Ronnie Wood à Lisbonne : toujours le feu sacré !

À 79 ans, Ronnie Wood continue de faire vivre ce rock’n’roll nourri de blues qui traverse toute sa carrière. De passage à Lisbonne avec Imelda May, Chanel Haynes et un groupe de musiciens au pedigree impressionnant, le guitariste des Rolling Stones a offert au Coliseu dos Recreios une soirée généreuse, spontanée et profondément ancrée dans les racines de sa musique. Marc Loison y était pour Blues Actu.

Live report
🎸 Artiste : Ronnie Wood
🎤 Invitées : Imelda May & Chanel Haynes
📍 Lieu : Coliseu dos Recreios – Lisbonne, Portugal
📅 Date : 14 septembre 2026
✍️ Live report : Marc Loison
📷 Photos : Tiago Cortez / Everything is New

Une salle magnifique !

Idéalement situé en centre-ville, le Coliseu dos Recreios à Lisbonne (littéralement « Colisée des Loisirs ») est une magnifique salle type « théâtre à l’italienne » inaugurée en 1890, dont la jauge varie de 2 800 (tout assis) à 4 000 places (debout). Sa coupole de 50 m de diamètre, sa forme dodécagonale (12 côtés) entourée de balcons et de loges, son architecture atypique en font une magnifique salle aux dimensions imposantes, à l’opposé cependant des blocs de béton modernes qui tiennent lieu de salles de concert.

Ça aura été un plaisir indescriptible d’y applaudir Ronnie Wood featuring Imelda May et Chanel Haynes ce lundi 14 septembre ! D’abord parce que ce concert au Coliseu dos Recreios de Lisbonne aura permis d’éviter tous les tracas des transports et du stationnement parisiens calamiteux, en ne choisissant pas d’aller les voir à l’Olympia le 5 septembre dernier. Ensuite parce que le public portugais est, comme les Italiens et les Espagnols, par nature bien plus réceptif à un concert de rock et de blues que ne le serait un public français, même si son passage à Paris a suscité des vivats. Ici, on vibre littéralement avec la scène, et l’énergie passe idéalement dans les deux sens en flux continu.


Ronnie Wood à Lisbonne
Ronnie Wood à Lisbonne – Crédit : Tiago Cortez / Everything is New

Ronnie Wood : une vie taillée dans le rock

On ne présente plus Ronnie Wood, guitariste et chanteur d’exception, né le 1er juin 1947 à Hillington en Angleterre. Si on sait évidemment qu’il a rejoint The Rolling Stones en 1975, remplaçant progressivement Mick Taylor qui avait succédé à feu Brian Jones, on connaît moins les autres formations dont il a fait partie durant les golden sixties : The Birds (1964-1967), The Creation (1968), Jeff Beck Group (1967-1969), The Faces (1969-1975), mais aussi The New Barbarians avec Keith Richards depuis 1979. On peut aussi tenter de dresser un début de liste impressionnante de ses collaborations : Rod Stewart, George Harrison, Bob Dylan, Eric Clapton, Aretha Franklin, B.B. King, Bo Diddley, Muddy Waters, Chuck Berry, Donovan, Ringo Starr, Buddy Guy, John Cale, Bobby Womack, U2, Neil Young, The Band… Stop !

S’il reste un bon chanteur, toujours capable de belles fulgurances, Ronnie Wood est d’abord un guitariste d’instinct. Le côté un peu « foutraque » de ses concerts, ses imprécisions, ses hésitations furtives font intégralement partie du personnage ET du musicien. Tout cela concourt à construire un charme scénique absolument irrésistible. Il possède un « plus » indéniable sur les guitar-heroes purs : il écoute énormément. On voit presque physiquement les idées lui venir… Plus il vieillit, plus son jeu semble parfois fragile techniquement, mais plus son caractère mélodique ressort. Il ne cherche plus à démontrer quoi que ce soit, il raconte. C’est peut-être ça, au fond, ce qui distingue le grand guitariste du grand musicien ; Ronnie Wood est définitivement dans la deuxième catégorie. Dans ses solos, il laisse toute sa place à l’accident, au dialogue avec les autres, au moment présent. Tout cela avec un sourire quasi permanent, qui laisse cette impression d’humanité pure collant à sa peau comme son adorable chevelure désordonnée qui n’arrivera jamais à quitter son crâne malgré les années qui passent… Et surtout, il possède ce truc très particulier : il peut se montrer approximatif sans perdre le groove, et c’est probablement là que réside une grande partie de son génie. Même lorsqu’une note arrive un peu tard ou qu’une transition paraît incertaine, le feeling reste là. À l’harmonica, ou lorsqu’il se met à la slide, l’approche est la même : racinienne, parfois basique mais essentielle, à la fois capable de redresser une maladresse et cultivant l’imprécision. Ronnie Wood ne donne pas l’impression de donner un concert ; il offre l’impression de vivre le concert en même temps que le public. À 79 ans, voir Ronnie Wood encore capable de prendre sa guitare, de sourire et de se lancer dans un morceau sans chercher à tout verrouiller fait partie du spectacle. C’est même ce qui le rend profondément humain.


Ronnie Wood à Lisbonne

Ronnie Wood à Lisbonne – Crédit : Tiago Cortez / Everything is New

Le band

La complicité et la joie simple de partager deux heures avec un public chaleureux se ressentaient d’ailleurs parmi tout le band.

Née à Dublin en 1974, Imelda May s’impose à partir de 2008 avec Love Tattoo, album de rockabilly, blues et rock’n’roll qui la révèle internationalement. Avec sa voix puissante et son look rétro, elle devient une figure majeure de la scène roots. Elle élargit ensuite son univers vers la soul et la pop, collaborant notamment avec Jeff Beck, Jools Holland, Tom Jones, Mark Knopfler et… Ronnie Wood !

Chanel Haynes au chant et aux chœurs est née en 1978 à La Nouvelle-Orléans. Elle commence par le gospel et devient membre du groupe Trin-i-tee 5:7, plusieurs fois nommé aux Grammy Awards. Chanteuse et comédienne, elle incarne ensuite Billie Holiday puis Tina Turner au théâtre. En 2022, elle chante Gimme Shelter avec les Rolling Stones à Milan. Remarquée par Mick Jagger, elle rejoint ensuite les Stones pour leurs tournées 2024 et 2025.

Andy Newmark s’est produit à la batterie avec Sly & The Family Stone, John Lennon, George Harrison, Joe Walsh, Cat Stevens, George Benson, David Bowie, Pink Floyd ou Roxy Music.

Le guitariste Johnny Lee Schell a été vu avec Bonnie Raitt, mais aussi John Fogerty, Eric Burdon, Joe Cocker, John Lee Hooker ou Taj Mahal.

Aux claviers, Andy Wallace a accompagné Roger Waters, David Bowie, Tom Jones, Robbie Williams et Whitney Houston.

C’est le parcours du bassiste Willie Weeks qui impressionne le plus, s’étant produit avec David Bowie, George Harrison, Eric Clapton et Aretha Franklin, mais également avec Donny Hathaway (The Ghetto) ou Stevie Wonder (Innervisions). On lui attribue la première version de It’s Only Rock ’n’ Roll des Rolling Stones, en remplacement de Bill Wyman, avec Kenney Jones remplaçant Charlie Watts aux fûts.

Un musicien jouant de la guitare sur scène avec un public enthousiaste au premier plan.
Ronnie Wood à Lisbonne – Crédit : Tiago Cortez / Everything is New

Une setlist aux petits oignons

La setlist est un véritable tapis de roses, pour qui aime son rock’n’roll infusé dans le blues le plus ras-de-terre et son blues dans le rock’n’roll le plus primal… Savoir qu’elle ne bouge pas, ou si peu, sur les 12 dates de sa tournée européenne 2026, c’est avoir l’impression première que la tournée est très solidement construite, malgré le côté spontané de Ronnie Wood. Mais à l’intérieur d’une setlist très cadrée, il laisse justement énormément de petites choses bouger : les introductions, les échanges avec les musiciens, certaines phrases de guitare, les regards, les hésitations… En ce 14 septembre 2026, le Coliseu de Lisbonne lui apportait un bon supplément d’âme : une salle relativement intime, Ronnie Wood à quelques mètres du public… pour un musicien comme lui, c’est presque le cadre idéal ! Et ça aura été un enchantement pour les nombreux fans qui ne se perdaient pas seulement à corps perdu dans les « hits », mais soutenaient également le band pour des titres plus obscurs, ou des emprunts. Il y en eut de savoureux : River Deep, Mountain High d’Ike et Tina Turner, où la superbe vocaliste Chanel Haynes se taillait la part de la lionne. Imelda May eut maintes fois l’occasion de captiver le public fervent de Lisbonne, notamment avec un magnifique Remember (Walking in the Sand) des Shangri-Las bien senti, qu’elle avait déjà interprété avec Jeff Beck.

Dès l’entame, It’s Only Rock ‘n’ Roll (But I Like It) annonce la couleur : les Stones sont là. Mais pas toujours… Am I Grooving You appelle Freddie King à la rescousse. Suivent Take It Easy, puis un Flying des Stones période Exile on Main Street, enlevé comme jamais. Hey Negrita, syncopé à souhait, est un délice qui file vers le reggae sans jamais y succomber vraiment. Seven Days, tiré de Black and Blue, est exécuté avec passion. Remember (Walking in the Sand) rappelle peu les Shangri-Las, mais sait faire frémir le public. La reprise des Falcons You’re So Fine (1959) peut surprendre ; moins lorsqu’on connaît l’appétence de Ronnie Wood pour les succès majeurs du rhythm’n’blues… Jimmy Reed est mis à contribution et ne devrait pas renier ce Baby What You Want Me to Do, joué dans l’esprit à la slide avec force glissandos. Show Me fait monter la pression auprès d’un public qui hésite sans cesse entre la station assise et la danse, debout, le plus près possible de la scène… Mystifies Me permet un relatif retour au calme, le public qui connaît les paroles le fait savoir et fait sourire Ronnie. Le River Deep – Mountain High d’Ike & Tina Turner nous ramène voici 60 ans, au cœur de la période Phil Spector chez Motown ; cette version est bien revigorante. Country Honk est en fait Honky Tonk Woman, prétexte à une incursion countrysante du tube des Stones grâce au violon de Mera Royle, dont ce sera la seule (!) apparition en deux heures de show… un moment de réunion pour un public prompt à chanter. Le bienvenu Chain of Fools ressuscite à la fois Don Covay et Aretha Franklin. Boogie Disease permet au pianiste de prêter main-forte aux percussions, appliquant consciencieusement ses congas sur le tom basse, tandis que Ronnie Wood s’immerge à la guitare dans un boogie total. Avec le retour d’Imelda May, le Spoonful de Willie Dixon ne rappelle pas franchement Koko Taylor, mais offre des couleurs inédites et rafraîchissantes, notamment grâce aux efforts vocaux conjugués avec Chanel Haynes ; on se fout de la justesse des arrangements, on joue d’abord pour l’esprit de la chanson, et tout le monde prend énormément de plaisir, dans la salle comme sur la scène… Ooh La La réunit le public comme jamais, la ferveur monte encore d’un cran… Can’t You Hear Me Knocking et son solo ébouriffé appellent la danse ; le passage à l’harmo incite au recueillement mais la basse reste enveloppante et le groove est intact malgré les nuances qui se succèdent. Outlaws (They Don’t Make Outlaws) soude encore davantage un public décidément exalté ! En guise de rappel, Ronnie Wood revient seul à la guitare, puis progressivement accompagné de tout le band, pour un medley savant comprenant Dust My Broom d’Elmore James, Black Limousine des Stones paru dans Tattoo You ou Gasoline signé Ronnie Wood, figurant sur son Now Look pré-Stonien. Tout cela sent la revue de détail et le catalogue bien conçu, et c’est bien pour cela que les 2 000 fans se sont déplacés ce soir ! C’est sur un Stay With Me des Faces (1971) que se conclut ce magistral tour de force : être encore capable, en 2026, de faire vibrer trois générations de Portugais (et quelques touristes !), sans être taxé de ringard ou de has-been. Car la musique que Ronnie Wood distille et promeut n’a évidemment pas d’âge, puisqu’elle est ici plébiscitée par tous !

L’avis de Marc

Un grand concert de rock’n’roll avec de vrais morceaux de blues dedans : c’est comme ça qu’on aime nos héros, bien loin des pseudo-stars engoncées dans leur quant-à-soi, ne regardant et ne communiquant qu’à peine avec leur auditoire, trop occupées à maintenir une distance aussi inutile que méprisable. Ronnie Wood est l’archétype des musiciens parvenus au top de la renommée, mais poursuivant leur quête de concerts réussis : ceux où l’on fait corps entre musiciens et public, ceux où l’on donne tout sans tricher, ceux où l’on oublie les concerts précédents pour mieux se réinventer, en réinterprétant sans copier, en se renouvelant chaque soir sans rien changer de vital. C’est aussi, et d’abord, pour ça qu’on l’aime, NOTRE Ronnie Wood… et ce concert fut un grand bonheur !

Marc Loison

Setlist
  • It’s Only Rock ‘n’ Roll (But I Like It)
  • Am I Grooving You
  • Take It Easy
  • Flying
  • Hey Negrita
  • Seven Days
  • Remember (Walking in the Sand)
  • You’re So Fine
  • Baby What You Want Me to Do
  • Show Me
  • Mystifies Me
  • River Deep – Mountain High
  • Country Honk
  • Chain of Fools
  • Boogie Disease
  • Spoonful
  • Ooh La La
  • Can’t You Hear Me Knocking
  • Outlaws (They Don’t Make Outlaws)

Rappel :

  • Guitar Solo
  • Stay With Me
Tournée européenne 2026
  • 1er septembre : Volkhaus – Zürich, Suisse
  • 3 septembre : E-Werk – Cologne, Allemagne
  • 5 septembre : L’Olympia – Paris, France
  • 7 et 8 septembre : Paradiso – Amsterdam, Pays-Bas
  • 10 septembre : Fiestas de San Lorenzo – Valladolid, Espagne
  • 12 septembre : Sala Razzmatazz – Barcelone, Espagne
  • 14 septembre : Coliseu dos Recreios – Lisbonne, Portugal
Prochaines dates
  • 1er novembre 2026 : Espaço Unimed – São Paulo, Brésil
  • 6 novembre 2026 : Movistar Arena – Buenos Aires, Argentine
  • 8 novembre 2026 : Teatro Metropolitano – Rosario, Argentine
  • 10 novembre 2026 : Movistar Arena – Santiago, Chili

En savoir plus

Retrouvez l’actualité, les prochaines dates et les projets de Ronnie Wood sur son site officiel.

par Marc Loison

Animateur radio depuis 1983 (Sweet Home Chicago depuis 1992), chroniqueur Blues (Soul Bag depuis 2005), guitariste "lefty", Marc Loison est un passionné de Blues de longue date. Ses interviews dans l'émission sont nombreuses et variées.

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