
Sur les rives du lac des Quatre-Cantons, le Lucerne Blues Festival 2025 a une nouvelle fois réuni quelques-unes des plus belles formations de la scène blues internationale. Trois grandes soirées au Casino de Lucerne, entre jump-blues, Chicago Blues, soul-blues texan et jeunes pousses prometteuses. Blues Actu y était et vous raconte !
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Sur la huitaine de jours que compte le festival, outre les trois brunchs à l’hôtel Schweizerhof, un concert gratuit tard le mercredi et les concerts dédiés aux sponsors, trois soirées payantes sont proposées au public dans la grande salle du Casino. Avec ses dimensions généreuses, longée par un couloir permettant restauration et discussions animées, parsemée de multiples écrans pour ne pas perdre une miette de ce qui se passe sur scène – et ce jusque dans le hall / espace merchandising – les conditions sont optimales pour le public et les artistes.
Les fins de soirées (parfois jusque 3 h du matin) ont lieu au Casineum, salle légèrement plus petite mais magnifiquement bâtie en théâtre à balcon panoramique, idéalement conçue pour une vision directe sur la scène. Ce sont les trois soirées de la salle principale que je vous propose ici.
Jeudi 13 novembre – Skyler Saufley, Kid Ramos and Brian Templeton, Rosewood Soul
Skyler Saufley
Skyler Saufley se présente en jeune et élégant représentant d’un jump-blues années 40-50 revigoré, avec une Anita Fabiani talentueuse au piano, Abdell B Bop à la contrebasse impeccable et Denis Agenet aux fûts, diablement efficace et attentif. L’affaire est rondement menée par le jeune guitariste (il a l’âge du festival) largement inspiré par T-Bone Walker et consorts, mais ne dédaignant pas puiser chez Jimmy Reed ou le rock’n’roll primal. Un set sans temps morts avec quelques facéties bienvenues, le tout avec délicatesse et talent. Bravo !

Kid Ramos & Brian Templeton featuring Johnny Ramos
Brian Templeton est un fabuleux chanteur empli de soul qui prêche le gospel et éructe le blues avec autorité, mais qui peine à couvrir le volume d’un Kid Ramos très volubile à la guitare, même lorsqu’il assure ses parties de rythmique. Le fils Johnny Ramos évolue avec panache dans un style raffiné évoquant Richie Valens, au chant placé haut et clair et à la guitare alerte et percutante. Avec l’organiste habité Dave Limina et sa rythmique basse-batterie (Mike Turturro et Stephen Hodges) d’une puissance de feu, le band a offert une fin de concert apocalyptique et étourdissante qui laissera de belles traces chez chacun !

Rosewood Soul feat. Sean « Mack » McDonald, Stephen Hull, Xavier Shannon
Avec autorité et une aisance impériale, Sean McDonald prend sans contestation la direction des opérations, suivi de près par un Stephen Hull d’une belle décontraction et un Xavier Shannon plus réservé, mais au jeu de guitare convaincant, même s’il n’atteint pas les sommets stratosphériques de ses congénères. Deux petits tours dans la salle, des solos déchirants, une énergie de chaque instant, des échanges hilarants et inspirés avec une joie complice, une sollicitation régulière du public, une culture blues assise avec des références chez Albert King ou Albert Collins : tous les ingrédients sont réunis pour ces trois tout jeunes bluesmen qui ont vu le jour entre 1997 et 2001. Réunis en concept « Rosewood Soul » par Eddie Stout de Dialtone Records, voilà qui constitue une prodigieuse rencontre avec le présent et le futur du blues !

Vendredi 14 novembre – Matthew Skoller, BB & The Blues Shacks et Dallas Soul Revue
Matthew Skoller & Chicago Wind feat. Precious Taylor
Matthew Skoller se montre copieux à l’harmonica et au chant – normal pour un leader –, mais on aurait aimé entendre davantage l’excellent guitariste Tom Holland. Les classieux Melvin « Pookie Styx » Carlisle à la batterie, Felton Crews à la basse et Tim Gant aux claviers assurent une assise précieuse et absolument parfaite. Si la filiation vocale n’est pas évidente, la nièce de Koko Taylor, Precious Taylor, assure idéalement au chant et son attrayant jeu de scène n’est jamais pris en défaut. C’est au final une excellente prestation « Classic Chicago Blues » qui nous est proposée. Un excellent moment !

Dallas Soul Revue with the Texas Horns feat. Tutu Jones, Captain Jack Watson & Gregg A Smith
Les fabuleux Texas Horns sont à l’honneur durant tout le set : sax baryton pour John Mills, sax ténor pour Mark « Kaz » Kazanoff, trompette pour Al Gomez. C’est le tout jeune et discret Xavier Shannon qui assure à la six-cordes, devant l’invariable Michael Weston à la basse et l’imperturbable Damien Llanes à la batterie. Se succèdent trois légendes de Dallas et de ses environs, trois vocalistes hors pair. Johnny B Livingstone aka Tutu Jones assure un passage des plus électriques, ne laissant que peu de répit aux photographes pour immortaliser sa prestation déchaînée au chant véhément et à la guitare suramplifiée. Flanqué d’un costume scintillant « à la Rufus Thomas » et d’une casquette chuckberriesque, le facétieux Captain Jack Watson laisse le souvenir d’un chanteur soul-blues habité, appréciant particulièrement les réactions enthousiastes d’un public complice. Gregg A Smith, le vétéran des trois (né en 1951), propose un jeu de scène plus posé mais un chant soul puissant des plus excitants. Les deux derniers reviendront pour un final dantesque ; le public en redemande…

BB & the Blues Shacks feat. Knockout Greg
Né en Allemagne, le band des frères Arlt fait un malheur partout depuis plus de 36 ans. C’est sans doute le meilleur blues band européen actuel – tous sous-styles compris – qui se présente à Lucerne avec son énergie et sa joie de partager diablement communicatives. Michael Arlt (chant, harmonica), Andreas Arlt (guitare), Fabian Fritz (claviers), Henning Hauerken (basse et contrebasse) et Andre Werkmeister (batterie) sont un band plus que soudé. Ils sont tous les cinq tendus vers le même but : promouvoir un répertoire tour à tour dansant ou relaxant, entre accents à la BB King et incisions profondes.
La cerise sur le gâteau fut la participation du Suédois Knockout Greg (chant, harmonica, guitare) pour quelques titres souvent inspirés de l’immense et regretté Sven Zetterberg, dans une parfaite symbiose avec les Allemands, distillant un blues-soul à la fois émouvant, souverain et héroïque. Un must !

Samedi 15 novembre – Austin John Band, Jerry Portnoy et Vanessa Collier
Austin John Band
Austin John Doody aime Otis Rush et le blues baraqué et gorgé de feeling. Une fort belle prestation, dynamique et moderne, avec un band qui pulse à chaque instant, dont Arjuna Contreras, le batteur costaud, gagnerait à optimiser son énergie. Henri Herbert au piano et Jimmy Sutton à la contrebasse sautillent, soutiennent, exultent dans un set blues – lorgnant vers un rock séminal – brillant et sans répit. Une prestation accomplie et remarquable !

Jerry Portnoy’s Chicago Blues All-Stars feat. Bruce Katz & Rusty Zinn
Il a foulé une scène européenne pour la première fois à Juan-les-Pins en 1974, au sein de l’orchestre de Muddy Waters. À 82 ans, légèrement voûté et le geste lent, mais toujours alerte au chant et à l’harmonica chaleureux, Jerry Portnoy en impose encore. Sourire et partage, c’est dans un mood classique que l’excellentissime Bruce Katz aux claviers, le polyvalent Rusty Zinn à la guitare, Jessy Williams à la contrebasse et Kenny « Beedy Eyes » Smith aux fûts (fils du légendaire Willie, compagnon de Muddy) instillent leurs belles envolées et nous replongent dans les plus belles heures du Chicago Blues électrique de l’immédiate après-guerre. Classique et intemporel…

Vanessa Collier feat. Laura Chavez
Le clou de la soirée, et peut-être même du festival entier ! La jeunesse et la fougue de Vanessa Collier, terriblement ardente au saxophone et impériale au chant, ne se départit pas d’un sourire communicatif et sait faire monter la tension avec une explosivité impressionnante. L’autre versant du quartet est l’exceptionnelle Laura Chavez, l’une des rares guitaristes aptes à mêler rythmique et solo dans toutes ses interventions, dotées d’un bon volume et avec un feeling gros comme ça, pour dynamiser encore le show. Avec l’impressionnant Byron Cage (batterie) et l’excellent et olympien Justice Guevara (basse), l’osmose est absolument totale dans le groupe. Tous ont intégré que l’énergie de chacun peut offrir une dimension cosmique au spectacle. La complicité des deux jeunes femmes est évidente et spontanée. Présentés par Vanessa Collier avec grâce et force détails, les titres s’enchaînent comme en un tourbillon. Le public a été unanime pour leur offrir un véritable triomphe !

Une trentième édition du Lucerne Blues Festival qui aura parfaitement tenu ses promesses ! Détenant l’expérience et la culture blues au service d’une programmation parfaitement équilibrée, brillante et pertinente, l’équipe animée par Martin « Kari » Bruendler saura convaincre les festivaliers amateurs de vrais et beaux sons blues qu’il FAUT absolument venir à Lucerne en 2026, pour la 31e.
Tous les détails : https://www.bluesfestival.ch
Live report – Lucerne Blues Festival
📆 13 au 16 novembre 2025
📍 Casino de Lucerne (CH)
📷 Aigars Lapsa
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