
Pour ce cinquième épisode de Ciné Blues, direction le Sud des États-Unis au début des années 60. Avec Green Book, Peter Farrelly suit la tournée du pianiste Don Shirley, entre salles prestigieuses et ségrégation quotidienne, dans un film où la musique ne sert pas à recréer une époque mais à construire un personnage.
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Sorti en 2018, le film s’impose comme un succès critique et public, récompensé par trois Oscars dont celui du meilleur film. À la différence de nombreux films musicaux, Green Book repose principalement sur une partition originale centrée sur le piano, loin des compilations de titres d’époque. On en parle dans ce nouvel épisode de Ciné Blues.
Le film
L’histoire se déroule en 1962. Don Shirley, pianiste afro-américain formé au classique et installé à New York, accepte une tournée dans le Midwest et le Deep South, en pleine période de ségrégation. Ce choix n’est pas anodin : il décide de se produire dans des États où les lois raciales sont encore en vigueur, devant un public blanc peu habitué à voir un musicien noir dans ce registre.
Pour conduire et gérer l’intendance, il recrute Tony Vallelonga, dit Tony Lip, videur italo-américain du Bronx. Avant le départ, on lui remet un exemplaire du Negro Motorist Green Book, guide qui recensait les adresses où les voyageurs noirs pouvaient se déplacer sans danger.
Le film suit la tournée étape par étape. Concerts, réceptions, hôtels refusés, restaurants interdits, contrôles et humiliations quotidiennes. Et au milieu, une relation de travail qui évolue, sans que le contexte ne disparaisse.

La BO
La bande originale de Green Book est un contre-pied par rapport à American Graffiti ou Once Upon a Time… in Hollywood. Dans ces films, la musique existante structure tout. Ici, l’ossature repose sur une partition originale composée par Kris Bowers, pianiste et compositeur.
Le piano est au centre, presque en permanence. Une écriture inspirée du style de Don Shirley, musicien ayant réellement existé, dont le film s’inspire directement. On y retrouve un mélange de classique, de jazz et de touches gospel. La musique sert moins à dater 1962 qu’à caractériser un personnage : contrôle, précision, distance.
Kris Bowers a travaillé à partir d’archives et d’enregistrements de Don Shirley, sans chercher à reproduire son répertoire. L’objectif est une écriture crédible dans son esprit, adaptée au récit. Le résultat est une musique sobre, centrée sur le piano, avec peu d’orchestration et une place importante laissée aux silences.
Quelques morceaux d’époque apparaissent ponctuellement, comme So Long Lovers Island de The Blue Jays, entendu à la radio. Ces titres servent surtout à situer le paysage musical du début des années 60 et à montrer l’écart entre Don Shirley et la musique populaire attendue à cette époque.

Un piano comme enjeu
Un élément du film repose sur un fait réel. Lors de certaines dates de tournée, les salles ne disposaient pas toujours d’un instrument jugé acceptable. Selon des témoignages attribués à Tony Vallelonga, il exigeait alors qu’un piano Steinway soit trouvé ou livré avant le concert, quitte à aller le chercher à plusieurs kilomètres.
Dans le film, cette exigence devient centrale. Don Shirley joue sur un Steinway, présenté comme une condition non négociable. Transporter un tel instrument implique une logistique lourde, mais dans un contexte de ségrégation, il s’agit aussi d’une question de respect et de conditions de travail.
Le film rencontre un succès important, avec trois Oscars dont celui du meilleur film, ainsi que deux Golden Globes. La bande originale, elle, reste plus discrète. Elle ne s’impose pas par des titres identifiables, mais par sa cohérence et son rôle dans la construction du personnage.
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