
Le chanteur, guitariste et harmoniciste bordelais Lenny Lafargue est décédé dans la soirée du 24 août 2026. Depuis près d’un demi-siècle, il défendait un blues personnel, nourri par le Sud des États-Unis et profondément attaché à la langue française. Artistes, musiciens et acteurs du blues saluent une personnalité sincère et généreuse. Blues Actu lui rend hommage.
📷 Photo : Jocelyne Pouteau
Le blues français perd l’une de ses figures les plus singulières. Lenny Lafargue, de son vrai nom Gérald Lafargue, est décédé. Guitariste, chanteur, harmoniciste et auteur-compositeur, il avait construit un univers reconnaissable dès les premières mesures, entre swamp blues, boogie, rock’n’roll, zydeco et chanson française. Blues Actu Radio s’est toujours fait l’écho de ses productions discographiques.
Très jeune, il apprend la guitare en autodidacte, en essayant de reproduire à l’oreille les disques des grands bluesmen américains. Un séjour en Angleterre, entre 1968 et 1970, lui permet d’assister à l’explosion du British Blues Boom. De retour en France, il quitte le domicile familial à 16 ans et commence à jouer dans les rues et les cafés.
Au milieu des années 1970, tout en travaillant comme charpentier métallier soudeur, il transmet la musique à de jeunes délinquants dans un centre de formation. Il fonde alors Mojo Blues et se produit sur toute la côte atlantique, jusqu’en Espagne.
Du blues dans la langue de Molière
Sa carrière prend une nouvelle dimension dans les années 1980. En 1983, Lenny Lafargue est sollicité pour accompagner Memphis Slim. Deux ans plus tard, il grave Free Way, son premier enregistrement, composé de reprises et de chansons originales en anglais. À Bordeaux, il crée également une école de blues et contribue à la formation de plusieurs musiciens, parmi lesquels Raoul Ficel, Cadijo, Florian Royo, Pierre J. Bernard et Julien Dubois.
C’est à la fin des années 1980 que son parcours croise celui de Jacques Garcia, alors directeur du Salaise Blues Festival et responsable de Rhésus Blues Productions. Cette rencontre marque le début d’une collaboration et d’une amitié qui dureront plus de quarante ans. C’est également avec lui que Gérald Lafargue choisit son nom de scène : « Nous passerons deux jours et deux nuits à trouver son nouveau prénom de scène et validerons Lenny, son prénom de naissance étant Gérald, avant d’entrer en studio et de produire son premier album, Mauvaise carte, en 1990 à Lyon. » témoigne Jacques Garcia, aujourd’hui à la tête de la Maison du Blues à Châtres-sur-Cher. On trouve, sur la page YouTube de Lenny Lafargue, cet enregistrement dans ce lieu plein de magie …
Sur le disque Mauvaise Carte, produit par Broadway Records, Otis Grand joue sur deux titres et Guillaume Petite participe également à l’enregistrement. Avec ses compositions en français, Lenny Lafargue affirme ce qui deviendra l’une de ses grandes forces : faire sonner le blues dans sa langue sans chercher à reproduire artificiellement ses modèles américains.
Il partage ensuite l’affiche avec de nombreux artistes, notamment John Hammond, Jimmy Johnson, Bernard Allison, Otis Grand, Lurrie Bell, Lazy Lester et Louisiana Red.
Le blues des bayous girondins
Les albums se succèdent : Les clefs du paradis en 1996, L’Estuaire en 1999, À qui parler ? en 2004, Intemporel en 2007, Je ne pense qu’à ça en 2011, Blues Hymns en 2014 et Un ange en 2017.
Produit par Benoît Blue Boy, L’Estuaire reste l’un des disques emblématiques de son parcours. Avec des titres comme La Cigale, King of The Bayou ou Gayteloup Mambo, Lenny Lafargue installe son blues entre la Louisiane et les paysages girondins.
Au lendemain de sa disparition, Benoît Blue Boy lui adresse quelques mots simples : « Mon pote Lenny Lafargue nous a quittés hier soir. Il est tranquille maintenant. »
Sur scène, Lenny Lafargue se produit notamment à Cognac Blues Passions, au Cahors Blues Festival, au RhinoJazz Festival, à Blues en Loire et au New Morning. Il joue également dans des prisons françaises, en collaboration avec l’association d’aide aux détenus de Lili Le Forestier.
En 2017, il donne le concert inaugural de la Maison du Blues à Châtres-sur-Cher. Il y retrouvera régulièrement Jacques Garcia, avec lequel il animera aussi plusieurs conférences consacrées au blues.
« Plus de quarante années de collaboration, ce n’est pas rien. Nous ne pouvons qu’être tristes de perdre un ami et un vrai bluesman qui a passé sa vie à défendre cette musique et le blues en français », témoigne Jacques Garcia. « Il laissera sa trace dans l’histoire du blues français, une manière de ne jamais l’oublier. »
En 2020, Unplugged Secret marque un retour à un country blues plus dépouillé. Armé de sa Gibson acoustique, il propose dix morceaux, dont quatre enregistrés en solo. Le disque se classe en tête de l’airplay du Collectif des radios blues en décembre 2020 et figure parmi les albums de l’année de Blues Actu Radio.
En 2021, Lenny Lafargue est intronisé au Blues Hall of Fame français. La version physique de cette distinction est désormais installée au Musée européen du Blues, à Châtres-sur-Cher.
Son dernier album, Rouler rouler…, paraît en 2024. Il y poursuit son chemin avec neuf titres où se croisent humour, regard sur la société, références aux grands maîtres du blues et fidélité à la langue française. Le disque lui vaut également une nomination dans la catégorie Groupe ou artiste francophone aux France Blues Awards 2025.
En 2018, notre ami Tibo Degraeuwe a capté le titre « Bluesman à plein temps » au Blues Fest organisé au Château de Douy. Le titre figure sur son album Un ange . On écoute Lenny …
So long Lenny …
Depuis l’annonce de sa disparition, les témoignages se multiplient.
Rod Barthet salue « une très belle personne, profondément sincère, qui défendait avec passion le blues en français ». Le guitariste évoque le plaisir d’avoir échangé avec lui « avec beaucoup de sincérité et d’amitié », avant de conclure : « Quelle tristesse… Repose en paix, Lenny. »
Jack Parker garde le souvenir d’une rencontre devenue amitié après avoir partagé la même scène avec lui : « Un bonhomme sensible, une culture des styles de blues passionnante. Il y avait toujours dans ses concerts une bonne dose de positivité. Ses albums, ses textes et son regard sur la société avaient ce parfum qui fait du bien. ». Il insiste également sur la simplicité avec laquelle Lenny Lafargue savait parler des émotions et des sentiments : « Après la tristesse, c’est la joie d’avoir connu ce bonhomme. Une chance. »
Pendant plus de dix ans, Julien Dubois a joué à ses côtés. Il rappelle le rôle décisif tenu par Lenny Lafargue dans son propre parcours : « Quand je suis arrivé à Bordeaux au début des années 2000, il a été le premier à me donner ma chance. J’ai joué plus de dix ans à ses côtés et énormément appris, sur le blues, la musique, mais aussi humainement. Il a largement contribué à faire de la musique mon métier. ». En reprenant quelques mots d’une chanson de Lenny Lafargue, il lui adresse un dernier salut : « Je vais prendre une fusée, m’envoler là-haut, l’étoile de Jupiter me dira ce que je dois faire… Lenny Lafargue a pris la fusée. Bon voyage, Lenny. »
Une voix immédiatement identifiable
Lenny Lafargue appartenait à cette génération d’artistes qui avait choisi de raconter le blues avec ses propres mots. Comme Benoît Blue Boy, Patrick Verbeke, Bill Deraime ou Paul Personne, il avait prouvé que cette musique pouvait s’écrire et se chanter en français sans perdre sa force.
Son blues parlait d’amour, de ruptures, de routes, de solitude et du monde qui l’entourait. Il portait aussi les couleurs de Bordeaux, de l’estuaire et de cette Louisiane imaginaire qu’il avait fait entrer dans son univers.
Avec sa guitare, son harmonica et sa voix immédiatement identifiable, Lenny Lafargue laisse une dizaine d’albums et des centaines de concerts. Il laisse surtout des chansons qui ne ressemblaient qu’à lui.
Blues Actu continuera de faire vivre la musique de Lenny sur son antenne. Adieu l’ami !
🎧 Ecoutez l’album Rouler Rouler sur Spotify
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Bonjour, merci pour cet hommage mais je me permet de rectifier nous qui sommes les dernières à l’avoir vu c’était lundi soir qu’il est parti vers 23h00…😪 le dernier messqge que j’ai envoyé il n’a pas répondu et il répondait toujours. Le lendemain matin début d’après midi c’est là que je me suis inquiète nous habitons un bâtiment d’écart. Si c’est possible pour vous de rectifier ca serai très gentil merci beaucoup 🙏❤️ merci pour cet hommage.