Jack White à Fourvière : et l’histoire du rock continue de s’écrire

Jack White n’est pas et n’a jamais été un artiste prévisible. Ceux qui ont eu la chance de le voir plusieurs fois le savent : chaque concert est différent. Et ce n’est pas une formule. Après deux soirées à l’Olympia la semaine précédente, elles-mêmes très différentes l’une de l’autre, le passage du boss de Third Man Records aux Nuits de Fourvière en a apporté une nouvelle démonstration.

Live report – Jack White
📆 18 juin 2026
📌 Lyon – Théâtre antique de Fourvière
🎸 Les Nuits de Fourvière
⏱️ Début : 22 h 10 – Fin : 23 h 40

Pour ma part, c’était déjà un troisième rendez-vous avec Jack White. Sans doute le plus sobre des trois. Mais aussi, à bien des égards, l’un des plus aboutis.

Treaks en ouverture

Avant l’arrivée de Jack White, le public de Fourvière a pu découvrir Treaks. En format power trio, le groupe a livré un set très efficace, quelque part entre le grunge des années 1990 et le garage rock contemporain. Les séquences électroniques apportent une couleur intéressante sans jamais prendre le pas sur les guitares. Une entrée en matière musclée qui préparait parfaitement le terrain pour la suite de la soirée.

Entre deux décharges électriques, Treaks a également montré qu’il était un groupe engagé. Une dimension militante assumée, omniprésente tout au long du set. Peut-être même un peu trop tant les chansons se suffisent à elles-mêmes. Comme le disait une vieille publicité pour le café Maxwell House : « Ce n’est (parfois) pas la peine d’en rajouter ».

Puis la scène se vide. Enfin, en apparence seulement. Car chez Jack White, même le changement de plateau fait partie du spectacle et les regards se tournent vers le ballet des techniciens. Costumes, chapeaux, gestes millimétrés. Ici, la road crew n’est pas dans l’ombre. Elle fait partie de l’univers imaginé par le musicien de Detroit. Même un simple line-check prend des allures de représentation théâtrale. La soirée peut réellement commencer.

22 h 10 précises, les lumières s’éteignent

Pour avoir vu Jack White plusieurs fois, ce qui frappe ce soir, c’est d’abord cette scène étonnamment dépouillée. Dominant discrètement l’ensemble, une statue veille sur le concert. Une présence énigmatique qui renvoie directement à Frozen Charlotte, le nouvel album de Jack White.

Trois musiciens accompagnent le maître de cérémonie : Dominic Davis à la basse, fidèle compagnon de route depuis plusieurs années, Patrick Keeler à la batterie, connu notamment pour son travail avec les Raconteurs et The Greenhornes, et Bobby Emmett aux claviers. Pas d’artifices, peu d’effets visuels, aucun décor envahissant, sur cette tournée tout repose sur les chansons, le jeu collectif et une énergie qui ne faiblira pas pendant une heure et demie.

Un musicien en concert, jouant de la guitare électrique sous un éclairage bleu, avec de la fumée sur scène.
Un Jack White tout sourire aux Nuits de Fourvière

Dès les premiers morceaux, la foule répond présente. Le public lyonnais est réputé froid, mais c’est aussi l’inventeur du « Qui ne saute pas… », donc ça va sauter ce soir. Les « Oh yeah! » en réponse à Jack White fusent dès le premier morceau « That’s How I’m Feeling« . Il faut dire que le musicien, souvent décrit comme distant, est ce soir totalement tourné vers le public. Il cherche l’interaction, les claquements de mains, les chants. Si aucun concert de Jack White ne se ressemble, c’est aussi sa personnalité qui semble ce soir différente.

Comme le lançait Mick Jagger à propos de Charlie Watts un jour sur scène : « He speaks! ». C’est un peu le cas de Jack White, qui s’adresse vite au public avec un simple « How do you do? ». C’est peut-être un détail pour vous, mais pour lui, ça veut dire beaucoup.

Côté musique, il était difficile de savoir à quoi s’attendre tant les précédents concerts français étaient différents. Tantôt White Stripes, tantôt blues, tantôt solo. Ce soir, on est plutôt sur une mise en avant de sa carrière solo, avec des clins d’œil appuyés aux fans des Raconteurs. Jack White n’est décidément pas de ceux qui sortent des tournées best of.

Une setlist en mouvement

L’ouverture avec That’s How I’m Feeling donne immédiatement le ton. Le son est massif mais jamais démonstratif. Derrière, Dead Leaves and the Dirty Ground rappelle que les White Stripes ne sont jamais très loin. Le Théâtre antique reprend en chœur tandis que Jack White alterne guitare et regards vers le public.

La suite navigue habilement entre les différentes périodes de sa carrière. Old Scratch Blues et It’s Rough on Rats (If You’re Asking) ancrent le concert dans son actualité, tandis que le superbe Dollar Bill, joué au dobro, fait souffler un vent de blues rural sur Fourvière. Quelques minutes plus tard, Love Interruption installe une tension plus retenue, très élégante.

Les fans des Raconteurs sont particulièrement gâtés ce soir. Broken Boy Soldier, Carolina Drama et plus tard Steady, as She Goes occupent une place de choix dans la setlist. Sur les trois concerts français de cette tournée, c’est sans doute celui qui fait la plus belle place au répertoire du groupe.

Un groupe de musique sur scène avec des éclairages bleus, comprenant un guitariste, un batteur et une chanteuse en robe blanche.

Autre surprise, I’m Slowly Turning Into You et That Black Bat Licorice rappellent à quel point Jack White aime brouiller les pistes. Mais contrairement à certaines tournées passées, ces expérimentations semblent désormais totalement intégrées aux chansons. Elles ne cherchent plus à attirer l’attention sur lui ni à donner l’impression d’un Jack White en savant fou à la recherche constante de l’accord parfait.

Avec G.O.D. and the Broken Ribs, Jack White plonge Fourvière dans une atmosphère plus lourde et plus menaçante. Puis Derecho Demonico vient remettre une décharge électrique dans la machine. Deux titres récents qui illustrent parfaitement la place accordée au nouvel album au sein d’une setlist pourtant riche de plus de vingt-cinq ans de carrière.

Le rappel permet ensuite au groupe de lâcher complètement les chevaux. Après une introduction des musiciens et une jam collective, Jack White enchaîne Lazaretto, Freedom at 21, The Union Forever puis un énorme Ball and Biscuit qui rappelle une nouvelle fois à quel point son jeu reste profondément enraciné dans le blues.

Et puis arrive Seven Nation Army.

Il est parfois difficile de mesurer l’importance d’un morceau lorsqu’on l’a entendu des centaines de fois dans les stades, les bars ou les fêtes populaires. Pourtant, lorsqu’il retentit sous les pierres bimillénaires du Théâtre antique, une évidence s’impose : ce riff appartient clairement à l’histoire du rock. Cette histoire s’est souvent écrite à travers quelques riffs immédiatement reconnaissables. Il y a eu Satisfaction, Smoke on the Water, Highway to Hell. Seven Nation Army appartient à cette catégorie très fermée de morceaux qui dépassent leur auteur pour entrer dans le patrimoine mondial de la musique que l’UNESCO devrait intégrer à son catalogue.

La foule lyonnaise ne s’y trompe pas. Les gradins comme la fosse reprennent le célèbre « Popopopopopo » à l’unisson tandis que le groupe pousse encore l’intensité d’un cran (Souvenez-vous « Qui ne saute pas … »). Pendant quelques minutes, Fourvière célèbre l’un des grands hymnes du rock du XXIe siècle.

Le concert s’achève à 23 h 40.

Un concert, jamais le même

Au-delà de la qualité de la prestation, une statistique résume la philosophie actuelle de Jack White. En additionnant les deux concerts de l’Olympia, dont l’un a déjà fait l’objet d’un live report sur Blues Actu, et celui de Fourvière, on dépasse la trentaine de morceaux différents joués en seulement trois soirées françaises. Une rareté à une époque où beaucoup d’artistes reproduisent chaque soir un spectacle parfaitement calibré.

Un guitariste sur scène avec une foule enthousiaste levant les bras, sous une lumière bleutée et dans une ambiance brumeuse.

C’est sans doute ce qui rend chacun de ses concerts si précieux. On ne voit jamais deux fois le même Jack White. Vingt-cinq ans après les débuts des White Stripes, Jack White continue d’avancer, d’explorer et de surprendre. Tout en ayant déjà laissé derrière lui un riff que plusieurs générations continueront probablement de chanter longtemps après nous.

Ah oui, un dernier point : merci à l’équipe de Jack White de mettre à disposition du public les photos du concert dès le lendemain matin. La classe, jusqu’au bout.

Setlist

Jack White – Les Nuits de Fourvière 2026
📍 Théâtre antique de Fourvière, Lyon
📆 18 juin 2026
⏱️ Début : 22 h 10 – Fin : 23 h 40

  1. That’s How I’m Feeling
  2. Dead Leaves and the Dirty Ground (The White Stripes)
  3. Old Scratch Blues
  4. Dollar Bill
  5. It’s Rough on Rats (If You’re Asking)
  6. Love Interruption
  7. Broken Boy Soldier (The Raconteurs)
  8. Carolina Drama (The Raconteurs)
  9. I’m Slowly Turning Into You (The White Stripes)
  10. Steady, as She Goes (The Raconteurs)
  11. That Black Bat Licorice
  12. G.O.D. and the Broken Ribs
  13. Derecho Demonico

Rappel

  1. Lazaretto
  2. Freedom at 21
  3. The Union Forever (The White Stripes)
  4. Ball and Biscuit (The White Stripes)
  5. Seven Nation Army (The White Stripes)
Musicien sur scène jouant de la guitare électrique, avec un éclairage de concert en arrière-plan.

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par Cédric Vernet

Président et rédacteur en chef de Blues Actu

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