Live report : John Butler au Transbordeur (Lyon)

Cela faisait 15 ans que Lyon attendait le retour de John Butler après un concert mémorable en 2010, du temps du John Butler Trio. L’inimitable Australien est venu ce soir, en quartet, présenter les morceaux de son album Prism, mais il rassure assez vite l’auditoire « Il y aura un mélange de nouveaux morceaux et d’anciens ce soir ».

Ce fut le cas avec près de 2 h d’un set hybride mêlant titres phares du John Butler Trio et compositions plus récentes, clairement pensées pour la scène. Une soirée marquée par de belles nuances, des moments de grâce en acoustique, et toujours cette conscience politique qui n’est jamais loin et qui fait la singularité du musicien australien. John Butler nous prévient : “Hopefully we make you laugh, and hopefully we make you cry.” (Avec un peu de chance, on vous fera rire, et avec un peu de chance, on vous fera pleurer.). Blues Actu y était et vous raconte.

Concert de John Butler avec des éclairages colorés et une foule pleine d'énergie au Transbordeur à Lyon.

Une première partie pleine de surprises

La soirée commençait par un sérieux cafouillage. Non annoncée au départ, la première partie surprise a démarré avec 15 minutes d’avance par rapport à l’horaire prévu, ce qui nous a fait louper quasiment l’intégralité du set d’un artiste pourtant prometteur. Noah Dillon, jeune artiste de Perth, dont la folk mélodique et les envolées vocales rappellent parfois Jeff Buckley, était donc ce soir à l’affiche… jusqu’à ce qu’une alarme incendie provoquée par de la fumée dans les loges (de l’encens, rien que de l’encens !) interrompe son set au beau milieu de l’exécution. Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas. L’artiste revient quelques minutes plus tard pour un dernier titre a cappella, dans un silence religieux. Le public l’applaudit avec ferveur, frustré de ne pas avoir pu découvrir plus en détail son univers musical subtil et délicat.

Et alors, John Butler entre en scène

20 h 30 précises, John Butler entre en scène avec son nouveau line-up. Le trio est devenu quatuor et on sent que cette formule avec de nouveaux musiciens lui offre beaucoup plus de liberté pour allier différentes textures sonores. Une rupture claire par rapport au John Butler Trio de l’album Sunrise Over Sea et les suivants.

Entrée en scène avec Going Solo, le titre qui ouvre également le disque Prism sorti cette année. John Butler pose immédiatement le cadre avec un son chargé, presque trop, construit sur des boucles et sur un jeu rythmique très organique. Il échange avec le public, plaisante sur la langue, s’essaye au français mais indique qu’il ne le maîtrise pas. Bref, il semble à l’aise et heureux d’être là.

So Sorry poursuit dans cette veine, avant un virage radical et salvateur : Hoe Down, joué au banjo, plonge la salle dans une atmosphère country très roots. L’énergie monte d’un cran avec Better Than, titre culte des années John Butler Trio et de son excellent disque Grand National. On retrouve le son qui nous avait attirés vers cet artiste singulier. Déjà en trois morceaux John Butler annonce la couleur, ou plutôt … les couleurs. Si on avait en tête de le cataloguer dans un seul style, c’est raté. Et tant mieux.

Un concert de John Butler avec un quatuor sur scène, éclairé par des lumières bleuâtres et une grande lune suspendue, devant une foule enthousiaste.

Australie mon amour

Gets No Better marque une rupture que l’on pourrait qualifier de plus méditative. John Butler évoque son amour pour l’Australie, ses voyages parfois loin de la civilisation, les nuits sans wifi, la voie lactée qu’il aime observer, les feux de camp et cette quête de liberté qu’il porte depuis ses débuts. Les harmonies vocales sont superbes, le public chante en écho.

Arrive alors l’un des moments signatures de l’artiste : sur les genoux, il installe sa célèbre guitare Weissenborn fabriquée par le luthier australien Phil Carson Crickmore. The Way Back puis Wade in the Water sont proposés dans des versions assez longues, à la fois dépouillées et hypnotiques.

Avec Doing Just Fine, John Butler se fait plus politique. Il revient sur la période du COVID-19 et évoque avec humour les “nouveaux scientifiques” apparus sur Facebook pendant la pandémie. Le morceau emprunte ponctuellement au rock sudiste, avec une chaleur qui rappelle Bruce Springsteen période Nebraska ou certaines teintes des Allman Brothers.

Il enchaîne avec un morceau qui ne figurait pas sur la setlist initiale, preuve que John Butler se laisse porter par l’ambiance et l’inspiration du moment. Et quelle belle idée que ce Bullet Girl, une pépite de son album Flesh & Blood. L’interprétation sobre en mode piano-voix tambourin met en avant Ian Peres aux claviers. Un moment inattendu et suspendu.

Un océan de textures

Ce qu’on retient de ce concert, c’est notamment l’interaction constante avec le public et sa capacité à improviser avec lui en fonction de ses réactions. Dès le premier accord d’Ocean, la salle réagit immédiatement. John Butler s’interrompt : « Hey! I did nothing yet. Calm down. » Ocean fait partie de ces instrumentaux que les fans attendent comme une cérémonie. Juste avant de reprendre, John Butler se fait narrateur et évoque son grand-père. Puis le message redevient plus politique :
« Free Palestine. Everybody deserve freedom. We are always stronger together. » (Palestine libre. Tout le monde mérite la liberté. Nous sommes toujours plus forts ensemble.). L’instrumental déferle enfin : arpèges, tapping, montées, retombées. On a traversé ensemble, avec un seul titre, une belle tempête de textures sonores.

La dernière partie du set fait la part belle au répertoire du John Butler Trio, ponctué de nouveautés : Used to Get High, King of California, Treat Yo Mama. Avant ce dernier, un court intermède blues au piano, très inspiré, précède l’arrivée d’une guitare slide, une parenthèse que l’on aurait volontiers vue durer.

Quelques secondes de Treat you Mama. John Butler au Transbordeur.

Avec Trippin On You, l’énergie remonte. Puis la salle explose véritablement sur Zebra. Dès le premier riff, le public devient le cinquième musicien de ce nouveau line-up. Aux côtés de John, il y avait ce soir Michael Barker à la batterie et aux percussions, Michael Boase aux percussions également et Ian Peres, qui alternera entre guitare basse et claviers. L’osmose entre eux est parfaite, toujours au service de la musique de John Butler qui reste l’élément central.

Le rappel s’ouvre sur Peaches & Cream, joué d’abord en solo. Les musiciens le rejoignent ensuite et terminent avec Funky Tonight, un titre plein de groove, parfait pour clore cette soirée magistrale.

Pour ce retour à Lyon, John Butler a offert une prestation toute en nuances, variée et généreuse. Cette nouvelle formule lui donne une totale liberté pour composer un savant mélange de moments introspectifs, de folk, de blues, alliant classiques revisités et nouveaux titres de son excellent album Prism. Les sommets de la soirée ? Doing Just Fine, une version d’Ocean habitée, le magnifique Bullet Girl ou ce Zebra toujours autant fédérateur.

Setlist – John Butler au Transbordeur – Lyon

  • Going Solo
  • So Sorry
  • Hoe Down (John Butler Trio)
  • Better Than (John Butler Trio)
  • Revolution (John Butler Trio)
  • Gets No Better
  • The Way Back
  • Wade in the Water (John Butler Trio)
  • Doing Just Fine
  • Bullet Girl (titre ajouté hors setlist)
  • Ocean
  • Used to Get High (John Butler Trio)
  • Outta My Head
  • King of California
  • Treat Yo Mama (John Butler Trio)
  • Trippin On You
  • Zebra (John Butler Trio)

Encore

  • Peaches & Cream (John Butler Trio)
  • Funky Tonight (John Butler Trio)

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par Cédric Vernet

Président et rédacteur en chef de Blues Actu

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