
Glen Hansard est mort le 29 juillet 2026, à l’âge de 56 ans, dans un accident de moto près de Dublin. Quelques heures plus tôt, il jouait encore dans un pub, entouré de musiciens. Une dernière image qui résume bien cet artiste resté simple malgré le succès, l’Oscar et une carrière de plus de trente ans. Cédric Vernet lui rend hommage.
Sans prétendre l’avoir connu, c’est cette simplicité qui me semble le mieux définir Glen Hansard. Il avait quitté l’école à 13 ans pour faire ses armes dans les rues de Dublin. En 1990, alors qu’il venait de former The Frames, il accompagne son ami David Wilmot à une audition pour The Commitments. Poussé à lire quelques lignes, il est rappelé et décroche presque par hasard le rôle d’Outspan Foster.
La suite, on la connaît : des concerts devant des milliers de personnes, un Oscar et des scènes partagées avec quelques-uns des plus grands noms du rock. Mais Glen Hansard n’avait jamais oublié ses débuts. Il continuait à jouer dans les rues de Dublin, notamment lors du concert organisé chaque veille de Noël pour venir en aide à ceux pour qui la rue était devenue un domicile.
Un musicien souvent porté à l’écran
Comme beaucoup, j’ai d’abord rencontré Glen Hansard sans vraiment connaître son nom. J’ai été soufflé par The Commitments. Le film d’Alan Parker, sorti en 1991, reste pour moi l’un des meilleurs films consacrés à la soul. Il y a les chansons, bien sûr, mais aussi l’humour, l’énergie du groupe et cette vision de jeunes Dublinois qui se prennent de passion pour Otis Redding, Wilson Pickett (Quelle fin de film extraordinnaire !) ou Aretha Franklin.
Glen Hansard y joue Outspan Foster, l’un des guitaristes du groupe qui accompagne la voix puissante de Andrew Strong. Il n’est pas le personnage principal, mais il fait partie de cette bande que l’on n’oublie pas. À l’époque, il venait de fonder The Frames, qui allait devenir l’un des groupes majeurs du rock irlandais. The Commitments sera au centre d’un prochain épisode de Ciné Blues, mais ça c’est une autre histoire.
Je l’ai plus tard adoré dans Once, en 2007. Le film de John Carney est à l’opposé des grosses productions musicales. Peu de moyens, des rues de Dublin, un magasin de musique et deux personnages qui apprennent à se connaître en jouant ensemble. Glen Hansard et Markéta Irglová ne donnent jamais l’impression de jouer les musiciens. Ils le sont.
J’ai aimé ce film pour sa simplicité, pour sa pudeur et évidemment pour ses chansons. Falling Slowly a remporté l’Oscar de la meilleure chanson originale en 2008, mais la bande originale comporte d’autres pépites. When Your Mind’s Made Up, If You Want Me ou Say It to Me Now participent pleinement à la force du film.
Once, mais pas que
Le succès de Once a parfois masqué le reste de son parcours. Glen Hansard avait pourtant déjà une longue carrière derrière lui. Avec The Frames, il avait publié plusieurs albums importants, parmi lesquels For the Birds, Burn the Maps et The Cost. Le groupe mêlait rock, folk et musique irlandaise, avec des chansons souvent construites pour prendre toute leur dimension sur scène.
Avec Markéta Irglová, il avait également formé The Swell Season. Le duo a enregistré trois albums, dont Strict Joy en 2009 et Forward en 2025. Leur histoire musicale avait donc continué bien après Once et la fin de leur relation personnelle. Mais c’est aussi sous son propre nom que Glen Hansard a construit une discographie remarquable.
Cinq albums solo très différents
Son premier véritable album solo, Rhythm and Repose, paraît en 2012. On y retrouve immédiatement ce qui fait sa force : une guitare acoustique, une voix qui peut rester très douce avant de monter brusquement et des chansons sans artifice inutile.
You Will Become, High Hope, Bird of Sorrow et Song of Good Hope comptent parmi les sommets du disque. Ce dernier morceau deviendra d’ailleurs l’une de ses chansons les plus importantes, régulièrement reprise sur scène et lors des hommages qui ont suivi sa mort.
En 2015, Didn’t He Ramble va encore plus loin dans le dépouillement. L’album se rapproche de la folk, du gospel et de la musique traditionnelle irlandaise. Grace Beneath the Pines, Her Mercy, Winning Streak ou Stay the Road montrent un auteur arrivé à pleine maturité. Le disque sera nommé au Grammy Award du meilleur album folk.
Trois ans plus tard arrive Between Two Shores. Un disque fantastique, que nous diffusons régulièrement sur Blues Actu Radio et qui a définitivement installé Glen Hansard parmi les artistes que j’ai toujours aimé suivre.
Between Two Shores, son grand disque
Publié en 2018, Between Two Shores est son troisième disque solo et le premier qu’il produit lui-même. Il rassemble des chansons écrites et enregistrées sur plusieurs années, avant de prendre sa forme définitive au Black Box Studio, en France. Dès Roll On Slow, le ton est donné. Les cuivres, l’orgue et la section rythmique donnent au morceau une vraie couleur soul. Why Woman poursuit dans cette direction, avec une influence de son compatriote Van Morrison que Glen Hansard n’a jamais cherché à cacher.
Mais l’album ne reste pas enfermé dans un seul registre. Wheels on Fire est plus politique et plus rock. Wreckless Heart et Your Heart’s Not in It sont plus intimes. Movin’ On avance sur un rythme presque dansant, tandis que Setting Forth monte progressivement jusqu’à laisser éclater sa voix.
Between Two Shores résume parfaitement Glen Hansard. Il y a la folk, le rock, la soul, les cuivres, les chansons dépouillées et cette manière très personnelle de passer de la retenue à l’explosion. C’est un disque riche, mais jamais surchargé. Un album qui n’a pas vieilli et que l’on continue naturellement à programmer sur Blues Actu Radio.
Se remettre en question, toujours
Glen Hansard aurait pu reproduire la formule de Between Two Shores. Dès l’année suivante, il prend pourtant une autre direction avec This Wild Willing.
Le disque est plus sombre, plus long et parfois moins immédiat. Les cordes, les chœurs et les textures sonores occupent davantage de place. I’ll Be You, Be Me, Don’t Settle, Fool’s Game ou Race to the Bottom montrent un artiste qui cherche encore, quitte à perdre une partie de son public en chemin. Son label présentait d’ailleurs ce quatrième album comme une rencontre entre les recherches sonores de The Frames et la maîtrise acquise au cours de sa carrière solo.
En 2023, All That Was East Is West of Me Now marque un retour à un son plus direct et plus rock. L’album est né d’une série de cinq concerts organisés presque en secret dans un petit pub. Glen Hansard voulait tester ses nouvelles chansons devant un public avant de les enregistrer. Une méthode qui lui ressemblait bien.
The Feast of St. John, Down on Our Knees ou There’s No Mountain retrouvent la puissance de The Frames, tandis que Sure as the Rain, Ghost et Short Life montrent un visage plus calme.
Son dernier projet, Don’t Settle: Transmissions East & West, est paru en deux volumes en 2026. Enregistré devant 600 personnes au Funkhaus de Berlin, à l’occasion de son 55e anniversaire, il revisite des chansons de toute sa carrière avec son groupe, renforcé par des cordes et des cuivres. Glen Hansard expliquait qu’il s’était toujours senti plus à l’aise sur scène qu’en studio et qu’une chanson avait besoin de témoins pour réellement prendre vie.
Discret mais essentiel
Ce mardi 4 août, ses obsèques à la cathédrale Saint-Patrick de Dublin ont pris la forme d’un dernier concert. Eddie Vedder, Markéta Irglová et The Frames ont repris The Song of Good Hope, Lisa O’Neill a chanté Old Note et Damien Dempsey, Sing All Our Cares Away. Après une lecture de Beautiful Day par Bono, la cérémonie s’est achevée sur Forever Young de Bob Dylan, interprété par Liam Ó Maonlaí et repris par une grande partie des musiciens présents, parmi lesquels Bono, The Edge, Damien Rice, Imelda May, Paddy Casey et Markéta Irglová. Une manière de conclure une vie qui en dit long sur la place occupée par Glen Hansard auprès de ses pairs et du public irlandais, venu en masse pour applaudir le cercueil en osier et assister à la cérémonie sur les écrans géants.
Bono l’a résumé en une phrase : « Tous ceux qui le rencontraient se souvenaient du jour de leur rencontre. »
Glen Hansard n’était peut-être pas une immense vedette pour le grand public français. Beaucoup connaissaient Falling Slowly, avaient vu Once, l’avaient aperçu dans The Commitments sans forcément suivre le reste de sa carrière.
Sa disparition donne aujourd’hui une autre résonance à certaines de ses chansons, notamment Short Life ou Time Will Be the Healer. Mais il serait dommage de ne garder de lui que la tristesse de cette fin brutale. Quelques heures avant sa mort, Glen Hansard jouait encore dans un pub avec d’autres musiciens. Simplement parce qu’il aimait jouer. Et c’est ce qu’on a envie de retenir parce que « putain c’est trop con », comme fin, comme le disait Renaud.
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