Alabama Shakes « I Must Be Dreaming »

Onze ans après Sound & Color, Alabama Shakes aurait pu se contenter de reproduire les recettes de son succès : une voix puissante, des guitares rugueuses et une soul directement héritée du Sud des États-Unis. Le groupe préfère regarder devant lui en tentant de poser les bases d’une soul moderne au risque de perdre celles et ceux qui attendaient un disque un peu plus immédiat.

Sur I Must Be Dreaming, la soul reste le socle, mais elle se mêle au R&B, au gospel, à la pop et au rock psychédélique. Les flûtes de Tea Time annoncent assez vite cette liberté. Another Life passe d’un R&B brumeux à un rock plus ample, tandis que Garden assume une douceur très feutrée. I Feel Hope Coming retrouve la chaleur de Curtis Mayfield et Time laisse entendre des échos de Sam Cooke avant de décoller dans un long voyage à la Pink Floyd.

La guitare de Heath Fogg joue un rôle essentiel dans cette évolution. Très fuzz, chargée de saturation et de feedback, elle vient bousculer les arrangements les plus doux. Elle donne notamment du relief à How Love’s Supposed to Go et Waist Deep, dont le piano ascendant évoque également les Beatles et George Harrison.

Au centre, la voix de Brittany Howard assure toujours la cohérence de cette traversée. Tour à tour caressante, grave et explosive, elle relie ces multiples influences sans donner l’impression d’un simple exercice de style. La ferveur gospel d’American Dream confirme aussi que le groupe n’a rien perdu de sa puissance.

Cette profusion finit pourtant par lasser. La guitare fuzz, d’abord saisissante, devient systématique. Les échos et les traitements appliqués à la voix de Brittany Howard atténuent parfois sa force naturelle. Sur 48 minutes, cette production très dense uniformise des chansons pourtant riches en idées. Friends, Easy et Tied to You auraient notamment gagné à être plus directes et plus dépouillées.

Moins immédiat que Boys & Girls, I Must Be Dreaming se révèle progressivement. Alabama Shakes ne cherche pas à ressusciter la soul du passé : il en propose une lecture moderne, ambitieuse et ouverte à de multiples influences. Une évolution intéressante, mais qui a tendance à se perdre en chemin et à se noyer dans les effets.

Fiche technique

ARTISTE : Alabama Shakes
ALBUM : I Must Be Dreaming
LABEL : Limestone Listening Club / Island Records
SORTIE : 28 août 2026
DURÉE : 48 min 05 s
PRODUCTION : Alabama Shakes et Shawn Everett
ENREGISTREMENT : Sound Emporium Studios et Blackbird Studio, Nashville
MIXAGE : Shawn Everett
MASTERING : Patricia Sullivan
AUTEURS : Brittany Howard, Heath Fogg et Zac Cockrell. Tea Time est également signé par Paul Horton.

MUSICIENS :

  • Brittany Howard : chant, guitare
  • Heath Fogg : guitare, chœurs sur les titres 3 à 5, 8, 9 et 11
  • Zac Cockrell : basse, claviers sur les titres 2 et 10, batterie sur le titre 3, chœurs sur les titres 3 à 5, 8, 9 et 11
  • Lewis Wright : batterie sur les titres 1 à 3, 10 et 11, percussions, shaker, célesta, congas, glockenspiel, tambourin et vibraphone
  • Noah Bond : batterie sur les titres 4 à 9, percussions sur le titre 4
  • Lloyd Buchanan : claviers sur les titres 1 à 3 et 10
  • Paul Horton : claviers sur les titres 1, 2, 6, 8 et 11
  • Ben Tanner : claviers sur les titres 4 à 9

TRACKLIST : 1/ Tea Time (3:46), 2/ Another Life (4:35), 3/ Garden (4:59), 4/ I Feel Hope Coming (5:11), 5/ Time (4:58), 6/ Friends (3:07), 7/ Easy (4:15), 8/ How Love’s Supposed to Go (3:36), 9/ Waist Deep (4:31), 10/ American Dream (4:27), 11/ Tied to You (4:40).

POUR EN SAVOIR PLUS : alabamashakes.com


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par Cédric Vernet

Président et rédacteur en chef de Blues Actu

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