doute mieux que n’importe quel slogan l’identité du festival. À Binic, chaque programmation est pensée comme un parcours à travers les musiques alternatives, des racines du garage rock jusqu’aux expressions les plus contemporaines. « En dix ans Binic est devenu la petite Venise du rock indépendant où se retrouve une dizaine de milliers de pèlerins pour célébrer la musique alternative sous toutes ses formes », poursuit-il.
Le mot n’est pas choisi au hasard. Chaque été, des festivaliers venus de toute l’Europe convergent vers le port breton avec le même état d’esprit : découvrir des groupes, retrouver des artistes devenus cultes et partager une expérience qui dépasse largement le simple cadre du concert.
« Le Binic est et restera LE Binic »
L’Australie comme boussole électrique
Impossible d’évoquer le Binic Folks Blues sans parler de l’Australie. Encore cette année, la scène des antipodes occupe une place centrale dans la programmation. On y retrouve des figures historiques comme Cosmic Psychos ou Sacred Cowboys, mais aussi des groupes plus récents comme CLAMM, Public House, Frenzee, Chimers, Lunatic ou Hana and Jessie-Lee’s Bad Habits.
Pour Ludovic LORRE, cette fidélité s’explique par la vitalité exceptionnelle d’une scène qui ne cesse de se réinventer. « La scène musicale australienne est comme la partie immergée d’un immense iceberg. Au-delà d’une culture résolument radicale, c’est avant tout une mine d’or d’artistes aux sonorités aussi incroyables qu’uniques. »
Les Cosmic Psychos incarnent à eux seuls une partie de cette mythologie australienne. Groupe culte de Sydney, ils traînent derrière eux une réputation de pionniers du rock sale, lourd et sans détour. Leur son, saturé de fuzz et de wha-wha, a souvent été cité comme l’une des influences souterraines du grunge, jusque dans l’entourage de Kurt Cobain et de Nirvana. À Binic, leur concert s’annonce comme l’un de ces moments robustes, directs, taillés pour une soirée de festival où la nuance se mesure parfois au volume des amplis.

Mais l’Australie de Binic ne se limite pas aux légendes. Public House, formé à Melbourne par Wolfgang Buckley, déjà croisé chez Stiff Richards, et James McClurg, représente cette nouvelle génération punk qui avance sans mode d’emploi : démos maison, énergie frontale et concerts joués comme si chaque morceau devait tout emporter. Dans un autre registre, Hana and Jessie-Lee’s Bad Habits apporteront une touche country australienne plus ample, portée par la voix d’Hana Brenecki et les guitares de Jessie-Lee Zubkevych, après un premier disque élu meilleur album country de l’État de Victoria en 2024.
Cette passion est également nourrie par les liens tissés au fil des années avec le label Beast Records et son fondateur Sébastien Blanchais, partenaire de longue date dans cette exploration permanente des groupes venus des antipodes. « Ce vivier d’artistes hors du commun est en constante ébullition et en perpétuelle révolution, à l’image de Melbourne qui depuis plus de quinze ans est incontestablement devenue LA capitale mondiale du Rock’n’Roll. »
Cette phrase dit beaucoup de l’imaginaire du festival. À Binic, l’Australie n’est pas une couleur ajoutée à l’affiche. C’est une boussole, une manière de défendre un rock sans vernis, nourri de post-punk, de garage, de country déviante, de blues rugueux et d’électricité brute.
Des légendes et des découvertes
C’est sans doute là que réside l’une des forces du Binic Folks Blues : faire cohabiter sur une même affiche des groupes cultes, des revenants magnifiques et des découvertes prêtes à bousculer les certitudes. Sacred Cowboys, formé à Melbourne en 1982 par Garry Gray et Mark Ferrie, arrive avec tout un pan de l’histoire post-punk australienne dans ses bagages. Le groupe vient défendre In The Manifesto, son dernier album sorti chez Beast Records, preuve que les vieilles légendes peuvent encore écrire au présent.
À l’autre bout de la carte, Las Robertas feront venir le Costa Rica à Binic avec leur rock psychédélique nourri d’années 60 et de revival garage. Les Italiens de Movie Star Junkies, eux, reviennent avec leur réputation de bêtes de scène blues-garage-rock, tandis que Gianni TBAY and the Rowdy Rails promettent un blues-garage italien plus nerveux, désormais porté en trio.
Le festival sait aussi ménager ses surprises. Doss, duo écossais DIY post-punk électronique, devrait parler aux amateurs de concerts tendus, secs et physiques. Quant à Frankie and the Witch Fingers, venus de Los Angeles, ils poursuivent leur mutation psych-punk avec ce mélange de proto-punk, de new wave cabossée et de pulsations synthétiques qui a fait leur réputation de machine live imprévisible.
Rien de très sage, donc. Mais c’est précisément ce qui fait tenir l’ensemble. À Binic, la programmation n’empile pas les noms : elle raconte une histoire du rock indépendant, de ses racines les plus crues à ses formes les plus actuelles.
Le retour du rêve nommé Soledad Brothers
Parmi les événements les plus attendus de cette édition 2026 figure sans conteste la reformation des Soledad Brothers. Pour de nombreux amateurs de garage blues, le groupe de Detroit appartient à cette catégorie d’artistes devenus presque mythiques. Formé en 1998 à Maumee, dans la banlieue de Detroit, le gang de Johnny Walker a posé les jalons d’un garage-soul-punk-blues qui a ouvert la voie à toute une génération, des White Stripes aux Dirtbombs.

Pour Ludovic LORRE, leur présence possède une dimension très personnelle. « Dans la genèse de l’histoire des premières années du festival les Soledad Brothers ont toujours été l’un des fantasmes musicaux que nous rêvions de réaliser. »
Il se souvient encore de ses passages chez Rockin Bones à Rennes et de sa fascination pour le groupe emmené par Johnny Walker. « Ce groupe transpirait la révolte et le danger avec son garage blues/soul punk radical et résumait bien à lui seul tout ce que nous aimions écouter à l’époque que ce soit chez Fat Possum ou Alive Records. »
La venue de Johnny Walker en solo à Binic en 2011 avait déjà marqué les esprits. Mais cette fois, l’histoire est différente. Après près de vingt ans de pause, les Soledad Brothers reprennent du service et leur passage sur la scène de la Banche ressemble déjà à un rendez-vous à part dans l’histoire du festival. « Cette reformation du groupe que plus personne n’espérait sera sans nul doute le concert à ne surtout pas rater le dimanche 26 juillet sur la scène de la Banche. »
Difficile de ne pas partager son enthousiasme tant le retour des Soledad Brothers constitue l’un des événements rock de cet été 2026.
« Cette reformation sera le concert à ne surtout pas rater »
Une histoire de confiance
Après quinze années d’existence, on pourrait penser que la découverte de nouveaux groupes reste la principale source de motivation du programmateur. Pourtant, sa réponse est ailleurs. « Ce qui me procure le plus de plaisir, c’est de toujours voir les sourires sur les visages de ces festivaliers ou de ce public intergénérationnel durant tout le week-end et qui nous fait confiance sur la pertinence de notre programmation à chaque édition depuis 2009. »
Cette confiance réciproque constitue probablement l’une des clés du succès du Binic Folks Blues. Le public accepte de se laisser surprendre. Le festival, lui, continue de prendre des risques. Et lorsque les premiers accords résonnent face à la mer, toute une année de recherches, d’écoutes et de passion trouve enfin sa récompense.
« La bande-son idéale de nos nuits d’hiver solitaires prend enfin tout son sens lors de cette procession musicale de précision fin juillet où chacun trouve de quoi s’évader grâce à ces artistes que seule La Nef D Fous est capable de rassembler à l’occasion de cet évènement à l’ambiance si particulière. »
Quinze ans après ses débuts, le Binic Folks Blues Festival continue ainsi de suivre sa propre route. Une route parfois sinueuse, souvent imprévisible, mais toujours guidée par le même amour de la musique libre.
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