
Voilà un artiste qui nous marque à chaque sortie discographique, déjà nombreuses et toujours déterminantes, en à peine dix ans de carrière. Après l’élégance soul et groovy de Mood Swings (2024), Marcus King retrouve son groupe historique et explore cette fois un univers country folk, solidement ancré dans les sonorités du sud des États-Unis.
Darling Blue offre à Marcus King l’occasion d’élargir encore un peu plus son spectre musical : country-folk, rock psychédélique et éclats de R&B façon Motown. Côté textes, Marcus plonge au cœur de ses expériences de dépendance et de dépression, tout en célébrant son État natal de Caroline du Sud. C’est aussi la première fois depuis Carolina Confessions (2018) qu’il enregistre avec son groupe de scène, retrouvant cette énergie brute qui a fait ses preuves sur scène, comme nous avons pu le constater lors de sa tournée européenne de 2024, où il était de passage au Transbordeur de Lyon.
Rencontre avec un artiste inclassable (et c’est très bien comme ça !) …
🎤 Marcus King en interview
Bonjour Marcus. Pour commencer … comment t’es-tu senti pendant les sessions d’enregistrement de Darling Blue ?
Pendant les sessions d’enregistrement, je me suis vraiment senti chez moi. C’était comme si mon groupe et moi travaillions simplement sur des chansons à jouer en concert et qui ont abouti sur la création d’un album. Notre objectif est toujours d’être une sorte vecteur, de laisser la musique couler à travers nous en puisant dans des éléments qui nous entourent.

Capricorn Studios semblait être l’endroit parfait pour enregistrer. Quelle a été l’inspiration de départ ?
Dès le début, une grande partie de ma vision était de descendre à Capricorn et de revenir à mes racines. Tous mes plus grands modèles ont enregistré là-bas : Otis Redding, Marshall Tucker Band, Wet Willie, Charlie Daniels. Mon père Eddie et moi y sommes allés, et nous avons été surpris de trouver le Studio A totalement intact. Le piano d’Otis est toujours là, avec les marques de brûlures de cigarettes sur le do aigu. Nous avons même essayé de jouer dessus, mais il était en mauvais état. Rien que sa présence était inspirante. Tout de suite, cet endroit a semblé être une maison, et j’ai su que c’était là que je devais créer un album aussi personnel.
Le titre, Darling Blue, fait référence aux Blue Ridge Mountains. Ta ville natale de Greenville se trouve au pied de cette chaîne. Quels aspects de ce lieu voulais-tu mettre en avant sur l’album ?
Il y a quelque temps, j’ai lu À l’est d’Éden de John Steinbeck. J’ai été inspiré par son utilisation des mots pour peindre un paysage vivant. De la même manière qu’il décrit sa Californie en détail, je voulais peindre ma région telle que je la vois et la ressens. C’est un lieu spécial, avec des gens magnifiques – il y a tant de musiciens dans les vallées et collines qui n’ont aucune envie de partir, et je les comprends. Cet album est aussi ma façon de rendre hommage à tous ceux qui ont été touchés par l’ouragan Helene en 2024, et de saluer la résilience de la communauté des Foothills.
Beaucoup de chansons de Darling Blue rendent hommage à tes racines de Caroline du Sud. Y a-t-il eu un morceau en particulier qui a donné le ton à l’album ?
Je me souviens d’avoir écrit au piano, entouré de pins dans le Tennessee – un peu comme ma propre version de Brian Wilson et de son piano dans le bac à sable à Malibu. Je me sens toujours le plus ancré et le plus libre d’exprimer ma vérité à ce piano. La première chanson qui est sortie fut Carry Me Home. C’est une chanson d’amour pour ma région et ce que le paysage des Blue Ridge représente pour moi. Nous avons même tiré le titre de l’album d’un vers : « Oh, my darling Blue Ridge sky. »
Capricorn a-t-il été à la hauteur de tes attentes ?
Absolument. L’histoire est palpable dans ces murs. Il y a beaucoup de magie dans cette pièce et nous avons pris tout le temps nécessaire pour tout régler, explorer et puiser dans cette atmosphère. Avoir mon groupe avec moi a tout changé : cela faisait depuis 2018 que nous n’avions pas enregistré ensemble, et c’était un vrai retour à une manière familiale et organique de travailler, loin du côté mécanique de certains studios.
« Nous projetions des films pour nourrir notre inspiration artistique »
Pourquoi avoir choisi Eddie Spear comme producteur cette fois-ci ?
Eddie était ingénieur sur Carolina Confessions. Depuis, il est devenu un producteur très demandé. C’est un musicien accompli qui comprend l’importance de structurer une chanson pour capter l’auditeur, mais qui sait aussi travailler en équipe et saisir l’esprit du moment. Grâce à cette confiance, le processus a été très détendu et m’a permis de m’ouvrir beaucoup plus. Nous avons pris des approches peu conventionnelles pour obtenir le maximum d’énergie de chaque performance, et je crois que ça se sent dans le disque.
Par exemple, sur un morceau, je suis monté sur une chaise dans la salle pour donner des indications comme un chef d’orchestre. Plutôt que d’être isolé dans une cabine, nous avons enregistré les voix de manière organique, ce qui m’a rendu plus expressif. Nous projetions aussi des films (Easy Rider, Rebel Without a Cause, Giant, The Big Lebowski, etc.) pour nourrir notre inspiration artistique pendant l’enregistrement.
Sur ton dernier album, Mood Swings, tu avais parlé très franchement de ta santé mentale. Est-ce que ça a aussi influencé ton écriture sur Darling Blue ?
L’écriture est une thérapie pour moi, donc je travaille toujours mes blessures dans mes paroles. Dans Honky Tonk Hell, je parle de l’addiction, de la sobriété fragile, et de cette possibilité de rechuter – ce que beaucoup de gens vivent, surtout si tu arrêtes pour quelqu’un d’autre que toi-même. Dans Die Alone, j’évoque un moment où j’étais au bout du rouleau, mais où j’ai décidé que si je devais mourir, ce serait sur la route, en faisant ce que j’aime. Et comme le destin l’a voulu, le lendemain j’ai rencontré ma femme, et j’ai enfin trouvé une raison de vivre.
Carolina Honey a été d’ailleurs écrite le jour où tu l’as rencontrée !
Oui, c’est fascinant de voir comment deux jours de ta vie peuvent inspirer plusieurs chansons. Dans le cas de Carolina Honey, c’est l’idée qu’une personnalité addictive finit toujours par chercher un substitut à ce qui l’a détruite. Pour moi, ce fut ma femme : dès que je l’ai rencontrée, elle est devenue ma muse et ma nouvelle drogue. Le jour de l’enregistrement, tout le monde dans le studio a chanté l’intro avec nous, et cela reflète bien l’énergie qui a traversé tout l’album.
« J’adore les westerns, et je voulais écrire une chanson de cowboy »
L’album regorge de collaborations impressionnantes : Billy Strings sur Dirt, Noah Cyrus sur The Shadows, Jamey Johnson et Kaitlin Butts sur Here Today, Jesse Welles sur Someone Else. Tu as aussi coécrit avec Midland (Pretty Petty), Hillary Lindsay (Levi’s & Goodbyes), ainsi qu’avec Lainey Wilson et Meg McRee (Here Today). Comment tout cela s’est-il fait ?
J’adore les westerns, et je voulais écrire une chanson de cowboy. Avec Nick Monson et Jamie Hartman, on a écrit une histoire de vagabond dans le Far West, et ça a donné Dirt. C’était parfait pour que Billy ajoute sa guitare.
Je suis aussi très heureux d’avoir écrit Here Today avec mes amies Lainey Wilson et Meg McRee. C’était un rare moment où nous étions tous à la maison, pas sur la route. Cette chanson est née d’une manière très organique, juste entre amis. On pensait au départ que Lainey la chanterait, mais elle est finalement devenue un reflet de mon style de vie de nomade. Ensuite, on a invité Jamey Johnson et Kaitlin Butts.
Kaitlin a apporté une énergie joyeuse, Jamey une intensité incroyable qui force à écouter chaque mot.
Pour The Shadows, je l’ai écrite avec Nick Monson et Madi Yanofsky, et nous voulions une voix qui incarne l’essence de la chanson. Noah Cyrus s’est imposée naturellement et sa voix l’a emmenée encore plus loin que ce que j’espérais.
En quoi l’expérience de Darling Blue diffère-t-elle de tout ce que tu as fait jusque-là ?
Cela a vraiment été comme être à la maison. Mon groupe et moi étions en train de travailler des chansons comme pour la scène, et c’est devenu un disque. Notre but est toujours d’être un canal pour la musique. Mais plus que jamais, cet album est un effort collectif, fait pour nous, pour l’amour de créer, avec toute l’honnêteté possible. Nous avons mis absolument tout ce que nous avions, et nous croyons que le public le ressentira et l’aimera aussi.

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