Mô’ti tëi en interview « Si je trouve ça cool, alors je le fais ! »

Avec Ant 1: The Scam of the Mystical Cicadas, Mô’ti tëi signe un second album pensé comme un cap. Plus de maîtrise, une écriture qui se précise, et surtout un projet qui quitte le strict solo pour s’appuyer sur de nouveaux partenaires, une équipe, et une configuration live assumée. Le disque sera dans les bacs le 20 mars et on a hâte que vous preniez autant de plaisir à l’écouter que nous en avons eu à discuter avec cet artiste complet.

Mô’ti tëi revient pour Blues Actu sur la fabrication de ce nouveau disque.

🎙️ Mô’ti tëi en interview avec Cédric Vernet

Tu présentes cet album comme un “disque charnière”. Qu’est-ce qui a basculé pour toi entre Well Dressed Exile: Second Humming et Ant 1: The Scam of the Mystical Cicadas ?

C’est clairement un album pour lequel j’ai eu l’impression d’être beaucoup plus en maîtrise. L’expérience du premier m’a permis de mieux me préparer avec mon instrument qui est la guitare, mais aussi vocalement et physiquement. Il y a aussi l’arrivée de nouveaux partenaires pour le développement de ma musique : les labels Quartier Général pour les Amériques et ZRP pour l’Europe avec qui je suis en licence pour la distribution, mais aussi La Mécanique pour le booking. Je suis passé d’un délire solo à chanter mes morceaux assis sur une chaise, à une équipe de 20 personnes qui m’accompagnent et forcément on se sent valorisé.

Ton pseudo comme le titre de l’album sont plein de symboles. Est-ce que tu peux nous raconter ce que signifie pour toi Mô’ti tëi, et comment tu es arrivé à ce titre très fort, Ant 1: The Scam of the Mystical Cicadas ?

Mon nom de scène, Mô’ti tëi, me permet d’incarner le personnage que je souhaite être en live, et je souhaitais que cela ne fasse penser à personne d’autre. Je me suis servi d’un souvenir d’enfance ; un petit garçon qui prononçait mal son prénom, Timothée, que j’ai modifié avec ma patte pour l’écriture. Le titre de l’album, lui, est une relecture de la fable de la fable de Jean De La Fontaine et un hommage à toutes les personnes qui dédient leur existence à leur passion qui crée des moments de partage et améliore le vivre ensemble. Tout ceci m’a inspiré pour la pochette réalisée par Thibault Balahy, cette fourmi formée par la transhumance d’humains se regroupant autour du feu, symbole de rassemblement et d’échange par le mythe, le conte, le chant, …

Un homme avec un chapeau chante sur scène, vu de profil, avec un microphone devant lui.
Mô ti tëi (c) Stéphane-Perraux

Sur ce disque, tu es très présent au premier plan. Ant 1 est un album que tu as majoritairement porté seul ?

Je crée seul depuis longtemps maintenant. J’aime ce moment où je me retrouve avec moi-même, avec ce vaste chantier où tout reste à faire et où toutes les parties commencent à s’imbriquer. Je vis des moments chargés en émotions lorsqu’une simple mélodie de guitare accompagnée d’un chant se retrouve sublimée par un rythme, une mélodie, ou encore des chœurs. Ensuite, une fois les pré-productions faites, je prends à nouveau en charge l’enregistrement. Pour cet album j’ai tout de même fait appel à plusieurs personnes pour m’aider. Morvan Prat-Cherhal pour la majorité des basses, Léna Rongione et Benoît Macé qui m’accompagnent aussi sur scène, ont réalisé quelques parties de banjo et de basse. Marlon Soufflet a fait les prises de son, le mixage ainsi que quelques percussions. J’ai confié le mastering à Benoît Bel.

On sent quelque chose de plus sombre, mais aussi de plus direct dans ta manière d’écrire. Qu’est-ce que tu t’es autorisé cette fois que tu n’osais pas avant ?

Ce n’est pas vraiment calculé. Ma manière d’écrire ne me permet pas d’avoir une orientation vraiment réfléchie sur mes textes, j’ai plus l’impression que ce sont eux qui viennent à moi. Je ne crois pas non plus m’être interdit des choses sur le premier album. Il rassemblait des morceaux écrits sur une plus longue période et à une époque où mon style était en pleine construction. Je n’ai pas souvent des certitudes lorsque j’écris. Par contre, j’avais plusieurs objectifs, comme intégrer la basse sur la plupart des morceaux, ou créer des rythmiques plus dansantes car j’ai le sentiment que c’est trop absent sur le premier. Je fonctionne avec l’idée de m’améliorer et de progresser, je ne me limite pas en me disant : « ce n’est pas mon style, je ne peux pas le faire ». Si je trouve ça cool, alors je le fais.


« Je fonctionne avec l’idée de m’améliorer et de progresser »


Tu parles d’un album façonné dans le doute, puis assumé. Le doute, chez toi, c’est plutôt moteur ou frein quand tu composes ?

Déjà, il faut connaître la raison du doute, et là, il y en avait une nouvelle : la peur de la comparaison vis-à-vis du premier album. Ce doute-là est plutôt un frein. Par contre, le doute de la remise en question sur le bien fondé de chaque élément est plutôt moteur, il pousse à tester, à repousser ses limites, ou encore à se surprendre.

Les textes sont très intimes, mais on sent aussi une résonance avec l’époque. Est-ce que tu écris en partant de toi pour parler du monde, ou l’inverse ?

Mes textes sont d’abord influencés par une mélodie de chant qui n’a pas vraiment de sens. De cette mélodie se dégage généralement une phrase qui, elle, a du sens. Je vais ensuite avoir une réflexion autour de cette phrase pour y mettre quelque chose de personnel, mais qui va rester assez vague où imagé afin que chacun puisse s’y projeter.

La guitare est vraiment au centre du disque. C’est un choix esthétique ou une évolution naturelle de ta façon de composer ?

C’est mon instrument d’Amour depuis que je suis tout petit. C’est le musicien que mon père admire le plus dans un groupe, il m’a probablement transmis ça. La guitare est forcément la source de mes compositions, il n’y a pas d’exception.

On évoque parfois des filiations avec Sting ou Eddie Vedder dans ton écriture mélodique. Moi j’entends aussi des intonations à John Butler ou Mark Lanegan. Ce sont des références conscientes pour toi, ou des influences plus diffuses ?

Je n’écoute pas tous les artistes cités à part l’Unplugged de Pearl Jam. Par contre, je suis forcément très flatté, lorsqu’on me parle de tels références. Je sais qu’il est souvent d’usage de vouloir un peu rapprocher les artistes de références que nous connaissons, et je fais la même chose lorsque j’entends un artiste que je ne connais pas, mais au-delà d’un style, c’est surtout une approche différente de ce que je faisais avant d’être en solo qui m’a guidé : pouvoir jouer mes morceaux partout, sans contraintes techniques particulières.

Le single Holding Time a une ambiance presque ciné, très “road movie”. Tu penses tes morceaux en images quand tu écris ?

C’est probablement vrai mais sans être véritablement voulu. Lorsque je parle des morceaux avec les musiciens qui m’accompagnent sur scène, je leur parle souvent en image pour donner les intentions. Je suis presque totalement autodidacte, donc j’ai créé mon propre langage que je crois connu de tous.

Dans ce titre, tu parles du moment où l’on doit “réapprendre à marcher seul”. C’est une image personnelle ou un état d’esprit que tu penses assez universel ?

C’est plus un appel à prendre ses responsabilités, donc ça me concerne aussi.

Ton premier single, My Deaf Friend, était déjà très introspectif. Est-ce que tu vois cet album comme un récit en plusieurs chapitres ?

Il n’a pas été construit avec cette intention au départ. Mais c’est vrai qu’on peut y retrouver un rythme qui évolue tout au long des onze morceaux et qu’on pourrait se laisser emporter à raconter sa propre histoire.

Un musicien chantant et jouant de la guitare acoustique sur scène, avec des lumières tamisées en arrière-plan.
Mô ti tëi (c) Annick Fidji

Parle-nous un peu des gens qui t’entourent sur le disque, dans la production, sur la route …

Je vous ai donc parlé des deux labels ZRP et Quartier Général qui me font confiance pour cette aventure pour mon second album et que je remercie, ça veut vraiment dire beaucoup pour moi. Pour la partie live, il y a donc depuis peu La Mécanique qui est également venu nous apporter leur soutien sur le booking, ce qui me fait tout autant plaisir, surtout que j’ai la chance d’être entouré de gens qui sont là par passion, ce qui est en totale cohérence avec l’album. Ces personnes ont donc rejoint une équipe plus ancienne : Léna Rongione et Benoît Macé sur scène, pour un live unique ou chacun d’eux alterne leur instrument respectif et un set de percussions organisé autour d’une grosse caisse jouée à la main. Et enfin les deux personnes qui m’accompagnent depuis, on peut le dire, toujours : Gaël Atthar, qui est mon ingénieur du son en live et beaucoup d’autres choses à côté et Fred Picard au management et tellement plus de choses encore !

Sur scène, est-ce que tu cherches plutôt à rester fidèle aux versions studio ou à laisser de la place à l’improvisation et aux accidents ?

Je ne suis pas trop fan des lives ou on me rejoue l’album. De toute façon, ma façon d’enregistrer ne me permettrait pas de rejouer les morceaux à l’identique à trois. Il me faudrait trop de musiciens. Ensuite, je crois au côté sublime de l’accident, mais je crois encore plus au nécessaire de la contrainte. La contrainte de devoir adapter des morceaux à trois, avec parfois des instruments différents, oblige à se réinventer, et rend le live beaucoup plus excitant.


« Je crois au côté sublime de l’accident, mais je crois encore plus au nécessaire de la contrainte »


Le concert à la Dame de Canton, le 4 juin à Paris, tu l’imagines comment ? Plutôt intimiste ou comme une vraie décharge d’énergie ?

J’espère bien réussir à y apporter les deux, parce que c’est l’ADN de ma musique. Elle est là pour t’aider à te retrouver avec toi-même, afin d’accumuler de l’énergie et pour te permettre de la décharger avant de rentrer chez toi.

Et ensuite ? Tu prévois une tournée ?

Je prévois beaucoup de choses, dont une tournée, et si possible à l’international. Je continue à composer des nouveaux morceaux en vue d’un troisième album !


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par Cédric Vernet

Président et rédacteur en chef de Blues Actu

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