Lil’ Red & The Rooster en interview « Jouer à Chicago, c’est juste incroyable »

Lil’ Red, c’est Jennifer Milligan, chanteuse et musicienne originaire de Columbus dans l’Ohio, tandis que The Rooster est Pascal Fouquet, guitariste originaire de Normandie, plus précisément de Bernay dans l’Eure. Leurs parcours respectifs se sont rejoints il y a une quinzaine d’années. Pascal, l’un des meilleurs guitaristes de blues en France, brode son jeu de guitare avec finesse, précision et dextérité. Avec mordant, humour et un sourire désarmant, Jennifer imprime son style, sa voix, son univers avec tout ce qui consume son âme. Ils sont toujours accompagnés d’une section rythmique aux petits oignons.

Pour vous, ils présentent leur dernier album gorgé de compositions intitulé « Seven », dans une interview captée lors du dernier Evrecy Blues Club où ils assuraient en quintet le début de soirée avant le pianiste-chanteur New-Yorkais Dave Keyes, qui était l’invité de l’émission la semaine dernière. Une interview enjoué et passionnée, durant laquelle on égrène notamment les différents invités de l’album et où l’on évoque les Etats-Unis d’aujourd’hui… Lil’ Red & The Rooster : un duo détonant, inventif, blues mais pas que, mû par l’amour et la passion des choses bien faites.

Merci à Jacques Picard, Patty Picard, Paul Colin et toute l’équipe de Backstage pour les conditions de l’interview après le 14e Evrecy Blues Club le 17 octobre 2025. La 15e édition du Evrecy Blues Club est fixée au 27 février 2026 avec Paul Benjaman et Kaz Hawkins.

🎙️ Lil’ Red & The Rooster en interview avec Marc Loison

Non, ce n’est pas le septième album. Pas encore. Le titre vient surtout d’une intuition de Pascal Fouquet autour du chiffre 7. Il y a bien sûr l’accord de septième en blues, mais aussi tout un ensemble de références plus larges, presque spirituelles. Le chiffre évoquait plusieurs choses à la fois. Et puis, peut-être aussi l’idée que cet album pourrait nous porter chance. Il y a même un petit clin d’œil à 007.

Sur l’album, on retrouve Jean-Marc Despeignes à la basse et Pascal Mucci à la batterie. Ce soir à Évrecy, Pascal Mucci n’était pas disponible et a été remplacé par Guillaume Chevillard, qui a fait un excellent travail. Aux claviers, il y a Fabien Saussaye. Et au piano, sur l’album, un invité très important pour nous : Bobby Floyd, originaire de Columbus dans l’Ohio.

Nous l’avons rencontré après l’album Soul Burnin’, dans un club de Columbus qui s’appelle Natalie’s. Il y joue chaque dimanche avec son trio de jazz. À Columbus, c’est une véritable légende. Il a commencé sa carrière avec Ray Charles, puis a remplacé Count Basie dans son orchestre. Et au-delà de son parcours, c’est quelqu’un de profondément gentil et humain.

Oui, il y a beaucoup d’invités, et ce sont avant tout des rencontres humaines. Colin John, qui joue avec Long Tall Deb, est un ami proche. Il a une slide incroyable et certaines chansons appelaient clairement ce son.
Il y a aussi Gregory Pearson, surnommé « Le Gouverneur », l’un de nos premiers batteurs à Columbus, très actif aussi bien dans le jazz que dans le blues.
Jeff Morrow est présent sur nos deux précédents albums. Il a été producteur vocal sur Keep On et fait vraiment partie de la famille. Je lui envoie une chanson et il me renvoie immédiatement des arrangements de chœurs très riches.
On retrouve également Bobbi Townes, la fille de Bobby Floyd, qui chante, joue du tambourin et a réalisé les photos de l’album. Quan Howell et Kara Brooks, deux grandes voix soul de Columbus, participent aussi au disque. Les arrangements du titre Wild Rising ont d’ailleurs été signés par Bobby Floyd.


« Il n’y a pas vraiment de recette »


Il n’y a pas vraiment de recette. Ce sont des compositions, des idées qui surgissent en jouant. Je les enregistre, puis je les transmets à Jennifer Milligan, qui les développe.
De mon côté, jouer avec Bobby Floyd a vraiment ouvert des portes. Il vient du gospel, du jazz et du blues. Nous ne voulions pas faire un album de blues au sens strict, mais jouer la musique que nous aimons. L’esthétique des années 60 s’est imposée naturellement et nous y sommes allés pleinement.

Ils ont été très positifs. Nous avons travaillé avec une nouvelle publiciste, plus orientée musique indépendante que blues, ce qui nous a permis de toucher de nouveaux journalistes et d’élargir le regard porté sur notre musique.
Il y aura une chronique dans Living Blues Magazine, et nous avons également reçu une médaille d’argent aux Global Music Awards, à la fois pour l’album et pour la créativité.

J’ai pris un mois entier pour écrire. Le matin, je méditais, puis j’écrivais librement. J’ai d’abord collecté beaucoup de matière, avant de structurer l’ensemble. Pascal Fouquet avait déjà un dossier de compositions, et j’ai assemblé le tout comme un puzzle, en construisant les mélodies autour. C’était un travail à plein temps.

C’est toujours très spécial. On s’y sent accueillis comme en famille. Et puis, il y a toujours cette excitation, parce qu’on ne sait jamais si Buddy Guy va passer dans la soirée.
Nous jouons souvent le set acoustique du dîner, de 17h30 à 20h, ce que je préfère. Nous avons aussi joué avec le groupe complet, avant la tête d’affiche.
Jouer au Legends apporte une vraie visibilité. Le public est très international et cela nous a permis d’être bookés ailleurs, y compris en France.

Oui, clairement. Il faut faire attention à ce que l’on dit. Certains morceaux plus anciens, comme American Maid, ne sont plus joués aujourd’hui. De mon côté, je suis très politique dans mes chansons et je me pose parfois la question de l’impact que cela peut avoir, notamment dans certains bars. Il faut rester vigilant.

Il reste des titres à finaliser, comme Why Don’t You Do Right et Worcester Boogie.
Il y a aussi un projet de disque de surf blues, avec la section rythmique de Dick Dale, qui s’est montrée intéressée. Le projet est bien avancé, mais il faut d’abord faire vivre cet album pour pouvoir financer le suivant.

Deux musiciens souriants jouant de la guitare, l'un avec une guitare bleue et l'autre avec une guitare blanche, sur un fond de mur rose.

par Marc Loison

Animateur radio depuis 1983 (Sweet Home Chicago depuis 1992), chroniqueur Blues (Soul Bag depuis 2005), guitariste "lefty", Marc Loison est un passionné de Blues de longue date. Ses interviews dans l'émission sont nombreuses et variées.

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