Chris Bergson « East River Blues »

Couverture de l'album 'East River Blues' de Chris Bergson, avec Larry Grenadier, Herlin Riley et Jay Collins, sur fond bleu.

Alliant une gentillesse extrême à un talent vocal et guitaristique inouï, Chris Bergson revient déjà dans les bacs, quelques mois seulement après la réussite totale que constituait Comforts of Home, enregistré sous le nom du band complet. Avec seulement sept plages pour une durée d’écoute totale de 35 minutes, East River Blues est un joli complément à ce chef-d’œuvre, signé du seul nom du New-Yorkais.

Quatre titres y dépassent néanmoins allègrement les cinq minutes, pour mieux ménager l’écrin nécessaire à une expression musicale sachant prendre son temps, aux compositions de haut calibre, aux reprises savamment incarnées, au talent éclatant de chaque protagoniste, au plaisir pur offert par un approfondissement astucieux de chaque intervention.

Emprunté à Muddy Waters, Mean Disposition ouvre l’album en blues lent profond, avec un turn-around annonçant la couleur dès l’entame, confirmé de près par une attaque à la fois soigneuse et chaleureuse d’une rythmique au plus près du fond du temps. Le ton est donné…

Avec Little Girl Blue, popularisé par Nina Simone bien après son écriture en 1935, on plonge dans un jazz rassérénant grâce au jeu clair et précis de Chris Bergson sur une jolie Gibson ES 335 aérienne, ponctué d’un martèlement souple de la contrebasse allié à un jeu aux balais parfait.

Le titre album enlève un peu plus l’auditeur avec un tempo gracile et alerte, où le saxophone calque le thème de la guitare sans l’aplatir ; la connexion magique entre Jay Collins (ancien compagnon de Gregg Allman) et Chris Bergson s’avère à la fois exquise et pertinente. La liberté que prend ensuite le leader avalise la tradition du jazz dans sa définition première : en exercice à la fois libre et imposé, son solo de guitare se déroule dans la volupté.

La politesse est aussitôt rendue avec un solo de saxophone suave et juteux. Dans la grille suivante, les deux instruments se répondent au plus près, faisant davantage encore monter la tension, avant de se retrouver pour habilement clôturer le thème. L’esprit de Grant Green plane sur ce titre magnifique.

Inspiré par Wes Montgomery, l’instrumental Sad Strains, littéralement « mélodies tristes », survient en milieu de parcours avec son timbre rond et son lyrisme à chaque étage. Larry Grenadier (qui s’exprime aussi avec John Scofield) nous y comble avec un solo de contrebasse habilement ponctué des cymbales et de la caisse claire d’Herlin Riley. Un titre écrit durant les années collège, favori du père de Chris, récemment disparu, qui constitue le pont idéal vers les trois plages restantes, à la durée plus ramassée.

Kindless Villain offre un beau point de bascule en shuffle implacable avec un texte bourré d’humour acerbe, co-composé avec Kate Ross, l’épouse de Chris Bergson. « Vilain au visage aimable, tes mensonges ne me dupent pas. (…) Femme au visage aimable, tu ne connais que la trahison. (…) Tu joues au docteur, mais tu n’as jamais mis les pieds à l’école. (…) »

Toutes les notes du solo ne sont pas jouées à la main droite ; la puissance manuelle de Bergson, tranchant avec la finesse du jeu, y est d’une solidité et d’une précision diaboliques. Un titre à faire écouter à tous les écoliers du swing.

On calme à nouveau le tempo avec What Would I Do, aux belles volutes de sax et de guitare pointant sur un territoire rythmique retenu, constamment entretenu par un jeu de cymbales foisonnant et une rondeur de basse exceptionnelle.

C’est l’instrumental Driftin’ qui conclut de superbe manière ce très bel opus, avec encore une belle complicité saxophone / guitare au service d’un swing contagieux.

East River Blues est un très bel album qui combine à la perfection les deux passions de son auteur. Blues et jazz y sont magnifiés avec classe et tact, dans le bonheur d’une rencontre musicale idéale. Sublimant trente années de fidélité aux styles qui ont fait les heures de gloire de sa présence à New York, la ville qui ne dort jamais, Chris Bergson offre à ses fans à la fois de quoi les conforter dans leur amour et les rassurer sur la constance de ce prodige, tout nouvellement admis au club des jeunes quinquagénaires prolifiques. Si la courte durée de cet album vous frustre, revenez sur Comforts of Home afin de prolonger le voyage…

Fiche technique

ARTISTE : Chris Bergson
ALBUM : East River Blues
LABEL : Continental Record Service (CRS)
SORTIE : 15 mai 2026

MUSICIENS :

  • Chris Bergson (guitare, chant)
  • Larry Grenadier (basse)
  • Herlin Riley (batterie)
  • Jay Collins (saxophone ténor, titres 3, 6, 7)

TRACKLIST : 1/ Mean Disposition, 2/ Little Girl Blue, 3/ East River Blues, 4/ Sad Strains, 5/ Kindless Villain, 6/ What Would I Do, 7/ Driftin’.

POUR EN SAVOIR PLUS : chrisbergson.com


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par Marc Loison

Animateur radio depuis 1983 (Sweet Home Chicago depuis 1992), chroniqueur Blues (Soul Bag depuis 2005), guitariste "lefty", Marc Loison est un passionné de Blues de longue date. Ses interviews dans l'émission sont nombreuses et variées.

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