
Avec Getting There, sorti le 11 septembre chez Yep Roc Records, Eli “Paperboy” Reed signe un album entre soul, gospel, country et rhythm and blues. Produit par Swamp Dogg et enregistré en grande partie en direct à Brooklyn, le disque parle du couple, du temps qui passe et de ce qu’il faut pour rester ensemble. Un disque « feelgood » indispensable en ces temps troublés.
La soul à l’âge adulte
Depuis Roll With You en 2008, Eli “Paperboy” Reed s’est imposé avec une voix capable de passer de la confidence au cri gospel. Sur Getting There, il conserve cette intensité, mais laisse davantage respirer ses chansons. De là à dire qu’il s’agirait de l’album de la maturité (le fameux !), il n’y a qu’un pas … mais il est vrai que les paroles sont celles d’un soulman les deux pieds dans l’âge adulte.
Every Once in a While ouvre l’album sur ces petites attentions qui permettent à une relation de durer. Cuivres et pedal steel se répondent dans un arrangement qui rapproche soul et country. Like We Used To évoque, de son côté, le temps que l’on ne prend plus suffisamment pour l’autre.
Un groupe au service des chansons
Enregistré principalement en direct en dix jours au studio Restoration Sound de Brooklyn, le disque repose sur un groupe particulièrement solide. Michael “Ish” Montgomery tient la basse, Noah Rubin assure la batterie et les percussions, tandis que Jonny Lam alterne guitares électrique et acoustique avec la pedal steel.
Aux cuivres, Morgan Price au saxophone et Carter Yasutake à la trompette apportent éclat et relief aux arrangements. Eli “Paperboy” Reed joue lui-même de la guitare, du piano électrique et de l’orgue.
Sur Everyone Else, le piano, les cuivres et le mouvement de la rythmique donnent au morceau des accents de rhythm and blues de La Nouvelle-Orléans. Un groove souple qui tranche avec les passages plus country du disque et témoigne de la variété des influences réunies sur l’album.
Sous le regard de Swamp Dogg
À la production, Swamp Dogg cherche surtout à contenir l’énergie du chanteur et de ses musiciens. Le résultat privilégie la simplicité et laisse les chansons prendre leur temps, sans couches sonores inutiles. Il participe également aux chœurs, joue du piano et rejoint Eli “Paperboy” Reed au chant sur One Man’s Trash (Is Another Man’s Treasure), un duo plein d’ironie consacré aux nouveaux départs.
Sur Love You More, partagé avec Zaniah, les épreuves du couple appellent davantage d’engagement et de tendresse. La rencontre entre leurs deux voix, accompagnée par la pedal steel de Jonny Lam, rapproche une nouvelle fois la soul, le gospel et la country.
L’album explore aussi les histoires qui se terminent. Le très country Asking for a Friend raconte une rupture derrière le prétexte d’un ami en détresse. La reprise de How Can I Forget, enregistrée notamment par Jimmy Holiday et Ben E. King, laisse toute la place au poids des souvenirs.
Le morceau-titre suit un homme à plusieurs étapes de sa vie, de l’enfance à la paternité. Les conseils reçus deviennent ceux qu’il transmet à son tour. Même lorsque les objectifs semblent atteints, le chemin reste à poursuivre.
Cette réflexion se prolonge dans The Questions, où le chanteur s’interroge sur sa place de père, de fils et d’homme. A-t-il été suffisamment présent ? Ses proches savent-ils combien il les aime ? Le disque s’achève sans apporter de réponses définitives.
Avec Getting There, Eli “Paperboy” Reed signe un disque sobre, sans surproduction, qui laisse toute la place aux chansons, à sa voix et aux musiciens qui l’accompagnent. De la soul à la country, les ambiances se succèdent avec un brin de nostalgie, comme si certains titres nous replongeaient dans les années 60 et 70. Un disque généreux, attachant et, surtout, qui donne le sourire. Rien que pour ça, il mérite une écoute attentive !
Crédit photo : Rosie Cohe
