
Pour ce troisième épisode de Ciné Blues, cap au Sud des États-Unis au début des années 30. Avec O Brother, Where Art Thou?, réalisé par Joel et Ethan Coen, on plonge dans une Amérique rurale frappée par la Grande Dépression, où la musique circule encore par tradition orale, bien avant l’industrialisation du disque.
Sorti en 2000, le film s’impose comme une comédie d’aventure librement inspirée de L’Odyssée, mais aussi comme un hommage précis aux musiques dites « roots » américaines. Blues rural, gospel, folk ancien, bluegrass : la bande originale devient le véritable fil conducteur du récit. On en parle dans ce nouvel épisode de Ciné Blues.
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American Graffiti – Ciné Blues #04 – Ciné Blues
Le film
L’action se déroule dans le Mississippi. Trois prisonniers enchaînés s’évadent d’un bagne et traversent le Sud à la recherche d’un trésor supposé. À leur tête, Ulysses Everett McGill, interprété par George Clooney, personnage bavard, sûr de lui, obsédé par sa gomina et déterminé à reconquérir sa femme avant qu’elle ne se remarie.
Au fil de leur cavale, les fugitifs enregistrent presque par hasard un morceau sous le nom des Soggy Bottom Boys. Sans le savoir, ils déclenchent un succès populaire qui va peu à peu les dépasser. Le film multiplie les rencontres : prêcheurs, politiciens locaux, musiciens itinérants, rassemblements religieux, jusqu’à une séquence mémorable où le Ku Klux Klan est tourné en dérision.

La BO
La bande originale est supervisée par T Bone Burnett, avec un principe clair : puiser dans des répertoires antérieurs à l’industrialisation du disque. On y entend du blues rural, du gospel, du hillbilly, de l’old-time music et des chants de travail issus de la tradition orale du Sud américain.
Le gospel est représenté par The Fairfield Four. Le folk et l’americana apparaissent avec Emmylou Harris, Gillian Welch et David Rawlings. Le bluegrass occupe une place centrale grâce à Alison Krauss et son groupe Union Station, dont Dan Tyminski assure la voix de Man of Constant Sorrow. Le blues est présent avec Chris Thomas King, qui interprète Hard Time Killing Floor Blues, morceau écrit par Skip James pendant la Grande Dépression.
Le personnage de Tommy Johnson, incarné à l’écran par Chris Thomas King, renvoie à une figure réelle du blues associée à la légende du pacte avec le diable au carrefour, récit que l’on retrouvera plus tard autour de Robert Johnson.

Un succès inattendu
À sa sortie, le film crée la surprise. Mais c’est surtout sa bande originale qui marque durablement. Le disque se vend à plusieurs millions d’exemplaires, reste classé longtemps aux États-Unis et remporte le Grammy Award de l’album de l’année. Un fait rare pour une bande originale composée majoritairement de chansons traditionnelles parfois centenaires.
Ce succès relance l’intérêt du grand public pour les musiques américaines dites « roots » et donne naissance à la tournée Down from the Mountain, réunissant sur scène les artistes du film. Down to the River to Pray et Man of Constant Sorrow deviennent des titres largement identifiés, bien au-delà du cercle des amateurs de bluegrass.
📻 Ciné Blues consacré au film est à écouter sur Blues Actu Radio et sur toutes les plateformes de podcast : Spotify | Deezer | Amazon Music | Apple Podcast | Podcast Addict. L’émission est également à écouter en FM sur RVM, Radio Couleurs, Radio Zig Zag Franche Comté, W1RS et Mix Altitude.
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De mémoire, Tommy Johnson (né en 1896 et musicien actif dès les 1920) prétendit bien avant Robert Johnson (né en 1911, “passé pro” vers 1932 et sans lien de parenté avec le précédent) avoir vendu son âme au diable pour jouer mieux de la guitare.
Le thème apparaît dès 1924 dans “Done Sold My Soul To The Devil”, morceau de Porter Grainger et enregistré par Clara Smith.
Ironique, à double sens ou basé sur d’authentiques frayeurs, c’était un argument publicitaire courant: le pianiste Peetie Wheatstrow (né en 1902 et pro au plus tard en 1929) se faisait appeler “le beau-fils du diable”.
Les frères Coen n’en sont pas à une facétie près, et plutôt que Tommy Johnson, le personnage joué par Chris Thomas King m’a toujours évoqué Blind Lemon Jefferson, l’une des premières vedettes du genre, et assez prospère dès les années 1920 pour se payer une automobile.
Un aveugle au volant dans le Texas des années 1920, ce n’est pas forcément prudent, mais la réalité a ses droits 😉