
Avec Starman, publié par Casterman il y a quelques semaines, Reinhard Kleist s’attaque à un monument : la mue qui a transformé David Bowie en Ziggy Stardust, puis la difficulté à se libérer d’un personnage qui finit par étouffer son créateur. Après Johnny Cash ou Nick Cave, l’auteur allemand poursuit son exploration des grandes figures de la musique et signe une biographie dessinée dense très marquée par l’esthétique glam.
Graphiquement, c’est une réussite. Couleurs éclatantes, énergie scénique bien captée, silhouettes en pleine page de Bowie dans ses costumes emblématiques : le glam rock des années 72-73 retrouve bien toute son intensité. Starman rappelle plusieurs moments clés de cette période : le rôle essentiel de Mick Ronson dans l’édifice sonore des Spiders From Mars, les liens avec Lou Reed et la scène new-yorkaise du Max’s Kansas City, les tensions avec le manager Tony Defries, le choc de l’annonce de la fin de Ziggy sur scène sans prévenir son groupe…

De Ziggy Stardust à la “plastic soul”
La BD montre aussi une transition déterminante, peut-être la partie de l’ouvrage la plus intéressante : après avoir tué son personnage, David Bowie se tourne vers la soul américaine. L’ouvrage illustre bien comment, lors de son passage aux États-Unis en 1973 pour promouvoir Aladdin Sane, il assiste à des concerts de formation Motown dont les Temptations dans la région de Detroit. Cette découverte, ajoutée aux shows de soul funk qu’il voit ensuite pendant la tournée américaine de 1974, nourrit l’orientation de Young Americans. Entouré de musiciens comme Luther Vandross, il cherche une nouvelle voie, loin du glam, en adoptant ce qu’il appelle ironiquement la « plastic soul » : une manière d’intégrer la musique noire à son propre univers. Cette période marque un éloignement progressif de Ziggy au profit d’un David Bowie plus ancré dans le groove et les sonorités RnB. Le livre montre comment ces influences façonnent une nouvelle identité musicale, aboutissant à Young Americans, un album devenu culte dans sa discographie.

Là où le livre convainc graphiquement, il perd un peu en efficacité narrative. Les 344 pages étirent le récit et l’ensemble manque de rythme. En couvrant à la fois l’ascension de Ziggy, sa disparition et l’après, Reinhard Kleist veut trop en dire et le fil de l’histoire devient parfois difficile à suivre.
Starman est un hommage visuel imposant et séduisant à David Bowie, passionnant sur le fond historique et musical, mais moins maîtrisé sur le rythme. Une lecture recommandée aux fans et aux amateurs de biographies graphiques ambitieuses, un peu moins aux néophytes. A écouter idéalement avec Ziggy Stardust puis Young Americans, histoire de mesurer à quel point la métamorphose fut radicale.
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