
Après l’accueil réservé à Hey You et leur passage remarqué à Memphis pour l’International Blues Challenge, Mazingo revient avec Wait A Minute, un album où le blues dialogue avec le rock, l’americana et des sonorités beaucoup plus libres. Pour l’occasion, Andrew, Alexis et Félix reviennent sur ce disque construit autour du lâcher-prise et du plaisir de se laisser surprendre. L’album sera dans les bacs le 20 novembre.
🎥 Découvrez le clip de Rattlesnake
🎙️ Mazingo en interview avec Cédric Vernet
Wait A Minute parle beaucoup du temps qui passe et du besoin de souffler. Pourquoi c’était important pour vous d’aborder ça aujourd’hui ?
Andrew : On a conçu notre précédent album un peu comme un voyage, imaginant une route qui part d’un point pour aller à un autre point. Et on invitait l’auditeur à se perdre dans cette aventure, quitte à oublier d’où il vient, à perdre le fil d’où il va… c’est le voyage qui importe. Je pense qu’avec « Wait A Minute », c’est aussi ce genre d’expérience que nous proposons de vivre. Sauf que cette fois, c’est moins la route qui importe que le temps. Mais l’idée est la même : le passé est ce qu’il a été, le futur arrive, incontestablement mais ce qui compte, c’est cet entre-deux dans lequel on est maintenant. « Wait A Minute » a le souhait secret de vouloir prolonger ce moment. On n’est pas hors du temps mais en plein dedans et on en profite à fond.
Quant à l’idée de souffler, je ne pense pas qu’on soit les seuls à être asphyxiés quotidiennement par ce monde qui va très vite, le flux d’information, de désinformation, de scandales, de guerres… et dans un premier temps, souffler, respirer, ça aide.
On retrouve sur ce disque du blues, du rock, de l’americana mais aussi des ambiances presque mexicaines ou balkaniques. Vous composez sans limites de style on dirait ?
Alexis : C’est une vraie question qu’on s’est posée. Car si la créativité n’a pas de limite hormis ce qui nous plaît, qu’en est-il de la cohérence ? Dans cet album, on a fini par trouver quelque chose qui nous ressemble vraiment et qui transcende en effet les limites de style. Pour nous, c’était une façon de rester cohérent tout en s’affranchissant d’un certain nombre de contraintes, de ne pas s’enfermer dans ce qu’il « faut faire » ou de ce qu’on pense qu’on attend de nous et de continuer à stimuler cette créativité avec différentes ambiances.
Cette idée de voyage revient souvent quand vous parlez de cet album…
Alexis : On a fini par constater que l’album esquisse une sorte de voyage et on s’est dit que cette ouverture était essentielle dans un monde où les frontières ont plutôt tendance à se fermer. Je crois aussi qu’on aime se voir comme des explorateurs ; la musique nous permet de voyager entre les univers et d’en recréer de nouveaux en les mélangeant.
Rattlesnake arrive avec un gros son rock’n’roll et un clip très visuel. Vous vouliez frapper fort dès le premier extrait ?
Félix : Ça a été un vrai dilemme de choisir quel morceau était le meilleur candidat pour présenter l’album. On a finalement opté pour la morsure, celle qui nous prend par surprise et ne nous lâche plus. On avait besoin de quelque chose d’animal et bestial pour ouvrir, pour bousculer un peu et expulser nos démons. Il y a quelque chose de très contenu et en même temps, de totalement incontrôlable dans ce morceau. Et c’est sur ce fil que l’on avait envie de jouer.
En live on transpire beaucoup, l’énergie rock est centrale dans le show. Donc, après réflexion ça nous est apparu évident comme amorce.
« On voulait que ça dérange »
Le clip pousse encore plus loin ce côté fiévreux et dérangeant…
Félix : En ce qui concerne le clip, on voulait que ça dérange, comme une vilaine crève dont on n’arrive pas à se dépêtrer. Une fièvre qui irait jusqu’à provoquer des visions hallucinatoires. Pour ça, on a eu l’immense chance de travailler avec une équipe incroyable (Eric Genillier à l’image, Pierre Bourgeois à la réalisation et Amaury Voslion au montage) qui a su transcrire ces idées dans une esthétique à la fois lynchienne et tarantinesque.
C’était encore plus étrange et tordu que ce que l’on avait imaginé. Et ça tombe bien car être surpris, c’est exactement ce que l’on cherchait.
Après Memphis et l’International Blues Challenge, mais aussi avec les festivals, les passages radio et l’accueil autour de Hey You, est-ce que vous sentez aujourd’hui un regard différent sur Mazingo ? Un peu plus de pression ?
Andrew : Nous sommes très reconnaissants de l’accueil qu’a eu notre précédent album « Hey You », notamment auprès de la scène blues et à Memphis. Cette musique, et cette famille, est un socle qui nous a donné beaucoup de force. Mais la pression est toujours là quand on présente de nouveaux morceaux, un nouveau show. D’autant plus quand on s’adresse à ceux qui nous connaissent : est-ce que ça va leur plaire, est-ce que c’est juste ?
Mais dans la famille dont je parle, autant le public que les professionnels ou les collègues musiciens, ce qui compte c’est d’exprimer ce qu’on a au fond de nous, sans concession, sans artifice. Leur regard nous enjoint à sortir nos tripes et c’est assez libérateur. Et j’ai le sentiment qu’on est toujours autant dedans. Peut-être même un peu plus.

Le morceau Wait A Minute a été gardé dans une version très brute, presque live. Pourquoi ce choix ?
Félix : La première fois que l’on a joué ce morceau ensemble, on avait trois accords, une vague idée de structure et quelques paroles griffonnées sur un carnet. Une poignée de micros étaient posés dans la salle de répète, histoire d’avoir une base de travail pour plus tard. On s’est lancé sans filet et sans vraiment savoir ce qui allait se passer, à part que l’on avait très envie de jouer le morceau. Et il s’est produit quelque chose d’assez magique.
On découvrait littéralement le titre en même temps qu’on l’enregistrait. Le jack de la guitare s’est mis à bugger, on n’a pas vraiment suivi la structure prévue… une succession d’heureux accidents et de rattrapages d’équilibristes. Rien n’allait et tout allait.
C’est justement cette imperfection que vous vouliez préserver ?
Félix : On a tout de suite su qu’on ne pourrait jamais reproduire cette prise avec autant de spontanéité et d’imperfection. L’idée de garder ça tel quel pour l’album nous plaisait beaucoup. À l’ère de l’enregistrement ultra maîtrisé et réglé au millimètre, on finit souvent par perdre l’essence de ce que l’on voulait faire à la base.
Pas toujours évident de retrouver le lâcher-prise de la première fois. Alors se forcer à garder quelque chose qui nous a totalement échappé était un peu comme un cadeau que l’on se faisait à nous-mêmes et à ceux qui allaient prendre du plaisir à écouter l’album.
Vous chantez aussi en français sur cet album. Ça change quoi dans votre manière d’écrire ?
Alexis : Le français a toujours eu sa place dans Mazingo et ce, depuis le premier EP sorti en 2020. On a à cœur de défendre le multiculturalisme comme une richesse. On se présente comme un groupe franco-américain, pas seulement parce qu’Andrew a été élevé dans une bi-culture mais aussi parce que des textes en français cohabitent avec des morceaux en anglais.
Sans Queue Ni Tête déconstruit complètement la forme blues traditionnelle…
Alexis : Pour « Sans Queue Ni Tête », c’est la seule forme blues de l’album et on avait envie de déstructurer tout ça. D’abord parce que la voix chante un poème de manière monolithique sans suivre la forme et parce que c’est aussi le seul morceau qui a une touche électronique avec des claviers et des arpégiateurs qui viennent se mélanger avec les sons très traditionnels du banjo et du violon. Les voix s’empilent au fur et à mesure du morceau pour donner quelque chose d’incantatoire.

