
Encore inconnu il y a quelques mois, Matt Pascale a surpris la scène blues avec un album remarquable, sobrement intitulé Home, publié chez Dixiefrog. Enregistré à Los Angeles avec le producteur Fabrizio “Fab” Grossi, ce disque réunit douze titres où se mêlent l’héritage de Stevie Ray Vaughan, Jimi Hendrix, Mark Knopfler, Derek Trucks ou Eric Gale. Entouré de son groupe The Stomps, Matt Pascale poursuit une quête de sens dans un monde agité comme en témoigne le titre de cet article. Home marque l’affirmation d’un artiste dont on n’a clairement pas fini de parler sur Blues Actu et qui se livre avec franchise dans notre interview exclusive.
🎙️ Matt Pascale en interview avec Cédric Vernet
Salut Matt ! Pour commencer, peux-tu nous dire d’où tu viens et comment tu as découvert la musique ?
Salut Cédric, et merci pour cette interview. Je suis Matt Pascale, je suis Italien, Sicilien, et en partie « Tessinois » adopté (Suisse). J’ai découvert la musique parce qu’à la maison on en a toujours écouté tout le temps, donc on peut dire que j’ai eu de la chance.
Qu’est-ce que tes racines ont laissé dans ton jeu ou dans ta manière d’écrire ?
Eh bien, le blues a eu une grande influence, mon père en écoutait tout le temps, mais j’ai 25 ans et le hip hop, le R&B et la soul ont été fondamentaux dans ma construction, évidemment à ma manière, la matrice reste toujours rock. En réalité, quand j’écris, je ne me fixe pas beaucoup de limites, j’écris, et si ce qui en sort me plaît, alors c’est parfait.
Comment est né le projet Home ?
Home n’est rien d’autre que différentes expériences de vie racontées en musique, donc je dirais que tout ce que tu entends sur ce disque est à moi et fait partie de l’histoire des gars de mon groupe.

Tu as enregistré à Los Angeles avec Fabrizio Fab Grossi. Raconte-nous cette expérience et ce qu’elle a apporté au son de l’album.
Oui, nous avons décidé d’enregistrer l’album dans le studio de Fabrizio à North Hollywood, Los Angeles. Aller à Los Angeles a été une expérience incroyable, nous y avons joué, notamment au Viper Room, nous avons participé au NAMM, et rencontré beaucoup de musiciens connus comme Kenny Haronoff et Sammy Hager. La plus grande différence fut de pouvoir rester tous ensemble dans la même pièce avec Fabrizio, réfléchir, essayer tout un tas d’idées et de parties de façon très fluide et spontanée. Ça a rendu les arrangements et le son de l’album bien plus organiques que si nous avions enregistré chacun à distance.
Tu dis que Home est « né d’une quête de sens dans un monde chaotique ». Tu peux nous en dire un peu plus ?
Home est la recherche constante de soi, et aussi la recherche de sa place dans le monde. Aujourd’hui on vit dans un monde où nous ne sommes pratiquement que des numéros, on doit produire, travailler autant que possible, sinon on ne vaut rien et on sera remplacés. Aujourd’hui on ne vit pas, on survit, et pour ceux qui travaillent dans l’art c’est de plus en plus compliqué. J’ai commencé à me poser des questions auxquelles je répondrai probablement sur mon deuxième album.
« Mélanger les styles, c’est aussi naturel que mélanger des saveurs. »
L’album oscille entre des atmosphères presque lounge et des titres plus ancrés dans le blues rock. Comment gères-tu cette dualité ?
Tout le monde dans le groupe écoute beaucoup de choses différentes, et personne n’est un puriste du blues ni un puriste du rock. Tout le monde écoute aussi beaucoup de jazz sous différentes formes, donc c’est probablement de là que viennent les passages plus lounge. Pour nous, mélanger les genres et les styles est aussi normal que mélanger des saveurs et des épices en cuisine. Et nous pensons qu’il n’existe que deux types de musique : la bonne musique et la moins bonne.
Parmi tes influences tu cites Stevie Ray Vaughan, Jimi Hendrix, Mark Knopfler, Derek Trucks et Eric Gale. Qu’est-ce qui, chez eux, nourrit encore ton jeu aujourd’hui ?
Eh bien … tout. Ce sont des piliers, ils sont toujours une source d’inspiration, je les porte inconsciemment avec moi, dans ma façon de jouer, même si j’explore d’autres territoires comme le jazz, le neo soul et d’autres styles de guitare que j’aime beaucoup.
Un des éléments marquants de l’album est l’importance que tu donnes à la mélodie, ce qui me rappelle un autre musicien… Devon Allman. Partages-tu l’idée que la mélodie doit toujours venir en premier ?
Bien sûr, la mélodie est très importante, Marcus King et Gary Clark Jr sont des maîtres dans ce domaine.

Peux-tu nous parler de ton groupe, The Stomps ? Comment les as-tu rencontrés ?
Je voyage beaucoup, je les ai rencontrés à différents moments et dans différents lieux. J’ai rencontré Matteo à Bologne, où je vivais, il est devenu mon bassiste incontournable et il l’est resté depuis longtemps. J’ai aussi rencontré Rishi lors d’une jam session à Oslo, où j’ai vécu un an, et enfin j’ai rencontré Elia en passant quelques mois au Tessin, la région italophone de Suisse. Pour moi, il a toujours été difficile de trouver des musiciens car j’ai besoin de talent mais aussi de personnes avec qui je me sens en phase. C’est parfois dur de préserver la paix quand le stress ou les moments difficiles arrivent, mais on essaie de faire au mieux.
Quelles contributions précises apportent Matteo Magnaterra, Rishi Yildiz et Elia Squartini à l’écriture ou aux arrangements ?
Matteo a été mon co-auteur et co-producteur sur cet album, la plupart des morceaux ont été écrits ensemble puis présentés au reste du groupe. Il a aussi aidé Fabrizio à façonner une partie des sons que tu entends sur le disque. Elia et Rishi ont ensuite apporté leur son et leur personnalité dans leurs parties et leur interprétation, transformant nos démos très simples et dépouillées en chansons avec beaucoup de caractère et de finesse.
« Un vaste réservoir d’idées et d’influences »
Le groupe a une dimension internationale. En quoi cela enrichit-il votre musique ?
Chaque musicien est influencé par ce qu’il voit et entend en grandissant, donc le fait que chacun vienne de villes et de pays différents nous offre un vaste réservoir d’idées et d’influences. Elia a étudié à Milan, Rishi a grandi aux Pays-Bas, Matteo vit à Bologne depuis longtemps… moi je compte moins car je bouge beaucoup.
Quelle est l’histoire derrière Home, le morceau qui donne son nom à l’album ?
L’histoire derrière Home est celle d’un garçon qui regarde par la fenêtre et a peur, peur parce qu’il ne se reconnaît pas dans le monde dans lequel il vit. Il continue à errer, change de ville, change de pays, voyage sans cesse, joue de la musique, vit tout à fond, jusqu’à l’extrême, et quand il revient, il se sent toujours vide, un trou dans l’âme.
Qu’est-ce qui a guidé la direction artistique du clip Sugar Mama ?
Un réalisateur suisse reconnu, Roberto Gianocca, a imaginé l’histoire et a réalisé le clip de Sugar Mama. Je savais qu’il ferait du bon travail, grâce aussi à ses collaborateurs Shondel et Sofia.
Et sur scène, qu’est-ce qu’on peut attendre ? Avez-vous des tournées prévues ?
Nous avons une tournée en Espagne en février, nous venons d’avoir quelques concerts en Norvège, évidemment on nous verra en Italie et en Suisse, et nous avons de grands festivals prévus pour l’été 2026. Restez connectés sur nos réseaux sociaux pour toutes les infos. Nous espérons proposer une performance très énergique et agréable pour tous les publics en Europe.
Penses-tu déjà à ce qui viendra après Home ?
Après les concerts, la tournée, et après avoir vendu autant de CDs, vinyles et merch que possible, nous avons déjà quelques démos pour ce qui sera probablement notre deuxième album. Pas encore assez pour un disque complet, mais nous espérons en sortir un dans un avenir pas trop lointain.
On sent que tu aimes innover et repousser les limites. Y a-t-il des territoires musicaux que tu aimerais explorer ensuite ?
Oui, Matteo et moi sommes très curieux. Nous produisons aussi d’autres artistes ensemble, nous écrivons ensemble, et nous aimons toujours découvrir de nouvelles choses. Je ne sais pas exactement quoi te répondre, nous travaillons sur la pré-sortie du deuxième album, mais nous essayons clairement d’explorer davantage ce qu’on aime et ce qui nous vient naturellement.
🎧 Ecoutez l’album Home de Matt Pascale and The Stomps sur Spotify
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