
28 ans de Malted Milk et on n’en a toujours pas assez. Alors, quand le groupe annonce un nouvel album, c’est forcément une bonne nouvelle. Le prochain – dont le titre est révélé dans cet article – s’annonce court mais dense, comme une pause et une réflexion sur le monde d’aujourd’hui. Dans une interview passionnante pour Blues Actu Radio, Arnaud Fradin lève le voile sur ce nouveau projet… et bien plus encore !
🎤 Arnaud Fradin en interview
Bonjour Arnaud. D’abord peux-tu nous dévoiler le titre de cet album ? Le dernier faisait référence à ton année de naissance, celui-ci célèbre-t-il tes 50 ans ? Est-il terminé, quelle est sa date de sortie ?
L’album s’appellera Time out. C’est un peu l’idée de marquer une pause, ou même un changement, presque sociétal, qui fait écho à tout ce qui se passe aujourd’hui. Le morceau du même nom avait été commencé il y a quelques mois, et on l’a un peu réorienté avec l’actualité. C’est encore en chantier, parce qu’il est réalisé avec des collaborations, mais c’est lui qui donne son titre à l’album.
L’album reste dans la continuité du précédent, puisque certains titres datent de la même période, notamment le confinement. Il y a donc des bribes qui viennent de là, mais c’est aussi un disque assez éclectique. On reste autour de la soul, du blues et du funk, mais chaque chanson a vraiment sa couleur, son ambiance, sa petite histoire. Comme le précédent, il sera assez court, mais avec une vraie variété de morceaux. On reste dans la tradition des musiques nord-américaines, tout en essayant, à la production, de varier les plaisirs.
En juin est sorti le premier single What a night, dans un style soul très sensuel, dans la même veine que l’album 1975. Le reste est-il du même registre ou y a-t-il des variations de styles, le retour du funk peut-être ?
Oui, un petit peu au moins sur 2 ou 3 titres. Il y a des trucs très funky et très dansants en tout cas. Certains font déjà partie intégrante du nouveau set qu’on joue en concert. Des morceaux qu’on avait aussi envie de construire pour la scène. Des morceaux qui soient cools pour jouer sur scène. Et oui, qui mettent le feu.
Et donc combien de titres sur cet opus ? Le précédent n’en n’avait que 8.
Il y en aura 8 aussi.
« Autour de ce noyau dur, tout le monde participe »
Retrouvera-t-on Marco Cinelli ou éventuellement d’autres collaborations, des invités ?
Marco Cinelli, qui avait déjà écrit des textes pour le précédent album, en a aussi écrit pour celui-là. On en avait beaucoup, tout n’était pas allé sur 1975, donc on en a gardé pour le prochain. Et puis il y a Ben L’Oncle Soul qui participe sur une sorte de balade qu’on a co-écrite. Aujourd’hui, l’idée c’est de sortir des albums courts, parce que les gens n’écoutent pas tout, il y a toujours des morceaux qui passent à la trappe. Je préfère avoir moins de titres, mais bien travaillés.
Avec Marco, on a vraiment bossé les textes ensemble. Il était en studio avec moi, on a co-écrit et peaufiné comme sur l’album précédent. Lui est surtout sur les textes, et après le reste se fait avec le groupe, notamment le noyau dur : Igor Pichon, qui est toujours très présent sur la compo et la réalisation, comme pour 1975, et puis Damien Cornelis aussi, très impliqué dans les compos.
Autour de ce noyau dur, tout le monde participe. En général, les compos se font ensemble, sur le moment, pas chacun de son côté pour amener un morceau en répète. C’est un vrai travail collectif : on joue, on échange, un peu comme un bœuf qui finit par devenir un titre. On partage beaucoup nos ressentis, on s’écoute des choses, ça inspire un groove ou le début d’une chanson. On est vraiment dans cette dynamique-là : partager, s’inspirer ensemble, et intégrer chacun dans la création.
Donc, vous gardez la même formule, label, production, arrangements ?
Oui, Igor Pichon est très présent avec moi sur la finalité, sur la précision des arrangements. On discute beaucoup des choix, on se dit : « tiens, et si on essayait comme ça ? ». Chacun reste ouvert pour tester. Même jusqu’au mixage, on continue à se poser des questions avec le mixeur, Loris Marzotto, un copain qui était déjà sur 1975. Il a été très présent sur la direction artistique, en amenant aussi des idées, des propositions dans le mix. Finalement, ça reste un vrai travail d’équipe, parce que ce sont des couleurs, des textures, et ça se décide ensemble, avec Igor et Loris, qui produit aussi les albums de Kokomo.
Ce qui explique ce son plus rock ?
Et oui, c’est plus rock, carrément ! Mais c’est bien d’avoir des gens qui ne viennent pas forcément du même univers. Exactement, ça apporte toujours du recul et des idées nouvelles.
Le mixage s’est fait dans ton studio ?
Non, on a finalisé dans le studio de Loris. Je préfère, parce que le problème, c’est que je suis aussi mixeur sur d’autres projets, et j’adore ça. Mais pour son propre projet, c’est vraiment pas évident. À force d’écouter les morceaux en boucle, on finit par perdre du recul. Du coup, j’ai besoin d’un regard extérieur pour finaliser. Sinon, c’est compliqué : quand on a trop usé les chansons, on ne les entend plus de la même façon. Avoir quelqu’un d’autre permet d’apporter une vision différente, peut-être pas exactement ce que j’avais en tête, mais en tout cas plus de fraîcheur.

Quels sont les thèmes abordés sur cet opus, outre les thèmes sociétaux ?
Il y a un peu de tout. Des morceaux plus dans l’amusement, comme un titre qui parle de l’enfance. La plupart d’entre nous sommes papas, donc ça ressort : il y a par exemple un morceau sur les superpouvoirs, quand les enfants s’imaginent en super-héros.
Le titre avec Ben L’Oncle Soul, lui, est plus profond : il parle de prendre son temps pour les décisions, de ne pas décider un jour où il pleut. C’est un texte écrit par Marco.
Il y a aussi un morceau sur les Shounen Takumare, dans la lignée de 1975, avec des thématiques sociétales. Time out est dans ce registre aussi, inspiré par ce qui se passe aujourd’hui, aux États-Unis notamment, mais aussi ailleurs. Globalement, ce sont des sujets plus sérieux que d’habitude. On sort des thèmes classiques de la soul centrés sur l’amour. Avec l’âge, on se dit que c’est important de parler de ça : la soul reste une musique de revendication et de protestation.
Il y a de la sensualité aussi…
Oui, parce qu’on voulait garder cet esprit soul plus léger. Comme What a night, qui raconte juste le souvenir d’une nuit d’été avec une fille, comme un rêve. L’idée, c’est de trouver un équilibre : des chansons légères et d’autres plus engagées, qui parlent de garder le poing levé et de lutter contre les inégalités.
Je vois que tu poursuis toujours parallèlement tes 2 projets, Malted Milk et le Roots Combo. Pourquoi garder les deux séparés ? Pour avoir plus de débouchés avec un public plus restreint ?
Si c’est séparé, ça n’a jamais été fait par souci économique. C’est pour avoir un projet plus petit que Malted Milk, qui puisse tourner en parallèle, avec des budgets adaptés, dans des plus petites salles ou festivals. Au début, c’était un duo blues avec Thomas Troussier, pour retrouver ces racines que j’adore. Le Roots Combo, c’est vraiment l’ancrage au blues.
Quand on a fait le premier album, on a eu envie d’intégrer un batteur et un bassiste. Artistiquement, ça avait du sens parce qu’ils ont aussi cette culture-là, et en même temps c’était pratique : ça voulait dire que si on cale des dates Roots Combo, ce sont les mêmes musiciens que dans Malted Milk. Ça simplifiait pas mal les choses, tout en gardant une vraie volonté musicale. L’idée n’était pas de décliner Malted Milk en acoustique, mais de faire quelque chose de différent, plus roots, plus blues.
Pour moi, ce sont deux projets qui coexistent. Et je trouve qu’avec le temps, ça enrichit aussi Malted Milk. Richard, par exemple, avait moins l’expérience du blues traditionnel en tant que batteur. Le fait de jouer dans Roots Combo lui apporte cette culture plus roots, qui nourrit ensuite Malted Milk. Donc au final, ça profite à tout le monde, ça apporte une vision plus large de la musique noire américaine. Et c’est un projet qui va continuer.

D’ailleurs peut-on aussi espérer un nouvel album du Roots Combo ?
On est en train de préparer un nouvel album avec le Roots Combo, en parallèle. L’idée, c’est que les deux projets ne se marchent pas dessus, avec des tournées définies pour Malted Milk et pour Roots Combo. Mais aujourd’hui, organiser de vraies tournées où tout s’enchaîne, c’est compliqué. Avec Malted Milk, faire 80 dates par an, ce n’est plus possible. Il faut d’autres projets à côté, pour que chacun ait assez de dates dans l’année. Les temps sont durs, ce sont les concerts qui font vivre les artistes. Tous les musiciens de Malted Milk ont d’ailleurs d’autres projets aussi. Le Combo, au départ, ce n’était pas pour ça, mais ça devient aussi un moyen de bosser plus globalement, et ça nous soude.
C’est un beau projet que j’adore. Pour le public aussi, c’est important : ça permet de mieux faire connaître les racines du blues et de rejouer des vieux titres qu’on n’entend plus trop. Et là, avec le nouvel album, il y aura aussi des compos, ce qui est super. Moi, j’aime bien avoir ces deux projets distincts, même s’ils partagent les mêmes racines. Malted Milk d’un côté, Roots Combo de l’autre. L’un nourrit l’autre. Et puis j’ai besoin de jouer le blues de façon « pure », même si le Roots Combo reste ouvert, pas strictement traditionnel. On est français, avec une culture musicale large, donc on essaie aussi de mélanger un peu.
Malted Milk a pas mal évolué. Au départ, c’était un peu plus blues. Est-ce que c’est la rencontre avec le chanteur Carl Davis qui a été déterminante pour le virage vers la soul ?
Oui, c’est vrai. À l’époque, j’étais encore beaucoup dans le blues, un peu de soul mais pas trop. La rencontre avec Carl Davis et sa culture de la soul de Memphis, dans les années 2000, a été un tournant : j’ai découvert à quel point c’était proche du blues, dans l’émotion, presque la même musique pour moi. Et ça correspondait aussi au moment où Manu Frangeul, l’harmoniciste avec qui j’avais bossé dix ans, a quitté le groupe. Plutôt que de reprendre un harmoniciste, j’ai pris un organiste, puis rapidement des cuivres, des instruments purement soul. C’est ce qui a confirmé le virage.
Ensuite, il y a eu toute une période intense, notamment avec Sweet Soul Blues entre 2010 et 2012, quatre années avec beaucoup de dates, de belles tournées. Puis le projet avec Tony Green, qui a été un gros succès. Sur dix ans, ça a été très dense. Aujourd’hui, les temps changent, les budgets culturels sont compliqués, et tourner à neuf sur la route, c’est possible mais pas simple.
Mais on reste super motivés. On est contents de voir de belles dates arriver, avec notamment une Cigale prévue en mars 2026. On garde la foi, on n’est pas abattus. Au contraire, on a envie de reconquérir les routes de France avec notre musique.
Alors, il sort quand cet album ?
On est en train de caler la sortie. J’ai eu quelques soucis de santé en juillet, donc on a dû lever le pied, et ça a décalé certaines étapes. Du coup, la sortie sera entre la fin de l’année et le début 2026.
Ce n’est pas évident, parce qu’avec dix, quinze jours de blocage, on a dû annuler des étapes, donc ça repousse. On devrait confirmer bientôt la date exacte.
Par contre, les singles sortent avant : il y en aura un en septembre, puis ça va s’enchaîner en octobre et novembre. Donc les singles sortiront forcément avant l’album. Et, à Paris, ce sera bien la release party en mars 2026 !
« Il y a eu une lente évolution et beaucoup d’années de travail »
Depuis 28 ans que Malted Milk existe, quel regard portes-tu sur l’évolution du groupe et sur l’ensemble de ta carrière ?
C’est vrai que quand je regarde en arrière, j’ai l’impression que les années sont passées à toute vitesse. Tout s’est enchaîné, avec plein de projets, de belles collaborations, comme avec Carl Davis à l’époque. On a joué ensemble avec une partie de Malted Milk, puis on est revenus sur le projet pur. Ensuite, il y a eu l’explosion avec les cuivres et le premier album Sweet Soul Blues, qui a eu un vrai succès et permis de belles tournées avec Nueva Onda.
Il y a eu une lente évolution, beaucoup d’années de travail, et surtout des gens qui sont restés. Igor est là depuis 15 ans, ce n’est plus des allers-retours de musiciens comme avant. Depuis plusieurs années, c’est stable, et ça crée une vraie connivence. Et puis Tanguy Aubre, notre manager depuis 7-8 ans, apporte un regard extérieur et son expérience. Aujourd’hui, on n’est plus les jeunes d’hier, et les réseaux sociaux sont incontournables. On aime ou pas, mais ça fait partie de la promo, donc on essaie de jouer le jeu, avec des gens autour de nous pour nous aider à s’en occuper.
On sait qu’il faut vivre avec son temps pour rester sur les routes et continuer à faire des dates. On se remet en question, on essaie de rester alertes, de ne pas se reposer sur nos lauriers. C’est un travail de longue haleine, qui demande du temps et de l’énergie : réunions, choix artistiques, réflexions sur le développement… On essaie vraiment de garder ce réflexe de toujours se challenger un peu.
Tu nous as parlé de collaboration tout à l’heure sur ce nouvel album. Pourrait-il y avoir sur la tournée des invités surprise, des gens qui ont collaboré à l’album et qui vous rejoignent sur scène ?
Oui, c’est possible. Je pense qu’il y aura des surprises pour le concert à La Cigale, et aussi pour un concert à Nantes fin décembre. On va inaugurer une nouvelle salle, et il y aura un petit concert surprise du groupe avec des invités. L’idée de Malted Milk, c’est toujours d’apporter cette petite cerise sur le gâteau, avec des concerts où le public découvre un invité inattendu. Là, il y aura peut-être les choristes, par exemple.
On essaie toujours qu’un concert Malted Milk ait quelque chose de différent selon le lieu et l’ambition de la date. Même pour nous, ça change : ça fait un concert un peu différent que d’être juste sept. On a déjà eu la formule « soul orchestra », avec des cordes, jusqu’à 17-18 personnes sur scène, c’était énorme. Là, ce sera plus léger, juste avec les choristes et quelques invités. Mais en tout cas… on prépare des surprises.
Dans ce nouvel album, y aura-t-il un petit retour vers le blues ou non pas du tout ?
Sur Malted Milk, non. Il y a des morceaux avec un peu de guitare slide, donc ça c’est connoté blues. Mais globalement, non, ce n’est pas forcément blues dans sa forme. Il n’y a pas forcément beaucoup de solos. C’est vrai qu’il y a beaucoup moins de parties où on met en avant la guitare soliste. On est vraiment sur des démarches où on met en avant l’arrangement de la chanson et on défend plutôt une chanson que des parties instrumentales. Je pense qu’on ne s’interdit pas dans le futur de revenir vers des formes de blues aussi. Ça, ce n’est pas impossible. La guitare est très présente, même sur les sets live. Elle s’exprime bien la guitare blues sur les concerts aussi.
Est-ce qu’il y a quelque chose que tu voudrais ajouter au sujet de cet album ?
On a vraiment super envie de retourner sur scène, de trouver des dates, de continuer à faire des festivals. On a besoin de ça. Tout ce qu’on fait pour le projet, c’est aussi pour être sur scène. On aime le studio et faire des disques, mais la finalité, c’est de retrouver le public en live, parce que c’est là que ça se passe. On est tous d’accord dans le groupe : ce qu’on veut, c’est jouer !
Un disque, c’est du plaisir aussi, tu passes du temps à écrire, produire, enregistrer. Mais l’énergie brute, spontanée, elle est vraiment sur scène, quand tu défends tes chansons. Et pour nous, c’est essentiel. On ne tourne pas juste pour la promo de l’album, on tourne pour jouer, pour la rencontre avec le public. C’est ça, le but.
Arnaud, merci et à bientôt j’espère sur un concert.
Merci à toi, avec plaisir.
Quelques dates de concerts à retenir :
- 13/11/25 au Blues Bery Chambery
- 14/11/25 à La Cordo, Romans-sur-Isère
- 28/11/25 au Centre culturel de Vichy,
- 29/11/25 au Sonograf au Thor
- et bien sûr la release party le 26/03/26 à La Cigale Paris !
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