Blues en Loire 2026, un festival qui mise sur la jeunesse

Depuis plus de vingt ans, Élisabeth Levannier s’investit dans la promotion du blues et au sein de l’association Le Chat Musique, qu’elle préside dans la Nièvre. Du 12 au 15 août 2026, celle-ci organisera à La Charité-sur-Loire la 24e édition du festival Blues en Loire. Également chargée de sa programmation, elle défend une musique vivante, actuelle et joyeuse. Pour Blues Actu, elle présente une édition largement tournée vers la jeunesse et revient sur l’histoire de ce festival à taille humaine, étroitement lié au patrimoine et à la vie de son territoire.

🎙️ Élisabeth Levannier en interview avec Sylvie Déclas

C’est un petit festival, mais c’est une vieille association, née en 1986 dans un café-musique, du temps où les cafés-musiques ont été lancés, en même temps que la Fête de la musique et tous les projets culturels de l’époque.

C’était un café qui organisait des tournées de théâtre, de café-théâtre, de jazz, de blues, etc., ainsi qu’une très belle tournée blues dans les années 1990. Tout doucement, la programmation s’est tournée vers le blues.

Cette association a ensuite déménagé à La Charité-sur-Loire un peu avant 2000, il y a bientôt trente ans. Depuis, il y a du blues à La Charité : d’abord des concerts dans une petite salle, puis une Nuit du Blues en 2002. Cela a bien fonctionné, puisqu’il y avait un monde fou. Il y avait simplement quatre groupes à la suite, de 18 heures à minuit.

Puis nous avons eu l’idée de créer un festival et nous en sommes maintenant à la 24e édition. Voilà l’histoire. C’est une belle longévité.

Avant, il y avait beaucoup plus de concerts, un ou deux par mois. Maintenant, nous en faisons moins : un festival et sept ou huit concerts par an. En plus du festival, c’est sympathique, cela permet de faire connaître le lieu et ce répertoire à davantage de monde tout au long de l’année. Cela permet aussi de conserver un lien avec le public, avec d’autres associations et avec d’autres musiques. C’est vivant.

Très sereine, parce que c’est un petit festival qui dure quatre jours. Nous avons organisé des festivals d’une semaine pendant une dizaine d’années, puis de cinq jours. Cette fois, nous en faisons quatre parce que beaucoup de festivals réduisent un peu la voilure pour différentes raisons, notamment financières.

Il y a aussi l’usure des bénévoles, parce que nous sommes une équipe. On entend beaucoup parler de cela en ce moment : le bénévolat est devenu un peu compliqué. Pour organiser un festival, il faut encore une quarantaine, voire une cinquantaine de personnes. C’est donc difficile d’assurer tout cela.

Cette année, cela devrait aller. Je ne sais pas si cela durera, sans doute, mais il faut envisager de faire les choses un peu autrement. Il faut également tenir compte du réchauffement climatique et de certaines journées qui deviennent ingérables. Il y a beaucoup de paramètres qu’il faudra prendre en compte dans les années à venir. C’est une importante réflexion à mener.


« Il faut envisager de faire les choses autrement et tenir compte du réchauffement climatique. »


J’ai intégré l’association vers 1995. Au début, j’aidais et je faisais beaucoup de choses. Je suis devenue présidente en 2003 ou 2004, il y a plus de vingt ans en tout cas.

J’ai pris en charge la programmation au même moment. Être présidente, c’est statutaire, cela sert à faire fonctionner l’association. Mais, en réalité, c’est surtout la programmation qu’il faut assurer.

Oui. Au départ, nous étions deux. Dans les années 2000 à 2009, j’étais accompagnée d’un ami qui s’occupait du son, qui s’y connaissait et qui faisait aussi des suggestions. Puis il est parti travailler ailleurs et, depuis, je suis toute seule. Je me dis que, si j’y arrive, c’est que ce n’est pas très compliqué.

J’essaie de trouver un fil rouge. Par exemple, il y a trois ans, nous avions organisé une édition de cinq ou six jours autour du thème de l’histoire. Nous avions commencé avec du blues africain et terminé par une grande soirée rhythm and blues avec un gros groupe.

Nous avions programmé beaucoup de groupes différents afin de retracer un peu la genèse de cette musique, à travers tous les styles qui l’ont traversée.

J’essaie de varier les thèmes, également en fonction des opportunités. Parfois, c’est l’harmonica, parfois le rhythm and blues. Cette année, nous avons vraiment ouvert la programmation. Le vendredi, nous aurons une journée qui mélangera americana, bluegrass et funk, avec de jeunes bluesmen qui prouvent que l’on peut renouveler le genre.

Nous voulons montrer que le blues n’est pas seulement une vieille musique dans laquelle on pleure sa misère. Ce n’est pas que cela. C’est très vivant, c’est drôle, cela peut jouer vite et l’on peut danser. Ce n’est pas du tout une musique triste, contrairement à ce que l’on entend parfois dire.


« Le blues est très vivant, c’est drôle, cela peut jouer vite et l’on peut danser. »


Nous devions accueillir Mathias Lattin, mais sa tournée a été annulée. Il est remplacé par des artistes plus âgés.

Mais nous aurons aussi Johnny Mullenax, qui vient de Tulsa, dans l’Oklahoma, et qui a 27 ans. Il y aura également Enzo Cappadonna, du Blues Kid Combo, qui a 17 ou 18 ans et qui a gagné The Voice Kids à 12 ans en faisant du blues.

Nous accueillerons aussi les jeunes de Younger Spirit. L’un des membres avait d’ailleurs participé à notre masterclass pendant trois années de suite. C’est le batteur du groupe. Il avait alors 12 ou 13 ans et il a toujours fait de la musique. Ce sont un peu les enfants du festival.

Bien sûr. C’est fait pour cela. Il s’agit de montrer aux gens que cette musique est vivante, que l’on s’amuse, que l’on peut la pratiquer en groupe et que l’on s’y fait des amis.

The Blues Kid Combo sera à l’affiche de Blues en Loire 2026

Pendant des années, nous avons organisé un atelier blues qui durait toute la semaine, animé par Stan Noubard Pacha et Vincent Bucher. Ils encadraient un groupe d’environ 23 stagiaires.

Ils travaillaient des morceaux, jouaient en groupe et apprenaient l’histoire du blues. Ils répétaient quatre ou cinq morceaux, puis il y avait une restitution collective devant le public le samedi. Cela attirait un monde fou !

Cela se passait vraiment en immersion. Pendant le stage, ils mangeaient et jouaient ensemble. L’ambiance était formidable. Puis, avec le Covid, tout cela s’est arrêté.

Cette année, Stan Noubard Pacha et Vincent Bucher reviennent tous les deux pour animer ce que nous appelons une masterclass, mais sous une forme plus légère qu’autrefois. Ils vont travailler un peu l’histoire et les codes du blues avec un groupe de jeunes. Il y aura ensuite une restitution devant le public, suivie d’un bœuf.

Dans les années 2020, je me suis dit que le blues allait s’éteindre. B.B. King est mort, Magic Slim est mort, tous les grands leaders ont disparu. Je pensais donc que cela allait s’éteindre tout doucement.

Certes, le blues a dérivé et il existe beaucoup de musiques qui en découlent clairement. Mais, en réalité, pas du tout ! Nous voyons arriver un foisonnement de jeunes qui ont entre 14 et 16 ans, des Américains, des Français, des Allemands, des jeunes de partout, qui jouent du blues et qui aiment cela.

Ils le choisissent. Ce n’est pas une histoire de race, de classe sociale ou de quoi que ce soit d’autre. C’est un choix musical.

Avec les instruments actuels et tous les moyens d’information, ils peuvent écouter Robert Johnson, les worksongs, les folksongs, tout ce que l’on veut. Ils se forment l’oreille et font du blues par choix. Ils sont nombreux.

Je suis surprise, parce que c’est quelque chose que je n’attendais pas du tout. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons programmé des jeunes : ils ont choisi cette musique par pur goût.

Tout à fait. Nous avions invité, il n’y a pas très longtemps, Sean McDonald, qui a environ 20 ans. Il y en a beaucoup d’autres, comme D.K. Harrell, qui est actuellement sur le devant de la scène. Il y a aussi Mathias Lattin, que nous aurions dû accueillir.

Il y a beaucoup de jeunes entre 16 et 30 ans qui ont déjà une belle carrière. Je présente une émission sur RCF Nevers et je voulais consacrer un numéro aux nouvelles générations. Mais il y avait tellement de matière que j’en ai finalement fait trois.

Cela a donné trois émissions très riches, parce qu’il y avait énormément de création. Tout cela est très optimiste.


« Ils font du blues par choix et ils sont nombreux. »


Oui, cela fait des années que nous faisons cela. Nous tournons dans différents EHPAD des environs. Les familles viennent partager un moment sympathique et agréable.

C’est cela, avec nos amis Stan Noubard Pacha et Vincent Bucher en quartet, accompagnés de Christophe Gaillot et Christophe Gaillard, le batteur et le bassiste.

Je trouve cela important, parce que cela montre la diversité de cette musique, avec des styles et des approches différents.

Cela montre aussi au public, qui vient parfois d’assez loin, l’immense palette du blues. Le blues est très riche, avec une grande variété de sons et de courants. Cette musique est assez extraordinaire et cela reste du blues.

C’est ce qui est formidable : il y en a pour tous les goûts.

Zac Harmon sera à l’affiche de Blues en Loire 2026

Il y en a beaucoup. Sur les quatre jours, seules trois soirées sont payantes et tout le reste est gratuit.

Au total, il y a six concerts payants, puisque nous en proposons deux par soirée, et les dix autres sont gratuits.

Et ce sont de bons groupes. Nous avons programmé, par exemple, The Blues Kid Combo et The Freaky Buds. The Freaky Buds est un bon groupe qui aurait pu jouer sur la grande scène.

Avec mon équipe, nous voulons que le public écoute de la bonne musique, pas simplement un groupe de troisième ordre du coin. Nous voulons donner une bonne image.

Pour amener les gens à écouter du blues, il faut leur faire entendre du bon blues, de la qualité.


« Pour amener les gens à écouter du blues, il faut leur faire entendre du bon blues. »


Nous n’avons pas de moyen particulier. Nous essayons d’avoir une programmation stable, c’est-à-dire d’organiser cinq ou six concerts pendant l’année afin de fidéliser le public et de conserver un lien avec le festival le reste de l’année, grâce à de petits concerts dans une salle plus petite.

Nous essayons également de maintenir une programmation de qualité pendant le festival. On nous dit souvent : « Nous ne connaissons pas les artistes, nous ne savons pas qui ils sont, mais c’est toujours bien. »

Les gens viennent et, en général, ils aiment. Il existe beaucoup de festivals auxquels on se rend parce qu’on leur fait confiance. On y est allé une première fois, on a passé un bon moment et fait des découvertes. On y est retourné, c’était différent, mais toujours bien.

Ensuite, on emmène ses amis et le bouche-à-oreille fonctionne. Beaucoup de festivals fonctionnent de cette manière.

The Freaky Buds seront à l’affiche de Blues en Loire 2026

Ah oui, ça, c’est certain ! Quand tu arrives, par exemple en venant du Cher, que tu traverses le pont Napoléon et que tu découvres cette ville magnifique avec le Prieuré qui domine la Loire, c’est très beau.

Il y a les petites rues, les boutiques, une vraie ambiance intimiste. Nous utilisons aussi le jardin du Cloître, où les gens peuvent s’installer dans l’herbe. Il y a 500 ou 600 personnes qui écoutent de la musique dans un grand jardin. Le lieu compte énormément. Nous ne sommes pas sur un parking de supermarché, c’est objectivement beaucoup plus agréable, même si nous n’y sommes pour rien !

Ah oui ! Je me souviens de Mighty Mo Rodgers qui est descendu du camion, s’est agenouillé sur les marches et s’est exclamé : « Oh, it’s so wonderful! »

Aux États-Unis, il n’y a pas de monuments comme ceux-là. Les artistes se promènent dans les remparts, découvrent la ville comme des enfants devant un nouveau jouet. Les Américains sont très sensibles à cela. Pour eux, l’Europe est un musée à ciel ouvert.

La Charité est un endroit dont ils se souviennent. D’ailleurs, lorsque je les recroise sur d’autres festivals, ils m’appellent « La Charité ». Cela montre à quel point ce lieu les a marqués.


« Pour les Américains, l’Europe est un musée à ciel ouvert. »


Au début, j’ai un peu essayé, puis j’ai renoncé parce que c’est un territoire qui s’est beaucoup appauvri. Nous essayons donc de nous débrouiller avec nos petits bouts de ficelle.

En revanche, les élus ont beaucoup misé sur cette image et le festival a tout de même amené des gens à s’installer ici. Certains venaient chaque année, puis ont acheté une résidence secondaire parce qu’ils trouvaient le lieu agréable, à seulement deux heures de Paris.

Finalement, nous participons malgré nous à la promotion du territoire.

Bien sûr que cela complique les choses, mais c’est beaucoup plus agréable pour le public. Les gens passent d’un lieu à l’autre, s’installent en terrasse, vont ensuite écouter un concert dans le jardin du Cloître, puis terminent leur soirée à la Halle aux Grains.

Ils ne sont pas tous rassemblés au même endroit. Ils se croisent, mangent ensemble, découvrent la ville. Pour nous, c’est un peu plus compliqué, mais pour le public, c’est bien mieux.

Ils font aussi les boutiques et, chaque année, ils achètent leurs petits souvenirs à emporter, comme nous le faisons tous lorsque nous allons dans un festival.

Johnny Mullenax sera à l’affiche de Blues en Loire 2026

Il n’y a pas forcément une édition en particulier, mais certains artistes m’ont profondément marquée. Je pense notamment à Diunna Greenleaf. Après avoir chanté longtemps, elle a terminé seule, a cappella. Elle s’était assise au fond de la scène sur un fly-case, complètement épuisée, et elle a chanté deux morceaux avec son micro. Les spectateurs étaient debout à ses pieds.

Il y a des artistes qui nous font vivre des moments privilégiés que seul le spectacle vivant peut offrir. C’est aussi pour cela que nous continuons à défendre les concerts. Une intelligence artificielle peut faire beaucoup de choses, mais il lui manque encore cela.

Mon pire souvenir remonte à la première Nuit du Blues. Je n’étais pas encore présidente. Le festival se déroulait sur les îles de Loire, dans un très joli lieu au bord de l’eau, avec beaucoup de monde.

Le premier morceau démarre, puis, au deuxième, panne générale d’électricité ! Tout le monde s’est retrouvé dans le noir, au milieu de nulle part, en dehors de la ville.

Par chance, l’électricien des services techniques se trouvait dans le public. Il avait sa lampe électrique, enfin son briquet au début, et il savait où se trouvaient les tableaux électriques. En cinq minutes, tout était reparti.

Sur le moment, c’était très angoissant. Je m’en souviens parce que nous étions tellement heureux de démarrer. C’est l’anecdote d’un festival qui débutait avec peu de moyens.

Parmi les meilleurs moments, je retiens également les éditions 2016 et 2017. Le festival rayonnait aussi à Clamecy, avec trois soirées en dehors de la ville, quatre soirées à La Charité-sur-Loire et des journées off avec des concerts pour les enfants. C’était un très beau festival, dans les années qui ont précédé le Covid.


« Il y a des moments privilégiés que l’on ne peut vivre qu’en concert. »


Oui, nous avons la chance d’avoir Guérigny à proximité, à 20 kilomètres. C’est un autre patrimoine, parce que c’est là qu’étaient fabriquées les ancres et les chaînes de bateaux sous Louis XIV, Louis XV et Louis XVI. C’était la marine française.

Il y a du minerai de fer dans la Nièvre, donc tout était fabriqué là. Il existe un patrimoine industriel magnifique, qui a été conservé et restauré.

Il y a deux salles : le théâtre des Forges Royales, qui compte 150 places et dans lequel nous organisons un concert par mois, puis une grande salle de 500 places, que nous avons inaugurée il y a trois ans avec Vigon.

C’est aussi un très bon souvenir. Je crois que nous sommes le seul festival à l’avoir programmé au cours des dix dernières années. Il a cartonné, la salle était pleine et les gens étaient enchantés. Il y avait Didier Marty et son groupe au complet.

Nous avons inauguré la salle avec cet artiste magnifique et nous avons la chance, chaque année, de pouvoir organiser la première soirée du festival dans cette ville.

Oui, pour l’essentiel, car Guérigny n’est pas loin de La Charité-sur-Loire. Il n’y a que pour le catering que c’est différent.

Nous avions au départ un couple magnifique qui s’en occupait, mais ils ont maintenant plus de 80 ans. Elle continue le catering parce qu’elle habite sur place, à Guérigny, et elle gâte tout le monde.

C’est quelqu’un de très convivial. Elle adore faire plaisir et elle adore cuisiner.

Je me souviens qu’il y a deux ans, nous avons accueilli John Primer et son groupe. Ils étaient enchantés de leur repas et du Sancerre. Nous avons aussi de bons vins ici : Pouilly, Côtes de La Charité… Cela ne gâche rien. Les artistes sont bien reçus.

Je l’espère aussi. Merci beaucoup, c’est très gentil de parler de nous. À bientôt !

Festival Blues en Loire 2026
📆 Du 12 au 15 août 2026
📍 La Charité-sur-Loire et Guérigny
🌐 www.bluesenloire.com
🎟️ Billetterie en ligne

Affiche du festival Blues en Loire 2026, présentant une guitare, un mannequin en bois et un piano, avec les dates et lieux de l'événement.

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