Bruce Springsteen reste le boss à Lille

Pour la première fois, Bruce Springsteen a foulé la scène lilloise. Dans le cadre de sa tournée européenne 2025, le Boss a offert un concert puissant, humaniste et profondément politique devant près de 35 000 spectateurs conquis. Blues Actu y était et vous raconte, photos et vidéos à l’appui !

Un concert phénoménal, musical et militant

Bruce Springsteen est l’une des plus grandes figures du rock américain. Presque indissociable de son E-Street Band, dont il est le leader, avec les légendaires (entre autres) Steven Van Zandt à la guitare ou encore Patti Scialfa à la guitare et aux claviers sur quelques concerts, le Boss parcourt actuellement l’Europe pour le second leg de sa tournée européenne reportée (puis rallongée) de 2024. Springsteen aime les États-Unis. Il n’a par ailleurs jamais caché cet amour et le revendique par ses prises de parole et ses engagements politiques. Fervent soutien du Parti démocrate, de Barack Obama, d’Hillary Clinton, de Joe Biden et, plus récemment, de Kamala Harris, Springsteen promeut, par sa musique et par sa personne, une Amérique ouverte sur le monde, inclusive, tolérante, humaniste, pacifique et altruiste. C’est cette Amérique qui nourrit son œuvre depuis plus de cinquante-cinq ans. La voix de Springsteen est la voix des passionnés de rock, celle des chefs d’entreprise, celle des prolétaires, celle des marginaux, et finalement celle de toutes et tous.

Revivez le concert en images

© Gaëlle Ghesquière

Springsteen n’était jamais venu à Lille. Le 24 mai dernier, il a remédié à cela, en réalisant le premier de ses trois concerts français de 2025 (il sera à Marseille le 31 mai). Ce soir-là, le 27 mai 2025, Springsteen réalise un deuxième et dernier show à la Decathlon Arena, dans les Hauts-de-France. Véritables messes, les concerts du Boss ne sont pas juste des spectacles musicaux, mais plus largement des communions qui peuvent parfois osciller avec les quatre heures. Le Boss a fait, en ce mardi soir, « que » près de 3 heures. Un concert de Springsteen, c’est avec Bruce Springsteen, naturellement, son E-Street Band, évidemment, et son public. Public qui représente l’une des plus belles communautés du rock.

Bruce Springsteen est rigoureux et ponctuel. Son surnom « The Boss » vient d’ailleurs du fait qu’il dirigeait avec une main de fer, tel un chef d’orchestre, son groupe. Il s’occupait du paiement des salaires en fin de soirée. Ponctuel également : ce soir, c’était 19 h 30, et le chanteur américain et son groupe étaient à l’heure. L’immense Arena devient sombre pour s’illuminer quelques secondes plus tard afin d’accueillir cette légende vivante de la musique. La soirée est lancée avec Land of Hope and Dreams, chanson de 2001 et plus qu’actuelle. Le Boss a récemment sorti un EP éponyme sur toutes les plateformes de streaming. Cinq chansons éminemment politiques, avec leurs introductions sur l’état actuel des États-Unis. Comme il le précise au cours de la soirée, cette Amérique d’aujourd’hui est très différente de l’Amérique qu’il chante depuis 50 ans : une Amérique ouverte, pleine d’espoir, qui est actuellement « aux mains d’un gouvernement corrompu, incompétent et perfide ». Il demande d’un ton sincère de « monter la voix contre l’autoritarisme pour laisser la liberté triompher ».

À la différence de la première soirée lilloise, Springsteen fait résonner Darkness on the Edge of Town pour le plaisir de toutes et tous avant d’enchaîner avec un titre du même album : The Promised Land. Avec Springsteen, dans ces temps incertains, tout est à interprétation. The Promised Land, véritable moment de communion avec son public lillois, parle de cet homme qui travaille, à la poursuite d’un mirage, et qui croit, qui espère en quelque chose de plus grand. Il ira à la rencontre de son public, de droite à gauche, pour distribuer harmonica et poignées de main : l’un des instants les plus suspendus de la soirée. Hungry Heart s’enchaîne et The River démarre avec sa ligne d’harmonica. Un moment d’exception !

Springsteen donne l’indication d’enchaîner avec Youngstown ; Nils Lofgren ira de son solo. Suivi de Murder Incorporated, c’est Springsteen en personne qui fera hurler sa guitare. Steven Van Zandt lui répond ; face à face, ils font converser leurs instruments. Le public hurle à son tour.

My City of Ruins (tiré de l’album The Rising) prend le pas jusqu’à arriver à Because the Night, chanson coécrite par Bruce et Patti Smith pour le catalogue de cette dernière. Badlands (Darkness on the Edge of Town) et Thunder Road (Born to Run) ponctuent la soirée avant le rappel. La lumière illumine le stade, ce soir couvert, et Born in the U.S.A. et Born to Run font danser toutes les travées de la salle. Glory Days et Dancing in the Dark suivent. Le mythique Tenth Avenue Freeze-Out retentit à son tour et rend un vibrant hommage à une légende de la musique, du E-Street Band, et un ami proche de Springsteen : Clarence Clemons, ancien saxophoniste du E-Street. C’est son neveu Jake Clemons qui partage aujourd’hui la scène avec le groupe.

Un final intense en émotion

Chimes of Freedom sera la dernière chanson de la soirée. Reprise de Bob Dylan, et chanson qu’il n’avait pas jouée depuis 1988 avant la première soirée à Manchester le 14 mai. Chanson de circonstance ? Véritable protest song à la Dylan, elle raconte l’histoire d’un homme qui a des visions face à un orage qui approche. Cette chanson, qui se met du côté des opprimés, est une magnifique conclusion à cette soirée qui s’est présentée comme une histoire, narrée par le Boss.

Springsteen est charismatique, charisme à la fois naturel et travaillé par le temps et l’expérience : ce tout fait partie de son personnage dans son entièreté. Cette soirée n’était pas un simple concert. Un concert de Springsteen n’est pas un simple concert. C’est avant tout politique, musical évidemment, et surtout profondément humaniste. Il parle, raconte, demande, chante et joue. Le Boss, qui payait donc ses musiciens à la fin du concert, les attendra ce soir un par un, à la fin de Chimes of Freedom, en milieu de scène, en les saluant un par un pour les remercier de ce moment. Il saluera enfin le public pour le laisser orphelin jusqu’à la prochaine tournée, jusqu’au prochain concert français ? Rien n’est sûr, mais ce soir, c’est près de 50 000 personnes qui l’espèrent…

En cette soirée du 27 mai, Bruce Springsteen est venu à Lille et a conquis son public. Le Boss est une légende vivante. Le Boss est grand. Il dépasse depuis des décennies sa propre musique et l’a encore prouvé ce soir. Et si le Boss, avec cette tournée poignante notamment, était encore plus grand que ce qu’il représente aujourd’hui ?

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