Toronzo Cannon en interview « Le blues est la musique du peuple »

Un musicien de blues se tenant debout près d'un pilier sous une structure de train aérien, avec une guitare électrique à ses côtés, dans une rue urbaine.

Figure majeure du Chicago blues contemporain, Toronzo Cannon poursuit une trajectoire singulière. Chauffeur de bus pendant des années, observateur privilégié du quotidien urbain, il a façonné un blues profondément ancré dans le réel, nourri par les rues de Chicago autant que par les géants qui l’ont précédé. De retour en France pour la promotion de son album « Shut up and play » – un titre évocateur et direct !-, il évoque ses débuts tardifs à la guitare, ses influences, l’importance de composer pour faire vivre le genre et la manière dont ses chansons prolongent l’héritage politique du blues.

Interview réalisée lors du Megève Blues Festival 2025.

🎙️ Toronzo Cannon en interview avec Marc Loison

Je crois que ma première fois en France, c’était en 2011, peut-être ?

Oui, en 2022.

Eh bien, j’ai commencé tard. J’avais une vingtaine d’années quand j’ai pris la guitare…

Oui, enfin, certains jouent dès l’âge de dix ou onze ans, vous savez. Mais je ne pouvais plus jouer au basket, alors j’avais envie de faire autre chose. Ma sœur m’a offert une guitare parce qu’elle apprenait le piano. Elle m’a acheté ma première guitare quand j’avais une vingtaine d’années. J’avais un boulot, mais je ne gagnais pas assez pour m’en acheter une. Bref, elle m’a offert une guitare, et l’une de mes premières inspirations, c’était Bob Marley, mais aussi un gars qui s’appelait John Cougar Mellencamp.

J’aimais le son acoustique de Rain on the Scarecrow, ce genre de choses… Et puis toute la musique des années 80. J’ai écouté de la new wave… J’écoutais beaucoup de pop : Devo, Blondie, etc. Mais j’écoutais aussi Chaka Khan, Al Green, ce genre de choses.

Portrait de Toronzo Cannon, musicien de blues, avec une guitare. Il porte un manteau beige, un chapeau et des lunettes, se tenant en position centrale, tandis que des images de lui en arrière-plan ajoutent de la dynamique à l'image.

Beaucoup de Prince, ah oui ! J’étais jeune, en fin d’adolescence, au début de la vingtaine… Donc, ma sœur m’a acheté une guitare et je m’entraînais à jouer des petits morceaux de Bob Marley, parce que je rêvais d’être dans un groupe de reggae. Jouer en groupe est arrivé plus tard. J’ai fait ça pendant environ un an et demi, et c’était vraiment génial…

Le secteur musical est parfois imprévisible. Je savais que si je conduisais ce bus pendant quarante heures par semaine, je serais payé ! (rires)

Oui. Et parfois, la musique complétait mes revenus, car à cette époque, ma femme avait arrêté de travailler. La musique venait donc pallier cette absence de revenus. Je donnais des concerts pour payer les factures ou pour subvenir à mes besoins, en plus de mon travail de chauffeur de bus. Je travaillais du lundi au jeudi dix heures, puis je jouais le week-end. Parfois en semaine, mais surtout le week-end.

C’est flatteur d’être comparé à des géants. (rires) C’est bien que les gens comprennent mes ambitions, mais j’espère qu’ils perçoivent aussi ce que j’essaie de faire. Mais dans le blues, il est parfois si difficile d’avoir un son qui vous est propre… On est obligé de s’inspirer de ses influences. On doit parvenir à toucher ces géants. Mais il est difficile d’arriver à créer sa propre signature, qui ferait dire « Oh, c’est Toronzo Cannon ! Oh, c’est DK Harrell ! » Prenez Jimmie Vaughan, par exemple. Il rappelle Freddie King et d’autres du même genre, des légendes comme Jimmy Reed, par exemple. Bref, on est tous influencés par nos modèles, mais j’adore qu’on me compare aux géants, ne serait-ce que quand on me cite dans la même phrase !… (rires)

Ça signifie qu’ici, on vous donnera une deuxième chance. On se dit : « OK, on connaît les géants, Muddy Waters, Lonnie Brooks, Koko Taylor, Jimmy Reed, J.B. Hutto, Earl Hooker… On connaît tous les grands noms du blues de Chicago. » Le monde du blues vous écoutera avec attention quand vous direz que vous venez de Chicago, parce qu’il y a une solide réputation ici, une certaine autorité, un héritage à assumer. Être de Chicago, c’est avoir du cran. Il le faut.

Parfois, il faut bien le dire, beaucoup de jeunes pensent que le blues, c’est simplement des histoires de cœur brisé. « Oh, ma femme m’a quitté… », ce genre d’idées. J’aime dire que j’écris des chansons qui apportent un nouveau souffle au blues. Ça reste du blues, mais il faut le présenter d’une manière qui parle aussi aux jeunes. Prenez John the Conqueroo : aujourd’hui, ça sonne très rock, mais c’est un thème blues. Muddy Waters le jouait déjà. Parfois, il faut le réinventer pour attirer l’attention des plus jeunes et, avec un peu de chance, ils iront ensuite vers le style traditionnel en se disant : « Ah oui, c’est la même chose ! » Pour moi, l’essentiel, c’est l’histoire et le message.

Oui, parce que c’est déjà ce qu’on faisait dans les années 50 et 60. Chanter son blues, c’est thérapeutique, parce que quelqu’un dans le public peut ressentir la même chose. S’il y a une connexion, c’est comme si la douleur se partageait. Si je dis que j’ai mal à l’épaule et que je chante toute une chanson là-dessus, il y aura forcément quelqu’un dans le public qui a mal à l’épaule aussi, et ça lui fera du bien. Il se sentira compris, parce qu’il vit la même chose. Il y a donc une connexion. Il se dit : « D’accord, je ne suis pas le seul à ressentir ça… » Et encore une fois, c’est thérapeutique, parce que c’est un transfert d’émotions, le fait d’être vu, compris et d’écouter le message.

Portrait de Toronzo Cannon, musicien de blues, vêtu d'une chemise noire, d'un gilet gris et d'un chapeau noir, se tenant dans un environnement urbain en arrière-plan flou. Il affiche un regard confiant avec des lunettes de soleil.

Oui, j’essaie toujours d’écrire dans ce sens. Vous savez, le blues a toujours été une musique engagée. Quand les gars ramassaient le coton, ils chantaient et faisaient passer des messages aux autres dans les champs. Le blues a donc toujours été une musique à message, où certaines choses sont parfois dissimulées. Ça peut paraître agréable à l’oreille, mais quand on écoute le message, c’est souvent triste. Parfois, cela vous touche et vous fait comprendre la douleur d’une autre personne, dans une autre ville ou un autre pays, ce qu’elle traverse à ce moment-là.

Alors oui, j’ai écrit The Preacher, the Politician or the Pimp parce que j’étais chauffeur de bus dans l’ouest de Chicago. C’était assez dur. Je traversais des quartiers différents, pas toujours simples, mais où vivaient des gens bien. Ils étaient simplement dans un environnement difficile, sans les moyens de vivre ailleurs.

J’ai aussi écrit une chanson intitulée The Pain Around Me. Elle est inspirée des personnes que je voyais chaque matin dans le bus. Ils me disaient : « Salut, comment ça va, monsieur le chauffeur de bus ? » avant d’aller travailler à cinq ou six heures du matin. J’étais déjà là, car j’arrivais tôt moi aussi. Je les emmenais pour leur premier service. Ce sont des gens sympathiques, mais ils vivent dans des quartiers compliqués.

J’ai écrit cette chanson pour permettre à quelqu’un, en Californie par exemple, de comprendre ce qui se passe à Chicago. C’est un peu comme si nous étions des médias qui racontent la réalité d’autres villes ou pays. Même dans les quartiers difficiles, il y a des gens bien, et ils méritent d’être reconnus.


« Je serais aveugle et sourd si je ne voyais pas ce qui se passe autour de moi »


Vous savez, je serais aveugle et sourd si je ne voyais pas ce qui se passe autour de moi. Vous savez comment nous, Américains, sommes perçus dans le monde, et comment les choses ont changé au cours de ma vie – et je n’ai que 57 ans. Je n’ai jamais vu l’attitude des Américains aussi tendue. C’est comme un gros nuage noir, les gens sont en colère… La moitié du pays veut une chose, l’autre moitié une autre. Certaines choses me semblent injustes ; elles ne correspondent pas à la loi et à la société dans lesquelles j’ai grandi quand j’avais vingt ans. Les choses changent en Amérique, et ce n’est pas une bonne chose.

Et selon moi, le blues est une musique engagée. Encore une fois, le blues est la musique du peuple. Si je ne racontais pas ces histoires, les Français, les Allemands, les gens d’autres pays pourraient croire que tout le monde est heureux en Amérique. Mais non, pas du tout. Certains d’entre nous pensent comme ça, certains d’entre nous chantent comme ça. Vous voyez ce que je veux dire ?

J’ai écrit une chanson à propos de ma fille. Je traversais un divorce à l’époque. Elle s’appelle Message to my Daughter. Pour moi, c’était comme une dernière lettre, une vraie lettre que je destinais à ma fille au cas où je mourrais. Au cas où elle ne voudrait plus me parler. On a surmonté tout ça. Elle a vécu avec moi pendant deux ans. Après, on a discuté et on a renoué. Mais la pression du divorce sur les jeunes… Certains pensaient que cette chanson était trop personnelle, que je n’aurais pas dû l’inclure dans l’album.

Et je me disais : « Il y a des hommes et des femmes qui vivent ça partout dans le monde, qui divorcent et qui ne reçoivent plus l’amour de leur enfant parce que l’un dit ceci, l’autre cela… » Alors j’ai écrit en partant de ce constat. Et encore une fois, quelqu’un a pensé que je ne devais pas la mettre sur l’album parce qu’elle était trop personnelle.

Mais je me disais : « Vous voulez que je chante l’infidélité, que je trompe ma femme et que j’en parle ? Ça, c’est acceptable ? Mais un message à ma fille, ça, c’est inacceptable ? » Nous l’avons enregistrée. Vous avez compris, je pense…

Encore une fois, il y a toujours quelqu’un dans le public pour le souligner. Les fois où j’ai chanté cette chanson – et je vais la refaire en acoustique – des gens sont venus me voir en me disant : « Je suis concerné, je connais ces paroles », parce qu’eux aussi ont vécu un divorce. Cinquante-deux pour cent des Américains divorcent. Il y a donc beaucoup de personnes qui se disent : « Waouh, ça m’est arrivé aussi ! » C’est une situation difficile.

C’est un thème que beaucoup de musiciens de blues n’abordent pas. Ils préfèrent parler de leur rupture, mais il y a déjà trop de chansons sur ce sujet. Parfois, je dois écrire une chanson sur ce que j’ai fait, sur la raison pour laquelle ma femme m’a quitté. Et là, les femmes se disent : « Ah ?… » et elles voient ce que je veux dire. Donc, voilà un autre public touché.

J’essaie de combler les lacunes du blues, ces thèmes qu’on aborde rarement, comme l’assurance, par exemple. Je n’ai pas d’assurance pour le moment. Je fais partie des Américains non assurés. Je n’ai pas d’assurance maladie à Chicago, ni dans l’Illinois. Alors, en attendant d’en avoir une, je continue comme ça. Désolé…

Chez moi, j’utilise parfois ma Les Paul. Elle est facile à transporter. Mais en voyage, j’essaie d’utiliser une Fender Stratocaster parce qu’il arrive qu’on les malmène. Ce ne sont pas des instruments fragiles. Étant gaucher, si ma guitare venait à casser, il serait difficile d’en trouver une pour gaucher. Alors j’essaie d’en prendre une qui soit à la fois robuste et utilisable, même si je préfère jouer sur mes Gibson plus chères, et d’autres, à la maison.


« Je ne savais pas que j’étais gaucher avant de prendre une guitare »


Non. Je ne savais pas que j’étais gaucher avant de prendre une guitare. Je regardais beaucoup de vidéos de Bob Marley, et l’un des premiers riffs que j’ai appris était celui de Redemption Song. En regardant la vidéo, j’ai pris la guitare et j’ai remarqué que la corde la plus grave était en bas. Je me suis dit : « Oh, mais… elle devrait être en haut ! » (rires) J’avais seulement la vingtaine, alors ma sœur et moi avons ramené la guitare chez le luthier, et il l’a réglée pour gaucher. Du coup, je ne me suis pas rendu compte que j’étais guitariste gaucher avant de la prendre en main. (rires)

Juste bien appuyer sur la corde pour obtenir le son, voilà. Vous appuyez sur la corde pour obtenir le son, OK ? À la bonne hauteur. Vous essayez de transmettre une émotion, ce que vous ressentez, au public. S’il y a une… pas une douleur, mais vous voyez… vous appuyez sur la corde, de plus en plus, jusqu’à ce que ça fasse crier ou gémir. Bref, vous essayez d’en tirer différentes sonorités.

Oh oui. Écrire des chansons originales. J’adore Muddy Waters et tous ces autres artistes, mais je n’ai pas vécu leurs souffrances des années 30, 40 et 50. Ils ont leur histoire, j’ai la mienne. L’une de mes dernières chansons, Keeping the Heart in a Cold World, parle du moment où je me réveille et pars travailler. Mais c’est une situation fictive : l’entreprise ferme ses portes, comme beaucoup d’autres aujourd’hui aux États-Unis.

J’imagine un type qui travaille dans la même boîte depuis vingt ans, arrive au travail et son patron lui dit : « On est obligé de vous licencier, l’entreprise a déménagé. » Et là, il se dit : « Waouh, il va falloir que je rentre à la maison et que j’annonce ça à ma femme ! » Ou bien, il peut aussi trouver un autre boulot avant de rentrer et continuer à travailler.

Il y a beaucoup de cas comme ça, encore aujourd’hui aux États-Unis. Comme à l’époque, des gens sont à deux doigts de toucher leur retraite. Si deux ans passent et que l’entreprise ferme, tout s’écroule. On se retrouve sans rien, avec juste quelques économies. C’est la galère… C’est le blues.

Musicien de blues Toronzo Cannon jouant de sa guitare, vêtu d'une chemise bleue, de jeans, et portant un chapeau en paille. Il est accroupi devant un amplificateur.
Toronzo Cannon – Photo : Chris Monaghan

Non, pour moi, les thèmes sont universels. Quand je parle de coloscopie, tout le monde est surpris. Vous voyez ce que je veux dire ? En vieillissant, avec la crise de la quarantaine… On vieillit et on traverse des épreuves, notamment des problèmes de santé, des choses dont il faut s’occuper. C’est un sujet universel, vous voyez ?…

Chaque fois que je viens en Europe, comme ailleurs, même en Amérique, quand on me demande de prendre l’avion et de voyager dix ou douze heures pour jouer dans un autre pays, ça me touche toujours. Parce qu’au départ, je ne voulais même pas jouer de la guitare. C’était simplement parce que je ne pouvais plus jouer au basket. J’allais aux jams, je passais du temps avec des amis… Mon intention n’était pas de faire le tour du monde pour en faire un métier. C’était juste quelque chose que j’aimais : passer du temps avec d’autres musiciens. On discutait, puis on rentrait chez nous, je prenais le bus… et soudain, les gens me demandaient : « Tu connais combien de chansons ? » Les patrons de clubs me posaient la même question. Je répondais : « Euh… quatre ! » (rires)

Alors ils m’ont dit : « Quand tu en connaîtras vingt ou trente, tu reviens, on a un concert pour toi. » C’est à ce moment-là que j’ai commencé à prendre ça au sérieux…

Oui, oui, et il le fera encore. Je l’ai toujours dit. Ray Manzarek, des Doors, disait la même chose. Ray Manzarek expliquait qu’il n’y aurait pas eu de musique américaine sans le blues. Ce serait un truc du genre menuet. Beyoncé n’existerait pas. Les rappeurs non plus. Tout vient du blues. Le film Sinners le montre très bien. On y voit les racines africaines, puis l’esclavage en Amérique… Ensuite viennent la musique roots, le R&B, le hip-hop : tout découle du blues.

Alors imagine une star, Beyoncé ou quelqu’un d’autre du même niveau, qui nous fait un signe de tête et dit : « Je ne chanterais pas mes chansons sans le blues ». Et quand Buddy Guy est apparu dans le film Sinners, c’était la plus belle chose que j’aie vue. Parce que cela permet aux jeunes de comprendre d’où vient la musique qu’ils aiment, grâce à des artistes comme lui, grâce à Buddy Guy. C’était vraiment génial qu’il soit dans ce film.

Oui. Je l’ai fait. Il est le dernier d’une époque. Il était là, avec Muddy Waters, il est venu à Chicago. Chicago l’a pris sous son aile dès l’âge de 19 ans…

Big Mama Thornton, oui. Il est le dernier. Je sais qu’il y a encore des artistes comme John Primer, et John Primer a aussi joué avec Muddy Waters… Je conseille aux jeunes de connaître l’histoire du blues. Tout ne vient pas de Stevie Ray Vaughan.

On peut tous avoir des influences, mais écoutez ce que Stevie Ray Vaughan écoutait. On a tous des influences, c’est sûr. Mais Buddy Guy est le dernier d’une génération. Il y a d’autres bluesmen plus âgés que lui, comme Bobby Rush, par exemple. Mais là, on parle de Chicago. Buddy Guy est le dernier à Chicago à jouer encore.

Et chaque fois qu’il monte sur scène, c’est un honneur pour moi, parce qu’un jour on se souviendra de nous et on dira : « On a joué avec Buddy Guy ! » Ce type a vraiment assuré sur scène. C’est génial. Vraiment génial…


« À la base, je voulais être assistant social »


À la base, je voulais être assistant social. Alors je suppose que c’est ma façon d’être assistant social. (rires) J’ai fait une année d’études d’assistant social, puis j’ai accepté un poste de chauffeur de bus, mieux payé. Je me suis dit que j’allais prendre une année sabbatique. Je voulais gagner un peu d’argent avec le bus, puis retourner à l’école. Mais l’argent était bon… On commence à accumuler des choses : « Oh, je voudrais un nouveau téléphone ! Oh, j’en ai envie !… » Parce qu’on a davantage d’argent qui rentre. Et cette année s’est transformée en vingt-neuf ans…

J’ai déjà joué avec quelques-uns de mes héros. Otis Rush, Buddy Guy, Koko Taylor… J’ai joué avec Wayne Baker Brooks, Lonnie Brooks, Gary Clark, j’ai joué avec les jeunes… J’aimais beaucoup Little Jimmy King, il m’a vraiment ouvert les yeux. J’étais impressionné. Little Jimmy King, le frère d’Eric Gales, était l’un de ceux avec qui je rêvais de jouer et de jammer. C’était vraiment génial.

Mais j’ai joué avec beaucoup de mes idoles. J’ai raté Albert Collins, parce que je suis arrivé un peu tard dans la scène musicale. J’ai raté Luther Allison… J’usais ses vidéos jusqu’à la corde.

Toronzo Cannon, bluesman contemporain, posant avec une guitare à l'extérieur, portant un chapeau noir et des lunettes de soleil.
Toronzo Cannon – Photo :  Chris Monaghan

Ouais, mais ses cassettes, je les ai usées jusqu’à la corde. Je connais Bernard Allison, alors c’est plutôt cool. Mais Albert Collins et Luther Allison, ils me manquent… Et Junior Wells aussi. Ils me manquent…

Oui, Junior Wells était là, mais moi, je ne l’ai jamais vu. J’étais sur la scène, je jammais, mais je ne l’ai jamais vu. C’était du genre : « Wow, Jimmy, wow, Junior aussi… » Donc oui, ils me manquent. Mais j’ai quand même joué avec la plupart de mes héros. Évidemment, si j’avais eu la chance de jouer avec Jimi Hendrix, mec, ça aurait été génial… Ça aurait été vraiment cool…

Je leur dirais de continuer à jouer de la musique originale, de mettre en avant les stars du blues, les STARS, parce qu’elles le sont vraiment. Les stars du blues et les musiciens d’aujourd’hui. Bien sûr, il faut les mixer avec les héros et les influences. Mais je dirais qu’il faut se concentrer sur les nouveaux venus qui essaient de maintenir le blues en vie. Ce serait super.

Je sais que Slash a fait quelque chose récemment avec beaucoup de grands noms, vous savez, Samantha Fish, Eric Gales et bien d’autres. Je voudrais que Slash, s’il veut vraiment se lancer dans le blues, laisse Eric Gales, Samantha Fish et plein d’autres bluesmen utiliser leurs propres compositions. Qu’il ne reprenne pas Mojo Working. On ne peut pas faire Mojo mieux que Muddy Waters. On ne peut pas faire mieux que les géants pour d’autres titres légendaires.

À mon avis, il aurait dû mettre en avant ces nouveaux artistes – Samantha Fish, Eric Gales et les autres présents sur son album – avec leurs propres compositions originales. On aurait quand même eu le nom, ça aurait toujours été Slash.

J’espère donc qu’une grande star comme lui s’engage dans un projet similaire et, parce que je suis fier d’écrire mes propres chansons, qu’il les utilise. Qu’on nous donne plus de visibilité pour qu’on puisse jouer nos compositions avec une grande star comme Slash, ou Eric Clapton, ou Keb’ Mo’, ou d’autres artistes de ce calibre…


Revivez l’intégralité du concert de Toronzo Cannon au Megève Blues Festival


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par Marc Loison

Animateur radio depuis 1983 (Sweet Home Chicago depuis 1992), chroniqueur Blues (Soul Bag depuis 2005), guitariste "lefty", Marc Loison est un passionné de Blues de longue date. Ses interviews dans l'émission sont nombreuses et variées.

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