C’est à Rome, dans le quartier de Trastevere, que nous avons rencontré Marco Bartoccioni. Et autant vous dire qu’il est ici chez lui. Et cela s’entend. Une ville-refuge pour un musicien dont le parcours s’est construit entre racines, voyages et blues. « À l’âge que j’ai aujourd’hui, Rome est l’endroit le plus cher à mon cœur ». Rencontre avec un musicien aussi talentueux qu’attachant.

La musique entre très tôt dans la vie de Marco Bartoccioni, presque par défi. Il a 11 ans, une guitare traîne à la maison, celle de son père, amateur passionné. Un été, entouré de cousins plus âgés, Marco se sent mis à l’écart. Alors il décide de passer à l’action. « Ils ont commencé à jouer de la guitare ensemble et, au bout d’une heure, j’étais complètement ignoré. Je me suis dit : “OK, je vais apprendre la guitare. Et demain, je parlerai avec vous, les gars !” ». La guitare, pour Marco, c’est d’abord un moyen d’exister !

Des premières notes loin du blues

Ses débuts musicaux se font loin du blues. «J’aimais jouer les chansons originales et traditionnelles avec ma mère qui chantait dans la maison. Quand nous étions à la maison ensemble, je jouais juste deux accords et ma mère chantait. Et c’était une des plus belles choses pour moi, pour débuter. ». Le blues arrive plus tard, par le biais d’une figure mythique. « Ce qui m’a vraiment poussé vers le blues, c’est l’histoire de Robert Johnson. Surtout sa légende. J’ai lu tout ce que je pouvais sur lui. ». Une fascination presque existentielle. Et lorsqu’on lui demande ce qu’il dirait à Robert Johnson s’il était face à lui, Marco Bartoccioni répond ceci « Je comprends pourquoi tu as vendu ton âme au diable. ». Avant de préciser combien la musique peut devenir vitale pour l’âme humaine.

Un multi instrumentiste qui affirme sa voix (et sa voie !)

Au fil des années, Marco Bartoccioni élargit son jeu. Guitare bien sûr, mais aussi mandoline, banjo, lap-steel ou pedal-steel. « J’ai commencé assez tôt à jouer de la steel guitar, et ça m’a permis de jouer dans différents projets. ». Aujourd’hui, le cap est net. « Avant, je jouais beaucoup de reprises. Aujourd’hui, j’ai surtout besoin de jouer ma musique. ». Une évolution nourrie par des influences parfois éloignées du blues pur. Les Beatles, par exemple, font partie de son paysage familial. « C’est un groupe que mes parents écoutaient beaucoup. »

La scène blues italienne, Marco la connaît de l’intérieur. « Elle est très vivante. Il y a beaucoup de groupes, et on se connaît assez bien entre musiciens. ». Mais l’étiquette nationale l’intéresse peu. « Je ne veux pas être vu comme un Italien qui joue du blues, mais simplement comme un homme qui joue du blues. »

D’ailleurs, la carrière de Bartoccioni l’a mené bien au-delà de Rome, en France, en Europe, et jusqu’aux États-Unis. « Ça a probablement été l’une des plus belles expériences de ma vie », dit-il lorsqu’il évoque les nombreuses rencontres rendues possibles par ces voyages.

Marco côté studio

Côté discographie, Marco Bartoccioni avance sans précipitation. Play the Joker, sorti en 2023, marque une étape importante. « Il n’y a que des compositions originales. ». Le projet repose souvent sur une formule en trio. « Mes musiciens sont d’abord des amis. » En studio comme sur scène, même si les configurations évoluent, la dimension humaine reste centrale chez lui. Les collaborations suivent la même logique, notamment avec Roberto Luti.

Pour Marco Bartoccioni, un grand concert ne se mesure ni à la virtuosité ni à la perfection technique, mais à la sincérité et à la connexion avec le public. Un état d’esprit qu’il retrouve pleinement dans certains festivals, comme le Buis Blues Festival où nous l’avions déjà applaudi en août 2025 : « Le Buis Blues Festival était incroyable. ».

Marco Bartoccioni, c’est donc une trajectoire discrète mais solide, qui rappelle que le blues n’est pas une question de territoire, mais d’humanité. Avant de nous quitter, je lui demande quelle serait la chanson de son album qu’il aurait envie de vous faire partager. Sa réponse est immédiate : « Smokey Chicago », que l’on ne va pas se priver d’écouter pour conclure cet article, avant de découvrir son prochain album dans quelques mois, qui comptera deux invités : Sarah Jane Nolog, chanteuse révélée dans The Voice Italia, ainsi que le guitariste Christian Grisolia.

🎧 Smokey Chicago par Marco Bartoccioni


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par Marc Loison

Animateur radio depuis 1983 (Sweet Home Chicago depuis 1992), chroniqueur Blues (Soul Bag depuis 2005), guitariste "lefty", Marc Loison est un passionné de Blues de longue date. Ses interviews dans l'émission sont nombreuses et variées.

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