Ciné Blues #06 : A Complete Unknown, branchez la guitare !

Pour ce sixième épisode de Ciné Blues, on explore un nouveau genre cinématographique : le biopic. Avec A complete unknown, direction le New York du début des années 60 pour suivre les années fondatrices de Bob Dylan, de son arrivée dans le Greenwich Village jusqu’au mythique Newport Folk Festival de 1965.

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A Complete Unknown (Bob Dylan) – Ciné Blues #06 Ciné Blues


Le film

Sorti en 2025, A complete unknown choisit de raconter une période bien précise de la vie de Bob Dylan. De son arrivée dans le Greenwich Village en 1961 jusqu’à son passage controversé à la guitare électrique en 1965, le film suit la transformation d’un jeune musicien encore inconnu en figure majeure de la musique américaine.

Interprété par Timothée Chalamet, Dylan croise sur sa route plusieurs personnages essentiels : Woody Guthrie, son héros, Pete Seeger, qui voit en lui l’avenir du folk américain, Joan Baez, qui l’aide à toucher un public plus large, ou encore Johnny Cash, qui comprend très tôt sa volonté de dépasser les frontières musicales.

À mesure que sa notoriété grandit, les tensions se multiplient autour de lui. Le milieu folk voudrait faire de Dylan un porte-parole politique et le symbole d’une certaine pureté musicale. Mais lui regarde déjà ailleurs.

Timothée Chalamet dans le rôle de Bob Dylan.

La BO

La bande originale de A complete unknown accompagne l’évolution musicale de Dylan. Au début du film, tout est encore profondément ancré dans le folk traditionnel : guitare acoustique, harmonica et héritage direct de Woody Guthrie.

Mais derrière ce folk se cache déjà le blues. Toute la scène folk américaine du début des années 60 est nourrie par les musiques noires américaines, dont elle reprend de nombreux thèmes et structures.

Le film montre parfaitement cette mutation. Des chansons comme Blowin’ in the wind ou The times they are a-changin’ installent Dylan comme une voix générationnelle. Puis viennent Subterranean homesick blues et Like a rolling stone, où le folk rencontre le rock électrique et le rhythm and blues.

À travers les personnages de Pete Seeger et Johnny Cash, le film illustre également les débats qui traversent alors la musique américaine : faut-il préserver une tradition ou la faire évoluer ?

Bob Dylan à ses débuts dans la scène folk new-yorkaise.

Cinq ans pour devenir Bob Dylan

L’une des anecdotes les plus intéressantes du film concerne la préparation de Timothée Chalamet.

La pandémie puis les grèves à Hollywood ont repoussé le tournage de plusieurs années. Un retard qui a finalement permis à l’acteur de travailler en profondeur son personnage : guitare, harmonica, chant, posture scénique, rien n’a été laissé au hasard.

James Mangold ne cherchait pourtant pas une imitation parfaite. Son objectif était de montrer un Dylan en mouvement, en constante évolution. Une approche renforcée par un travail minutieux sur les costumes, puisque l’acteur porte près de 70 tenues différentes au fil du film.

Fait étonnant : malgré toutes ces années de préparation, Timothée Chalamet n’a jamais rencontré Bob Dylan. Le chanteur a bien relu et annoté certaines parties du scénario, mais les deux hommes ne se sont jamais rencontrés publiquement.

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par Cédric Vernet

Président et rédacteur en chef de Blues Actu

Une réflexion sur « Ciné Blues #06 : A Complete Unknown, branchez la guitare ! »
  1. Pour commencer « Un parfait inconnu » est une traduction ambiguë du titre anglais original, tiré de la fameuse chanson « Like A Rolling Stone » *. Et plus que tout, ce conte sur Bob Dylan est un ramassis de moments consacrés et bien entendu d’approximations historiques. Le scénario est assez décevant. Techniquement il commence là où « Inside Llewyn Davis » (des frères Cohen) s’était arrêté. Les scènes s’enchainent comme dans un conte de fée. Rencontres, ascension. Tout est faux dans les faits.

    Mais pour leur film Chalamet et Mangold on fait le choix de monter un conte (c’est leur mots) et de faire la narration du virage à l’électrique, supprimant ainsi la narration de l’ascension du jeune Bob Dylan, ses différentes facettes musicales, son éclectisme et sa capacité à absorber tout ce qui pouvait marcher, son travail acharné de songwriter, bref… la magie et l’âpreté des premières années.

    En regardant ce film une deuxième fois, j’ai tout de même perçu tout l’amour que les réalisateurs avaient pour l’oeuvre de Bob Dylan. Il n’y a que ça que je garderai et certaines phrases et répliques qui à défaut d’être vraies, sont un beau reflet de la tension émergente en ce milieu des années 60. La tension est palpable dans le film autour de la passation de l’héritage culturel. Une des scènes centrale est la confrontation trans-générationnelle entre le très célèbre Alan Lomax et le chanteur de Mama’s & Papa’s, le sujet de la transition étant devenu une obsession pour l’avant-garde.

    Bob Dylan au final à eut son mot à dire. Il faut avouer qu’il avait le cran suffisant pour ne pas céder, ce qui aux vues de l’énorme pression subie, est un miracle. Et en raison de son importance et influence majeure, il aura apporté rien de moins qu’une pierre angulaire à l’édifice de la culture musicale Nord américaine du XXème siècle.

    * Je conseille à tous les passionnés (et uniquement aux mordus) la lecture très fournie de « Like a Rolling Stone – à La croisée des chemins » par Greil Marcus, chez Points.

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