
Blues Actu vous propose de découvrir en exclusivité, la veille de sa sortie officielle, Me Blind, premier single et clip extrait de Mue, le nouvel album de Littlebig6ster attendu le 16 octobre 2026. Né du projet solo de Virginie Pinon avant de devenir un véritable clan musical, le quintet angevin poursuit sa route avec un disque enregistré en prises live aux studios Tostaky du Chabada à Angers.
Pour Blues Actu, Virginie Pinon revient sur cette mue qui ne fait que commencer…
🎥 Découvrez en exclusivité le clip de Me Blind
🎙️ Littlebig6ster en interview avec Cédric Vernet
À l’origine, Little6ster était un projet solo. Dix ans plus tard, Littlebig6ster fonctionne comme un véritable collectif de cinq musiciens. Est-ce que Mue raconte aussi cette transformation ?
Oui, complètement. La colonne vertébrale des morceaux naît toujours de mes textes, mélodies et compositions. C’est l’empreinte originelle, la signature artistique du projet depuis ses débuts. Avec deux exceptions majeures : Modern Tribe et Alien qui ont été composés à quatre mains avec Nicolas. Ces collaborations se sont imposées d’elles-mêmes, portées par les liens et la complicité qui se sont tissés au fil des années.
En revanche, là où l’évolution est la plus flagrante, c’est dans ce qui se passe après la naissance de la chanson. Une fois le squelette défini, Nicolas et moi-même travaillons d’abord la structure, les dynamiques et l’orientation des arrangements. Puis, lorsque le morceau arrive en répétition, chacun y injecte son propre langage musical, sa personnalité et sa vibration.
Littlebig6ster ne s’est pas construit autour d’une écriture à cinq stylos mais autour d’une manière unique de faire vivre les chansons ensemble. Le groupe devient un clan à travers l’interprétation, les arrangements et l’énergie collective.
Mue raconte précisément cette histoire-là : celle d’un projet intime qui, au fil des rencontres, s’est métamorphosé en une aventure humaine et musicale portée par deux leaders qui avancent d’un même pas.
Le mot « mue » évoque autant une transformation qu’un abandon de l’ancienne peau. Qu’avez-vous laissé derrière vous pour écrire cet album ?
Je crois que nous avons laissé derrière nous les barrières invisibles et les limites que l’on s’imposait sans s’en rendre compte. Pendant longtemps, on a cherché à nous enfermer dans des cases : étions-nous un groupe de blues, de rock, de soul ou de folk ? Avec Mue, nous rejetons les étiquettes. Le blues reste notre langue maternelle, nos racines, mais nous avons eu envie de le laisser voyager librement, sans passeport.
Une mue n’est pas un reniement. On ne jette pas ce qu’on a été. On conserve l’essentiel, l’ADN, et on laisse partir le superflu, ce qui alourdit et empêche d’avancer. Cet album parle exactement de ce délestage.

Votre musique a souvent été décrite comme un mélange de blues roots, de soul et de rock post-hippie. Avec Mue, avez-vous cherché à élargir encore davantage votre territoire musical ?
Nous ne nous posons jamais la question de savoir s’il faut être modernes ou vintages. Nous cherchons simplement à être sincères.
Le blues n’a jamais été une musique de musée, figée dans le temps. C’est une musique vivante, qui voyage, qui absorbe les poussières des routes qu’elle croise. C’est ce qui la maintient vivante. Sur Mue, nous avons laissé chaque morceau revendiquer sa propre couleur. Certains titres sont très roots, d’autres explorent des rythmiques beaucoup plus tribales, d’autres encore empruntent des chemins plus contemporains. Mais l’ancrage reste le même : raconter quelque chose de vrai, sans tricher.
Vous avez enregistré les neuf titres en prises live au studio Tostaky du Chabada. Dans un contexte où l’on peut corriger presque chaque note, qu’est-ce qu’une prise imparfaite mais vivante apporte selon vous qu’une prise parfaite ne pourra jamais restituer ?
Sans aucun doute. La scène est notre élément naturel, là où les morceaux respirent à plein poumons. Quand cinq musiciens jouent ensemble, connectés dans la même pièce, il se passe quelque chose qu’aucun logiciel ne pourra jamais simuler ou fabriquer. Il y a une tension, une écoute, un regard et parfois même des accidents heureux qui transfigurent un titre.
Nous voulions capturer cette vérité de l’instant. Mue ne cherche pas la perfection clinique du studio ; il cherche le vivant, la vibration. Les prises live nous ont permis de sceller sur bande cette énergie brute qui caractérise Littlebig6ster depuis le premier jour.
« Dans ce morceau, l’aveuglement n’est pas une perte de contrôle subie, c’est un abandon consenti. »
Le premier extrait Me Blind parle d’aveuglement alors que son clip semble au contraire chercher une forme de révélation. Comment est née cette contradiction ?
C’est précisément cette contradiction qui m’intéressait. Me Blind est probablement le morceau le plus viscéralement relié à nos racines blues. En l’écrivant, j’avais en tête cette manière qu’avaient Howlin’ Wolf ou Muddy Waters de parler d’amour, de désir et d’obsession ; avec très peu de mots mais énormément de force. Une force tellurique.
Dans ce morceau, l’aveuglement n’est pas une perte de contrôle subie, c’est un abandon consenti. Le personnage accepte de lâcher prise, de ne plus tout maîtriser pour se laisser pleinement traverser par le désir et l’élan de vie. C’est une invitation à cesser de vouloir tout dompter pour accepter d’être traversé par plus grand que soi.
Dans le clip de Me Blind, on croise des archives détournées, des figures masquées et des scènes de transe collective. Pourquoi cette idée du rituel revient-elle si souvent dans l’univers de Littlebig6ster ?
Je comprends que cela puisse évoquer une imagerie mystique ou ésotérique mais la démarche est ailleurs. Si le vocabulaire du rituel, de la transe ou de la mue est si présent, c’est parce qu’il offre des métaphores puissantes pour parler des mutations intimes de l’être humain. Ce qui m’intéresse avant tout, ce sont les trajectoires de vie, les expériences humaines.
Chaque morceau de l’album explore une de ces facettes. Running Wild parle de liberté pure. Toy aborde l’émancipation. Fight 2 B traite de la résistance. Modern Tribe célèbre la force collective et la fraternité. Alien transforme l’absence en lumière pour continuer d’aimer malgré la distance. Step Aside évoque le courage nécessaire pour répondre à un appel intérieur.
Tous ces thèmes sont profondément ancrés dans le réel. Le rituel, pour nous, n’est pas une croyance ou un dogme : c’est une clé visuelle et sonore pour symboliser les instants de bascule où un individu change de peau. Et la musique est sans doute l’un des plus puissants déclencheurs de transes et de transformations qui soit. Comme des rituels de passage d’un état à un autre…
La cigar box guitar occupe toujours une place centrale dans votre son. Qu’est-ce que cet instrument vous permet encore d’exprimer qu’une guitare plus conventionnelle ne permettrait pas ?
Son dénuement, précisément. La cigar box guitar raconte à elle seule toute l’histoire et la philosophie du blues : une histoire de résilience, de système D, de nécessité et de créativité pure.
Quand je joue de cet instrument, la relation est immédiate, physique. Elle ne permet pas le faux-semblant. Elle est brute, imparfaite, rugueuse, parfois même imprévisible. J’aime son grain, son caractère sauvage et sa capacité à ramener instantanément la musique à son squelette, à l’essentiel. C’est un instrument qui refuse la sophistication inutile et qui garde les pieds ancrés dans la poussière.
Après plus de 350 concerts et plusieurs distinctions nationales, avez-vous le sentiment que Mue est enfin le disque qui ressemble le plus à ce que le public découvre sur scène ?
Je le pense sincèrement. Nos disques précédents posaient les jalons de notre univers, mais Mue capture avec beaucoup plus de fidélité ce qui se produit lorsque le clan se rassemble sur scène. Il y a dans cet enregistrement beaucoup plus d’interactions spontanées, d’air, de contrastes et de dynamiques.
Le choix des prises live restitue ce dialogue permanent, ce jeu de regards et de relances entre nous. Aujourd’hui, quelqu’un qui nous découvre en concert et qui écoute Mue dans la foulée retrouvera exactement la même vérité, la même signature sonore.

Vous parlez souvent du groupe comme d’un « clan ». Dans une époque où beaucoup de projets fonctionnent autour d’un leader, qu’est-ce que ce mot dit de votre manière de faire de la musique ensemble ?
Le mot « clan » est parfois mal interprété. Il ne signifie pas un processus d’écriture uniforme. Comme je l’expliquais, la source originelle jaillit de mon univers personnel, à l’exception des co-compositions avec Nicolas sur Modern Tribe et Alien. Tout est déjà là, le groove, la basse, les mouvements. C’est dans l’étape cruciale des arrangements que le clan prend tout son sens.
Avec Nicolas, nous structurons et orientons la trajectoire musicale des titres : nous cherchons les tensions, les textures, le dialogue entre les guitares et l’harmonica, les silences. Tout ce qui va donner du relief au morceau. Ensuite, en studio et en répétition, chacun apporte sa propre identité : Cyril y déploie son univers percussif et sa transe tribale, Gilles pose l’assise de la basse qu’il s’approprie, Vincent et Jérémy propulsent le tout avec la puissance et la finesse de leurs jeux de batterie respectifs.
C’est à cet instant précis que la chanson change de peau. Elle m’échappe, elle ne m’appartient plus : elle devient une entité propre à Littlebig6ster. Le clan, c’est ça : des individualités fortes et entières qui canalisent leur énergie pour servir une vision commune.
« La mue n’est pas un état figé, c’est un mouvement. »
Le clip de Me Blind se termine sur l’idée que « la mue a commencé ». Faut-il voir cet album comme l’aboutissement de dix années d’existence ou comme le point de départ d’une nouvelle aventure ?
Les deux, je dirais. Dans Mue, on retrouve toutes les fondations qui nous ont construits : le blues, l’instinct de liberté, l’amour du live, la rugosité de la cigar box et cette énergie sauvage qui nous colle à la peau.
Mais en même temps, cet album valide une maturité. Nous assumons aujourd’hui pleinement notre identité hybride, nos contrastes et nos singularités, sans chercher à plaire ou à rentrer dans les clous.
Mue a été pensé comme un concept-album, un véritable parcours initiatique où chaque chanson est une étape du voyage. On s’élance avec la liberté de Running Wild, on s’abandonne dans Me Blind, on trouve sa place dans le collectif avec Modern Tribe, on lutte dans Fight 2 B, on écoute son appel intérieur avec Step Aside, on s’émancipe dans Toy, on pacifie l’absence avec Alien, jusqu’à Soul’s Sacrifice et la reprise de Heavy Soul qui viennent boucler le rituel.
La mue n’est pas un état figé, c’est un mouvement. Elle ne fait que commencer et cet album en est le premier manifeste.
📷 Photos : Sarah Cross
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