
Après six ans d’absence, le duo emblématique Mountain Men est de retour. Mat et Ian retrouvent la scène avec une tournée qui affiche complet. À l’occasion de leur passage au mythique Théâtre Antique de Vienne, le 6 juillet en première partie de Ben Harper, Blues Actu est allé à la rencontre de Mister Mat et Barefoot Iano. Ils évoquent avec décontraction leur plaisir de rejouer ensemble, leurs années en solo, l’accueil incroyable du public, et lèvent le voile sur leur nouvel album en préparation (si si !), prévu pour le printemps 2026. Entre confidences, rires, anecdotes de scène et réflexions sur le monde de la musique, Mat et Ian nous montrent qu’ils n’ont rien perdu de leur humour et de leur complicité. Et en prime, découvrez l’interview en vidéo, grâce à notre partenaire Ti and Bo !
📹 L’interview en vidéo
✒️ Pour ceux qui préfèrent la lecture …
Salut les Mountain Men ! Ça fait plaisir de vous revoir ici.
Ian : Salut Cédric, revenir ici, dans un cadre comme le théâtre antique de Vienne… franchement, il y a pire pour faire son retour, non ?
Mat : C’est clair. On se disait tout à l’heure quatorze ans après notre premier passage ici… ça fait bizarre. Le temps passe à une vitesse folle. C’est un vrai plaisir de rejouer là.

Alors Mountain Men… six ans d’absence et vous voilà de retour avec une belle tournée. Vous étiez hier à Dax, avant-hier à Cognac, et ce soir au Jazz à Vienne. Qu’est-ce qui a déclenché cette envie de reformer Mountain Men ?
Mat : Je crois que c’est la notion de plaisir. Ça s’est imposé à nous, presque naturellement. On s’est dit : « Et si on rejouait ? » sans se mettre de pression, juste pour le plaisir. On avait tourné dix ans non-stop, on avait besoin d’une pause, chacun de vivre ses trucs de son côté. Et puis dès qu’on a rejoué ensemble, c’était là, la magie.
Ian : Et puis il y avait aussi l’intérêt croissant du public pour nous revoir. Comme on n’a jamais eu de bagarre, pas de rancune, rien à régler, on s’est appelés, on a joué trois ou quatre morceaux… et boum, c’était reparti.
« On s’est dit : Et si on rejouait ?, sans se mettre de pression, juste pour le plaisir »
Il y avait une vraie attente du public, non ? Les fans vous en parlaient souvent de ce retour ?
Mat : Tout le temps. Mais je ne m’attendais pas à autant d’attente et d’enthousiasme, honnêtement. Quand on a commencé à annoncer quelques dates, une à Nantes, une ailleurs… tout se remplissait super vite. Et partout où on va, les gens viennent nous voir en disant : « On est trop contents de vous retrouver »
Ian : Et au départ, on faisait ça pour nous. S’il n’y avait eu personne, on aurait joué un peu, peut-être arrêté. Mais là, les gens étaient là, heureux, ils nous encouragent… c’est trop bien. Tant mieux pour tout le monde.

Vous parlez souvent de cette notion de plaisir. Qu’est-ce qui a changé dans votre rapport à la musique en six ans pour que ce soit devenu aussi central ?
Mat : En fait, pas grand-chose n’a changé, sauf peut-être moins de pression. Entre 2005 et 2018, Mountain Men c’était le centre de ma vie. Je me levais le matin, je pensais Mountain Men, je vivais Mountain Men jour et nuit. À un moment, il fallait une pause. Peut-être qu’on a mûri, qu’on a vécu d’autres choses, qu’on a pris d’autres chemins. Et dès les premières notes qu’on a rejouées ensemble, c’était direct, une évidence.
Ian : Et puis on est peut-être plus libres maintenant.
En somme, il n’y a plus de « plan de carrière » ?
Mat : Le plan pour devenir ni riche ni célèbre se déroule parfaitement !
Ian : Exactement. On garde quand même une exigence, mais on se fait plaisir avant tout. Et quand tu vieillis, tu reviens un peu à l’état d’enfant. Le monde tourne autour de toi. (rires)
« Le plan pour devenir ni riche ni célèbre se déroule parfaitement ! »
Vous avez choisi de revenir en duo alors que vous aviez eu une expérience avec une formation élargie, notamment avec l’album Black Market Flowers. Vous aviez vraiment envie de retrouver cette alchimie entre vous deux ?
Mat : La base de Mountain Men c’est ça. Même quand on a rajouté des musiciens, on savait que le cœur du projet, c’était nous deux. Deux mecs, une guitare, un harmonica. Et le public l’avait bien compris. Je crois que c’est ce qu’il avait envie de revoir aussi.
Depuis la séparation en 2019, vos chemins ont continué chacun de votre côté. Qu’est-ce que vos carrières solo vous ont apporté ? Ian, il y a eu l’album Keep It Simple. C’était un besoin de retour aux racines ?
Ian : C’était surtout une collection de chansons écrites sur quarante ans de vie. Mon prochain album, Life, Love and Other Silly Stuff, est en cours de mixage. Il est un peu plus blues, mais c’est surtout un retour à mes propres racines. Et puis tu sais, je suis comme un surfeur sur une vague. Quand je suis avec Mat, je suis le surfeur, et lui il est la vague. Il n’a pas besoin de moi, comme une vague n’a pas besoin d’un surfeur. Mais quand je suis là-dessus, j’essaie de capter ce que ça génère, d’apporter quelque chose, pour que quelqu’un de l’extérieur dise : « Ah ouais, ça marche bien. »
Et la vague ne se transforme jamais en tsunami ?
Ian : Et même si elle le fait, je m’en fous. Ça me dépasse, je suis loin derrière, même pas peur !

Et toi Mat ?
Mat : Moi, de mon côté, il y a eu The Voice, des tournées solo dans des petites salles, deux EP, quatre albums… J’ai écrit un disque pour la femme que j’aime qui sortira bientôt. Et je suis en train d’écrire un bouquin aussi. Et puis je bosse aussi sur un deuxième chapitre du spectacle que je fais en solo. J’ai encore pas mal de dates qui arrivent, mais je suis déjà en train de travailler dessus. Cette expérience, j’en avais besoin, pour moi. J’aime bien cette image du surfeur et de la vague, mais moi je suis plus quelqu’un qui voit une montagne et qui veut grimper jusqu’au sommet. Et une fois en haut, je me demande : où est la prochaine montagne ? C’est un peu ça, mon truc.
À vos débuts, vous disiez : “Mountain Men ne jouera jamais dans les bars, parce que Mountain Men, c’est d’abord un spectacle.” C’est toujours d’actualité ce goût de la mise en scène ?
Mat : Oui, c’est clair. Et ce n’est pas du tout par mépris pour ceux qui le font. Moi, je suis admiratif des musiciens qui jouent dans les bars toute leur carrière parce que c’est ultra dur. Il faut savoir le faire. Mais moi, personnellement, je ne sais pas. Peut-être parce que j’ai trop d’ego et que j’ai envie qu’on m’écoute. Jouer pour quelqu’un qui ne m’écoute pas, ça m’emmerde. Je pense que c’est ça aussi, c’est une histoire d’ego. J’ai pas envie de devoir me battre pour qu’on écoute ce que j’ai à dire. Pour moi, la musique c’est quelque chose d’extrêmement important. Donc si c’est pour passer un disque en fond sonore, je préfère qu’on mette un CD et qu’on en reste là.
Ian : Si on est soi-même, ça se sent. Et puis le côté spectacle, pour nous, il est essentiel. Quand la dernière fois quelqu’un t’a dit “je vais écouter un groupe” ? On dit toujours “on va voir un concert”. Ça veut bien dire ce que ça veut dire. Un concert, c’est à voir, c’est une expérience. Même si c’est juste des attitudes, une présence sur scène, ça change tout. Pas besoin d’en rajouter des tonnes, mais il faut donner quelque chose.
Ce soir vous jouez en première partie de Ben Harper. Comment ça se passe la setlist ? Vous reprenez des anciens morceaux ? Des nouveautés ?
Mat : La setlist ? Ah oui la setlist ! il faut qu’on la bosse encore un peu ! (Rires) mais oui il y aura des anciens et au moins deux nouveaux morceaux.
Ian : Oui, on va jouer deux morceaux inédits ce soir. On est en train de travailler sur un nouvel album qui devrait sortir au printemps 2026. Enfin, je dis ça… sans trop m’avancer, mais c’est l’idée.
Mat : On sent qu’on tient quelque chose sur ces nouveaux morceaux. À chaque fois qu’on en joue un, on se dit : « Ouah, là il y a un truc fort. » C’est assez excitant.
« On ne se met jamais de limites »
Et l’album de Mountain Men, ce sera en duo ou il y aura des surprises comme sur certains de vos anciens disques ?
Mat : On ne se met jamais de limites. Mountain Men c’est un duo, oui, mais si on a envie d’ajouter une batterie, un piano, ou autre, on le fera. Ce qui fait la couleur de notre musique, c’est aussi cette liberté qu’on s’accorde. Mais le cœur du truc reste nous deux.
Ian : Exactement. Les gens nous disent souvent : « Votre musique est singulière, dès les deux premières notes on sait que c’est vous. » C’est ça l’essence de Mountain Men.
Aujourd’hui, il y a beaucoup d’artistes qui renoncent à faire des albums, qui préfèrent sortir des singles. Faire un album en 2025, c’est presque du militantisme ?
Mat : Je ne sais pas… moi, je n’ai jamais été militant de quoi que ce soit. En fait, je crois que je suis même plutôt contre toute forme de militantisme. Mais faire un album, c’est une manière de poser les choses. C’est comme une photographie d’un instant, de ce qu’on ressent à ce moment-là. La musique, pour nous, elle est instinctive, que ce soit sur scène ou quand on compose. On ne part pas d’une feuille blanche en disant : « On va écrire une chanson sur ça. » Non, on parle de ce qu’on vit, de ce qui nous traverse. Quand j’écoute nos anciens albums comme Spring Time Coming, Hope, Against the Wind ou Black Market Flowers, je me replonge dans les émotions de ces périodes-là. Chaque album, c’est une photo des émotions qu’on avait à ce moment.
Ian : C’est ça. Ce qui se passe en dehors, je n’y fais pas trop attention. Si ça m’intéresse, tant mieux, sinon je reste dans mon monde.
Et le chant en français ? Est-ce qu’il y en aura sur le prochain Mountain Men ? Ou vous restez sur l’anglais ?
Mat : Non, on est restés sur l’anglais. On avait déjà mis quelques chansons en français sur certains albums, mais je crois que le français je le garde pour mes projets solo. Avec Mountain Men, l’alchimie se fait autour de l’anglais. Souvent, j’arrive avec des musiques, Ian amène les textes, et on mélange tout. C’est ce qui crée notre singularité.
Ian : C’est vrai. Mais j’ai plein de textes, y compris des anciens qui n’ont jamais été mis en musique. Et de nouveaux aussi. Ça dépend de l’inspiration du moment. L’année dernière en octobre, Mat m’a fait écouter des bouts de musique qu’il avait faits. Ça m’a foutu les jetons. Je me suis dit : « Putain, va falloir que je sois à la hauteur des textes. » Mais finalement, comme d’habitude, ça se déroule naturellement.
Avec cette expérience Mountain Men, vos expériences solo, vos espoirs, vos déceptions… Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le monde de la musique en général et le blues en particulier ?
Mat : Le monde a changé, la musique aussi. Moi je ne me laisse pas trop influencer par ce qui est à la mode. Ce qui me plaît, je prends. Le reste, je laisse. Et pour le blues, je réécoute souvent les vieux trucs.
Ian : Pour moi, la musique se vit dans mon univers à moi. Je reste centré sur ce qui me fait vibrer.
Merci beaucoup à vous deux. On est ravis de vous retrouver et impatients de vous voir ce soir sur la scène du théâtre antique.
Mat : Ça va être cool.
Ian : Merci Cédric, à très bientôt.
Et pour conclure, un petit détour par le photobooth … cheese !

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