Pour sa 21e édition, la Nuit du Blues de Cabannes a été fidèle à sa réputation : réunir, dans un cadre familial, des univers musicaux différents avec toujours le blues en fil conducteur. De Elliott Murphy à Carolyn Wonderland, en passant par Blues Fiction et Joharpo, la soirée aux arènes a montré un blues capable de dialoguer avec d’autres styles, l’americana, le rock, la chanson et les grandes racines américaines.

Live report – 21e Nuit du Blues de Cabannes
📆 4 juillet 2026
📌 Arènes de Cabannes
🎸 Avec Joharpo, Blues Fiction, Elliott Murphy et Carolyn Wonderland
📷 Cédric Vernet

Un an après avoir célébré ses vingt ans, la Nuit du Blues de Cabannes retrouvait les arènes avec une programmation toujours très ouverte. Une seule soirée, deux scènes et un objectif : faire vivre le blues sans l’enfermer dans une définition trop étroite. Blues Actu y était et vous raconte.

Joharpo, un blues qui prend la route

C’est seul que Jonathan Callet entre en scène. Guitare en main, harmonica autour du cou, il installe les premières notes avant d’être rejoint progressivement par ses musiciens. Si l’univers de Joharpo commence avec le blues, il part très vite vers d’autres territoires. Americana, country, folk, bluegrass : les influences circulent naturellement. On sent chez lui une vraie culture des musiques américaines, absorbée puis restituée dans un mélange très personnel.

Groupe de musique sur scène avec un chanteur utilisant un microphone, un batteur en arrière-plan et un bassiste à droite. Instruments de musique visibles comme des guitares et des batteries.
Joharpo (c) Cédric Vernet

Les compositions occupent logiquement une place centrale. Freight Train fait mouche avec son refrain accrocheur, tandis que Don’t Worry, plus léger et enjoué, apporte une respiration bienvenue. Le groupe glisse aussi quelques reprises, notamment Checkin’ Up My Baby de Sonny Boy Williamson, qui permet à Jonathan Callet de retrouver son harmonica dans un dialogue très réussi avec la guitare de Seb Genty.

Derrière Jo, Seb Genty apporte une énergie rock à la guitare, Franck Mercier muscle le son avec une basse solide tandis que Guillaume Cluzel propulse l’ensemble avec une batterie précise et énergique.

Chanteur, guitariste, harmoniciste, banjoïste et compositeur, Jo Callet passe d’un instrument à l’autre, parfois guitare et harmonica en même temps, sans jamais transformer cette polyvalence en numéro. Franck Mercier résume d’ailleurs très bien la situation en plaisantant : « Nous accompagnons notre homme-orchestre à nous. C’est un peu notre Rémy Bricka ! » La formule fait sourire les boomers qui ont chanté sur La vie en couleurs dans les années 70.

Le concert s’achève avec Someone Is Falling on Me. Banjo en main, Jo Callet emmène le public vers les grands espaces américains, tandis que les envolées de guitare de Seb Genty viennent électriser cette conclusion très country-folk. Le public en redemande. Le groupe ne se fait pas prier pour revenir sur scène et conclure cette première partie sous des applaudissements nourris.

Un chanteur souriant portant un chapeau et une chemise à motifs, tenant une guitare sur scène.
Joharpo (c) Cédric Vernet

Blues Fiction, sur la B Stage

À Cabannes, les changements de plateau ne sont pas des temps morts. Installé sur la B Stage, Blues Fiction prend le relais entre chaque groupe. Le groupe évolue davantage du côté de la chanson française que du blues traditionnel, avec des compositions originales auxquelles viennent s’ajouter quelques reprises, comme Faut que j’me tire ailleurs de Bill Deraime ou Le Blues du dentiste, le célèbre titre d’Henri Salvador, accueilli avec le sourire par le public.

Le groupe interprète également Avec ma guitare à la main, extrait de Willie Blues, un spectacle destiné au jeune public consacré à l’histoire du blues. La veille, Blues Fiction jouait justement devant des écoliers.

Cette présence s’inscrit dans le travail de transmission mené tout au long de l’année par la Nuit du Blues de Cabannes. Pour poursuivre et développer ces actions pédagogiques, le festival a lancé une campagne de financement participatif destinée à soutenir ses interventions auprès du jeune public.

Elliott Murphy, le plaisir des retrouvailles

Plus de dix ans après son dernier passage à Cabannes, Elliott Murphy retrouve les arènes. Dans le public, on capte une phrase qui résume l’instant : « Ça fait plaisir de le revoir ! » Nombreux sont d’ailleurs les fans à porter un tee-shirt à son effigie.

Un homme portant un chapeau blanc et une chemise à motifs chante en tenant une guitare pendant un concert, avec une artiste en arrière-plan utilisant un microphone.
Elliott Murphy (c) Cédric Vernet

Accompagné d’Olivier Durand, son partenaire de scène depuis près de trente ans, Elliott Murphy ouvre le concert avec Last of the Rock Stars, extrait d’Aquashow (1973), l’un des albums fondateurs de sa carrière. Dès The Miracle Zone, le duo devient quatuor avec l’arrivée de Melissa Cox au violon et d’Alan Fatras au cajón et aux percussions. Le groupe monte rapidement en puissance avec Granny Takes a Trip, avant de retrouver un registre plus introspectif avec Not Enough Time, issu de son dernier album, Infinity. Sur Green River, Elliott Murphy s’avance au bord de la scène pour emporter l’adhésion du public et présenter ses musiciens. Il rappelle sa longue complicité avec Olivier Durand, puis met à l’honneur Melissa Cox et Alan Fatras.

Le concert alterne ensuite les climats avec beaucoup de naturel. Making It Real permet à Elliott Murphy de reprendre l’harmonica, tandis que Sunlight Keeps Falling on Me prolonge la complicité avec Olivier Durand. Les chœurs et le violon de Melissa Cox apportent une vraie sensibilité, notamment sur You Never Know.

Avant Kindness, Elliott Murphy adresse un hommage appuyé à son vieux complice Lou Reed. Quelques mots suffisent à rappeler le lien entre les deux songwriters new-yorkais.

Avec Baby Boomer’s Lament, extrait de son dernier album Infinity, Elliott Murphy retrouve son humour. « Il y a trois âges dans la vie : les jeunes, les personnes d’âge moyen… et ceux à qui on dit qu’ils ont bonne mine ! », lance-t-il en cherchant les baby-boomers dans les arènes. Les rires fusent avant que le groupe n’entame cette chanson où le songwriter regarde sa génération avec tendresse et autodérision.

Le rappel vient couronner un concert exceptionnel. Avant Blind Willie McTell, que le groupe jouait pour la première fois ce soir, Elliott Murphy évoque Bob Dylan : « Cette chanson raconte l’histoire du blues… et nous sommes ici ce soir pour le blues. » Difficile d’imaginer plus belle conclusion. Pendant près d’une heure et demie, le songwriter américain aura traversé plus de cinquante ans de carrière avec une aisance désarmante, porté par un groupe remarquable et une complicité intacte avec Olivier Durand.

Quatre musiciens sur scène, posant ensemble et souriant après une performance, un guitariste tenant une guitare.
Elliott Murphy (c) Cédric Vernet

Carolyn Wonderland, un blues venu du Texas

Après le concert d’Elliott Murphy, le changement d’ambiance est net. Carolyn Wonderland ouvre son set avec Nobody’s Fault but Mine, avant d’enchaîner avec Bob Dylan’s 78th Horizontal Dream, un clin d’œil appuyé au songwriter américain. Les références aux grandes figures du blues et de la musique américaine jalonneront toute la soirée. Carolyn Wonderland sait où elle va sans jamais oublier d’où elle vient. Le groupe joue assis (on comprendra pourquoi plus tard), dans une formule plus intimiste qui demande quelques minutes au public pour changer d’univers.

La Texane présente rapidement ses musiciens : Josh Flowers à la basse, Giovanni Carnuccio à la batterie et Shelley King, figure incontournable de la scène d’Austin. Chanteuse, guitariste et autrice-compositrice, elle navigue depuis plus de trente ans entre blues, americana, country, folk et rock. Ce soir, elle est bien plus qu’une simple accompagnatrice. Tout au long du concert, les deux musiciennes se partagent naturellement le rôle de leader. Chacune possède son univers, mais toutes deux impressionnent par la puissance et la personnalité de leur voix.

Sur Truth Is, Shelley King prend le chant, tandis que Carolyn Wonderland se concentre sur sa guitare. Plus loin, sur Whistlin’ Past the Graveyard, la Texane se lance dans un solo … sifflé, un moment réjouissant, accueilli par les applaudissements du public.

Une musicienne aux cheveux rouges joue de la guitare et chante sur scène, avec un musicien au fond.
Carolyn Wonderland (c) Cédric Vernet

La lap steel fait ensuite son apparition. Avant Fragile Peace and Certain War, Carolyn Wonderland confie que Cindy Cashdollar est sa musicienne préférée à cet instrument. Sooner or Later, qui ouvre son dernier album, prolonge cette atmosphère entre blues, country et americana.

Avec I’m Gonna Cross the River Jordan, hommage à Blind Willie McTell, le concert retrouve les racines profondes du blues. Un choix qui fait écho au rappel d’Elliott Murphy quelques minutes plus tôt et rappelle que, malgré leurs univers très différents, les artistes de cette 21e édition partagent les mêmes fondations musicales.

De retour à la Gibson, Carolyn Wonderland retrouve un registre plus électrique. The Things You Do, porté par Shelley King, fait monter l’ambiance encore d’un cran. Les échanges entre les deux musiciennes fonctionnent parfaitement, pendant que la guitare de Carolyn Wonderland confirme ce qui fait sa réputation : des solos précis, jamais démonstratifs, toujours au service des chansons.

Les hommages se poursuivent avec Don’t Waste My Time, dédié à John Mayall, dont elle fut la guitariste, puis What Good Can Drinkin’ Do, en hommage à Janis Joplin, où les changements de rythme entretiennent une tension permanente. Avec Building a Fire, puis Kick Up Your Heels, écrit par Shelley King avec un ami de La Nouvelle-Orléans, le groupe confirme sa cohésion et le plaisir évident de jouer ensemble.

Une femme aux cheveux rouges se produit sur scène avec un microphone, tandis qu'un musicien avec une barbe joue de la basse en arrière-plan.
Carolyn Wonderland (c) Cédric Vernet

Après un dernier morceau, Carolyn Wonderland salue le public et quitte la scène, soutenue par ses musiciens. Il n’y aura pas de rappel. On apprendra ensuite que la guitariste avait été victime d’un malaise plus tôt dans la journée. Cette information éclaire le choix d’un début de concert joué assis ainsi que les ajustements apportés à la setlist. Pourtant, rien ou presque ne l’a laissé transparaître dans son jeu. Au fil de la soirée, elle a même retrouvé toute son intensité. Assurer un tel concert dans ces conditions force le respect et témoigne d’un remarquable professionnalisme.

Cette 21e Nuit du Blues de Cabannes aura une nouvelle fois démontré qu’il n’existe pas une seule façon de jouer le blues. Chez JoHarpo, il prend les chemins de traverse de l’americana et de la country. Avec Elliott Murphy, il se transforme en récit et poésie. Sous les doigts de Carolyn Wonderland, il reprend la force et l’énergie des influences texanes. Entre les concerts, Blues Fiction rappelle enfin que cette musique se transmet aussi aux plus jeunes. Portée par une équipe de bénévoles toujours aussi accueillante (big up à Antonio et Luc notamment), la Nuit du Blues de Cabannes confirme sa singularité : un festival à taille humaine, fidèle à ses racines, mais toujours tourné vers l’avenir. Rendez-vous est déjà pris pour la 22e édition.


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par Cédric Vernet

Président et rédacteur en chef de Blues Actu

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