
Il existe des disques qui ravivent la foi en la capacité humaine à réinventer le blues bien au-delà de la simple répétition des riffs forgés par ses légendes, mais toujours marqué pour le respect des racines. « Ain’t Got Time » est de ceux-là. C’est depuis l’île de Waiheke, en Nouvelle-Zélande, que Solomon Cole revient en solo avec un album à paraître le 10 octobre 2025 chez Dixiefrog. Alliant un blues brut, des grooves impeccables et une production soignée, Solomon Cole impose sa propre voix dans la scène blues contemporaine. On a tenté de creuser pour en savoir un peu plus !
🎤 Solomon Cole en interview
Il paraît que tu as enregistré “Ain’t Got Time to Die” dans une ancienne base militaire de la Seconde Guerre mondiale sur ton île natale, Waiheke. C’est bien vrai ça ?
Oui ! Une partie de l’album a été enregistrée là-bas, plus précisément Call My Maker et Apocryphal Flood Blues. L’endroit s’appelle Stony Batter et a été construit à une époque où la Nouvelle-Zélande craignait une attaque. C’était la dernière ligne de défense pour la ville d’Auckland. Le site est resté vide et abandonné pendant des décennies avant d’être restauré récemment. Des machines d’époque se trouvent encore dans les niveaux inférieurs.
Qu’est-ce que ce lieu unique a apporté à l’atmosphère de l’album ?
L’acoustique caverneuse et la résonance naturelle étaient incroyables, presque hantées. On ressent vraiment toute l’histoire dans ces tunnels et ces pièces où des hommes et des femmes ont vécu jour et nuit jusqu’à la fin de la guerre. L’atmosphère pour ces morceaux était immédiate et nous les avons enregistrés en live. Comme il n’y avait pas d’électricité sur place, nous avons utilisé un ancien enregistreur ADAT sur batterie, ce qui nous a obligés à tout faire en une seule prise. Ce sont les premiers morceaux que nous avons enregistrés pour l’album et ils ont vraiment donné le ton au reste du disque.

Un cocktail explosif
Ta musique mélange blues Delta brut, rock’n’roll groovy et Americana. Ce mélange vient-il naturellement quand tu composes ?
Oui, ça se fait très naturellement. Je vois souvent “Solomon Cole” comme un personnage fictif qui habite chacune de mes chansons. Quand je compose, il faut que le morceau raconte une histoire autour de ce personnage. Mais la chanson doit aussi avoir une raison d’exister, et j’ai tendance à penser que moins, c’est plus.
Je reste profondément influencé par des artistes comme Son House, Howlin’ Wolf, R.L. Burnside, Skip James, Tom Waits ou Nick Cave. J’utilise souvent des tonalités mineures pour traduire la solitude et des tonalités majeures pour exprimer la rédemption.
Tu as collaboré avec le légendaire claviériste Eddie Rayner. Comment a-t-il influencé le son de l’album ?
J’ai joué de la guitare sur un album qu’Eddie a réalisé pour le groupe Space Waltz en 2023, un album de retrouvailles intitulé Victory. Nous avons ensuite donné des concerts ensemble et nous sommes devenus amis. Eddie savait que je préparais un album et m’a proposé de lui envoyer des morceaux pour qu’il les mixe.
Il a apporté une production très propre et soignée, notamment sur Get Up Get On et Day of Reckoning. Ensuite, il a vraiment mis en valeur des titres comme Bullet et Woman I Weep en leur donnant une clarté et une profondeur qui m’ont bluffé.
Nick Abbott est également aux manettes…
Oui. Tout cela m’a aussi poussé à contacter mon ami Nick Abbott pour mixer d’autres titres comme Ain’t Got Time to Die et Call My Maker, afin d’ajouter un peu de rugosité et d’éviter que l’ensemble ne devienne trop lisse. Eddie a aussi réarrangé certaines chansons et les a produites différemment de Nick, ce qui a marqué une vraie différence dans le son final.

« Il suffit d’un coup de fil ! »
Aucun musicien n’est crédité sur le disque. As-tu vraiment tout fait toi-même ?
J’ai réalisé environ 95 % de l’album moi-même. Quelques amis m’ont simplement aidé sur des détails comme l’harmonica ou les chœurs féminins. On vit tous sur l’île de Waiheke, un endroit très créatif et bohème. Il suffit d’un coup de fil pour que quelqu’un passe enregistrer une partie.
J’ai beaucoup travaillé sur Ableton 12, qui propose des packs de samples incroyables. Cela m’a permis de construire les morceaux couche par couche, puis de façonner les sons jusqu’à obtenir ce que je voulais. Ensuite, j’ai envoyé le tout à Eddie Rayner et Nick Abbott, qui ont aidé à finaliser le son.
Et avec quels instruments ?
J’ai chanté, joué toutes les guitares, toutes les percussions et la basse sur tous les titres sauf “A Little South of Heaven.” J’ai écrit toutes les parties et finalisé les prises, même lorsqu’une idée venait de quelqu’un d’autre. Ce processus fonctionne extrêmement bien en ce moment pour mon deuxième album.
Après avoir longtemps dirigé un groupe, tu sors désormais ton projet en solo. Qu’est-ce que cela change pour toi, artistiquement et personnellement ?
C’est un immense sentiment de liberté. Je peux donner vie à mes chansons à mon rythme, à ma manière. J’ai désormais le contrôle créatif total, je peux tout créer de zéro sans attendre qui que ce soit. Je peux entrer dans mon studio à n’importe quelle heure et travailler quand l’inspiration vient. C’est ce que je savoure le plus dans ce changement.
Tu penses déjà à la suite ?
Oui ! Il m’a fallu vingt-quatre mois pour créer cet album et tout ce qui l’entoure. Et je travaille déjà sur le deuxième : cinq morceaux sont terminés pour un disque que j’appelle provisoirement Call of the Void. Artistiquement, ce sera un album de blues plus sombre et plus rugueux. Je me sens aujourd’hui totalement maître de ma création et aussi du côté professionnel, ce qui est tout aussi important. J’ai vraiment l’impression d’être arrivé à maturité en tant qu’artiste solo.
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