
Avec The Strikers, Jean-Christophe Sutter ouvre un nouveau chapitre de son parcours musical. Plus électrique, plus instinctif, ce projet lui permet de reprendre pleinement le chant et d’explorer un spectre large, du blues au rock en passant par des influences folk ou jazz. Enregistré en grande partie en conditions live, l’album Bye Bye Love revendique un son pensé pour la scène et une grande liberté artistique. À l’occasion de cette sortie, il revient en détail sur la genèse du groupe, l’écriture des morceaux et l’énergie qui anime aujourd’hui The Strikers.
📀 Lire aussi notre chronique de « Bye Bye Love » ici 📀
🎤 Jean-Christophe Sutter en interview avec Cédric Vernet
Bonjour Jean-Christophe. Après Little Mouse and the Hungry Cats, voici ton nouveau projet The Strikers. Tu n’étais pas assez occupé ?
Dire « je n’ai pas le temps », pour moi, c’est un peu comme dire « je n’ai pas envie ». The Strikers est un projet dévoilé depuis un peu plus d’un an, mais il y en a d’autres en préparation. Début 2026 sera l’occasion de révéler un projet très personnel qui me tient à cœur depuis longtemps, avec la publication de quelques titres en exclusivité, et une autre aventure qui s’annonce tout aussi palpitante avec un premier single.
Comment est née cette formation ?
Il y a plusieurs raisons. Le besoin de reprendre un rôle de chanteur lead, l’émergence, durant le processus de compositions, de morceaux qui correspondent davantage à mon timbre de voix et l’envie d’explorer des univers différents. Également l’envie de laisser plus de place à l’improvisation en live.
L’album attaque fort avec Bye Bye Love, un titre qui donne le ton de ce nouveau groupe ?
Un titre qui révèle une des nombreuses facettes du projet ! C’était le choix collectif pour débuter cet album. Un hymne blues rock puissant qui je l’espère, donne envie d’explorer les autres titres de l’album, mais il est loin d’être le résumé de ce disque.
Ce nouveau projet, c’est aussi pour avoir une plus grande liberté artistique, avec la possibilité d’aller vers un registre plus rock ?
Plus rock au sens plus brut et improvisé notamment en live, mais pas seulement car à l’image de certains titres j’avais aussi l’envie de m’orienter vers des univers folk, americana, afro, jazz que j’affectionne également beaucoup.
Comment s’est passée l’écriture des morceaux ? Tu arrives avec des titres déjà structurés ou c’est du travail collectif en répétition ?
L’écriture a été extrêmement rapide. J’arrive généralement avec des morceaux déjà structurés, les arrangements dépendent de décisions collectives qui naissent en « boeufant » tous ensemble. Il y a une sorte de magie qui naît à ce moment là qui est difficilement explicable, mais les choses prennent formes et parfois, on s’éloigne radicalement de l’intention initiale.
« J’écris l’intégralité des textes »
Qui signe les paroles dans The Strikers, et quels thèmes vous inspirez-vous ?
J’écris l’intégralité des textes. Sur cet album j’ai pris l’option de raconter pleins d’histoires glanées depuis des années, principalement à propos des relations humaines, amicales ou sentimentales, les attentes et les déceptions qu’elles peuvent engendrer. D’où le titre de l’album. Du point de vue des paroles, c’est quasiment un concept album.
Vous avez enregistré où et dans quelles conditions ? Studio live, ou piste par piste ?
On a enregistré au studio [the labO], en plein cœur des volcans auvergnats. Plein de matos vintage, des lampes, claviers, des percussions inattendues mais aussi des paysages très inspirants. Les morceaux ont été enregistrés live pour la plupart puis on a finalisé les arrangements par la suite. Exception faite pour les deux morceaux avec des invités puisque Mickael Mazaleyrat a enregistré son harmonica dans le Sud-Ouest et que Jim Roberts a rajouté sa guitare slide et sa voix depuis Los Angeles. La technologie peut parfois être arrangeante et au service de l’art !

Votre son est plus électrique et plus sec. Comment avez-vous travaillé la production et les choix de sonorités ?
L’idée était d’avoir un son proche du live, sans artifice. En même temps, il était important que chaque titre est sa propre personnalité. Cet album il est cousu main. On a maîtrisé toutes les étapes, de l’enregistrement au mixage en passant par le mastering. Le design a été conçu par Gilles Philippe, un ami. C’est notre luxe de pouvoir dire que c’est du « fait maison ».
Le deuxième titre Some of These Days est un joli rhythm and blues. On retrouve peu à peu vos racines blues…
Oui, complètement, d’autant plus que le morceau est un clin d’oeil à un titre de Charley Patton. Un grand monsieur qui plaçait « la chanson » au dessus de tout.
Après ces deux morceaux, on se dit que ça a dû te manquer de ne pas chanter davantage avec Little Mouse and the Hungry Cats. Tu as une sacrée voix ! Tu ressentais une frustration ?
J’avoue ! Au fil des années, je m’aperçois que je peux aisément passer une journée sans jouer de guitare, mais ce n’est pas concevable de passer une journée sans chanter ! La musique fait partie intégrante de ma vie depuis l’enfance. Ma mère était organiste à l’église, on chantait en famille. J’ai commencé par le piano, puis la guitare, la batterie et puis le chant. Cet instrument au timbre unique qui nous appartient à pris entièrement possession de mon univers musical et de ma vie.
Dans ta voix il y a un petit grain à la Joe Cocker. Qui t’a influencé en matière de chant ?
Merci pour la comparaison ! Chris Cornell est, je pense, ma principale influence. Ensuite c’est un mélange de pleins de choses, Ritchie Kotzen dont on parle beaucoup pour son jeu de guitare mais quel chanteur ! Mais aussi Jeff Buckley, les harmonies des Beatles…
Est-ce que l’expérience Hungry Cats t’a aidé à structurer ce projet ou tu as voulu repartir d’une page blanche ?
On peut difficilement faire tabula rasa. Cela m’a surtout aidé du point de vue logistique et pour la production de l’album.
Au fond, c’est quoi l’identité de The Strikers ? Un mix assumé de styles et d’influences ?
Oui, ce n’est pas un projet rock. L’idée de départ était justement de ne pas se fixer de barrières. On y trouve du blues, du rock, mais également des influences beaucoup plus acoustiques et ethniques, du jazz. Une flûte cambodgienne, un bouzouki irlandais, de l’oud, des percussions aux origines multiples, les rythmiques infernales de Joss le batteur…
« Le point de départ, c’est toujours
une chanson »
On sent un vrai travail sur les riffs et les mélodies. Vous êtes assez loin des clichés du blues.
Le point de départ, peu importe le style, c’est toujours une chanson. Les arrangements et les choix de sonorités aiguillent ensuite irrémédiablement le titre vers un style.
Plusieurs titres pourraient séduire un public rock plus large. Vous visez une diffusion plus importante, des salles plus grandes ?
Ce n’est pas l’idée au moment de l’écriture des titres, les choses se font très naturellement. Si cela plaît à la scène rock, tant mieux. Le public lui, est surtout sensible à l’énergie qui se dégage en live peu importe les étiquettes de style.
Et puis il y a des morceaux plus cool, plus acoustiques. Je pense à Keep My Grave Clean ou Nobody Else. Un vrai blues.
Oui, les deux mondes se rencontrent sur ce disque, j’écoute tellement de musiques différentes, d’où le besoin de mener plusieurs projets, cela permet d’utiliser toute la palette d’idées ! Sur Keep, il y a ce parfum d’Exile on main street que j’adore. Sur Nobody else, il nous tenait à coeur d’inviter cet extraordinaire musicien qu’est Mickaël qu’on a rencontré en accompagnant Jim Roberts.
Tu parles souvent d’énergie. C’est quoi pour toi un bon concert de The Strikers ? Ce que tu veux que les gens ressentent en sortant ?
La musique a le pouvoir de transmettre une énergie, des émotions très fortes. Si les gens ressentent cela en sortant, le pari est gagné.
Le dernier titre est une reprise de Catfish Blues dans une version hypnotique hendrixienne de plus de huit minutes. Pourquoi ce choix pour clore le disque ? Tu avais envie de te lâcher un peu à la guitare ?
L’idée était de montrer un aperçu de ce qui peut se passer en live, ce morceau, en concert, est souvent hors de contrôle et on se laisse porter par l’instant. Une manière de laisser l’auditeur imaginer ce qui pourrait se passer en live.
Avec un solo de flûte, c’est étonnant ! Là encore, une recherche de nouvelles sonorités ?
La fameuse flûte cambodgienne qui a été enregistrée dans la basilique millénaire d’Orcival ! L’envie de croiser les cultures avant tout. Ce qui fait la musique et les civilisations depuis si longtemps…
Comment ça va se passer sur scène maintenant ? L’album compte neuf titres : votre set va inclure des reprises ou des nouveautés ?
Pas mal de titres laissent place à l’improvisation en live, la notion de temps s’envole parfois, on y tient beaucoup. Mais pour répondre plus précisément il y aura des nouveautés et un ou deux clins d’oeil ! Cela reste important de rendre hommage à des gens dont on se sent proches.
À l’écoute du disque, on sent qu’il te correspond plus, qu’il y a une énergie plus brute que tu ne pouvais peut-être pas exprimer avec Little Mouse. Je me trompe ?
C’est totalement ça. Avec Little Mouse la composition des titres se fait à deux avec Claire, son timbre de voix guide forcément l’écriture qui est globalement plus réfléchie, moins instinctive et sauvage. A deux, le processus est plus long, plus ordonné. J’adore les deux facettes, mais là il me tenait à cœur d’avoir recours à quelque chose de vraiment spontané.
Tu te vois encore évoluer sur des terrains musicaux nouveaux après cet album ?
Oui, c’est déjà le cas. Deux nouveaux projets vont voir très rapidement le jour début 2026. Une collaboration logique qui va s’inscrire comme un vrai nouveau départ et un autre qui est vraiment personnel et dans lequel j’ouvre encore davantage l’éventail des sonorités. Je suis aussi un grand fan de musiques électroniques et de la culture hip hop, mais j’en ai déjà trop dit !
Un dernier mot ?
J’invite les gens à écouter l’album Bye Bye Love et à venir nous voir en live. Il n’a jamais été aussi important de soutenir les artistes, ici ou ailleurs… Un grand merci également à toute l’équipe de Blues Actu !
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