
Francis Delvaux nous a quittés brutalement, à la suite d’un accident. Figure familière mais discrète du paysage radiophonique belge, il faisait partie de ces personnalités de l’ombre, préférant mettre la lumière sur les artistes plutôt que sur lui-même. Blues Actu lui rend hommage.
Né en 1948 à Grandmetz, Francis Delvaux rejoint la RTBF en 1971. Dès 1973, il co-crée Impédance, première émission rock de la maison. Animateur, producteur, programmateur, puis chef d’antenne de La Première, il multiplie les initiatives culturelles, mêlant musiques et bande dessinée, domaine où il s’illustre aussi comme scénariste. Mais c’est surtout sur Classic 21 que beaucoup se souviennent de lui : son Blues Café, diffusé jusqu’en 2015, a permis à des milliers d’auditeurs de découvrir le blues, dans un esprit de partage et d’authenticité.
Francis restera dans les mémoires comme un passionné, un passeur, un homme humble et cultivé, qui aura profondément marqué les musiciens comme les auditeurs.
Nous publions ici un hommage de Marc Loison, qui retrace avec émotion le parcours et la personnalité d’un homme dont la passion et l’humanité ont profondément marqué le monde de la musique et de la radio, en Belgique et au-delà.
L’hommage de Marc Loison à Francis Delvaux
Un homme est parti. Brutalement. À la suite d’un accident stupide – mais y en a-t-il d’intelligents ?… Cette fatalité qui nous accable a touché l’un des nôtres.
Fondamentalement homme de partage, Francis Delvaux a été un brillant homme de radio. Il aura agi pour faire éclater le talent des autres, grâce à ses propres dons d’intervieweur, sa profonde gentillesse et son adoration pour la musique, pour toutes les musiques. Ses qualités, il les a mises au service d’un métier qu’il a accompli comme on se livre : sans compter les heures ni la peine, mû par la pure passion.

Francis était un ami des musiciens. Il a consacré une bonne partie de son temps radiophonique à leur permettre d’exprimer leur art via des concerts en direct, dans une ambiance proche de celle des petites salles où la chaleur de la musique touche directement l’âme. Ils sont innombrables, les talents de tous horizons et de toutes renommées – locaux, nationaux ou internationaux – à avoir répondu aux questions de Francis et partagé les moments privilégiés qu’il leur concoctait dans la chaleur des studios de la RTBF et de Classic 21.
Francis Delvaux est arrivé en 1971 à la RTBF. Auteur de la première émission consacrée au rock dès 1973, à l’époque où tout était possible, il fut animateur, producteur, puis chef d’antenne de La Première. Il a aussi été scénariste de BD – collaborant notamment avec le dessinateur Philippe Francq – et président du jury, depuis l’origine, du festival de BD de Durbuy. On l’a également vu maintes fois sur scène, par exemple pour présenter avec talent et bonhomie le Festival Mondial de Folklore de Namur. Sur Classic 21 naissant, son mythique Blues Café a permis jusqu’en 2015 à des milliers d’auditeurs d’écouter du blues sur une grande antenne, en partageant séquences live, disques et interviews avec un public enthousiaste. Il vivait parfois mal l’idée d’être devenu simple retraité, continuant à cultiver, malgré quelques ennuis de santé, sa passion pour la musique – blues, rock, mais aussi classique – par des écoutes, des discussions passionnées et d’innombrables concerts.

L’humilité qui caractérisait Francis n’avait d’égale que sa grande bonté. Sa passion et son empathie l’éloignaient de toute tentation de vanité ou de prétention. Malgré les myriades de « stars » et de talents qu’il aura côtoyés, Francis est toujours resté un homme simple, pacifique et bon. Son intelligence et sa culture n’étaient jamais prises en défaut lorsqu’il se remémorait les instants incroyables de sa carrière, ou lorsqu’il partageait ses réflexions sur les problèmes du monde.
Depuis l’instant où je l’ai connu, au début de ce siècle, j’ai toujours eu un profond respect pour Francis. J’aurais aimé qu’il soit pour moi comme un grand frère spirituel, enrichissant, stimulant, drôle, passionnant à écouter. Avoir connu Francis est un privilège et a été un plaisir de chaque instant, chaque fois que j’ai pu partager du temps avec lui et son épouse Malika, également mon amie. Mais aussi à chaque échange virtuel, passage obligé lorsque la distance nous empêchait de nous revoir aussi souvent que souhaité. Nous avions enregistré ensemble un épisode de My Rock Years en 2023, autour de Dylan et d’autres figures musicales de ses années d’initiation ; son retour enthousiaste après écoute du montage était porteur de projets communs, qui n’aboutiront malheureusement pas…
« Le bonheur, pour moi, c’est demain »
Malika, qui est plus que l’épouse de Francis, mais aussi sa force, son alter ego, sa partenaire, sa collègue, sa complice, son amour indéfectible, a écrit : « Ne faites pas de vos “plus tard” des “trop tard”. (…) Profitez de chaque heure de votre vie. » Comme elle a raison ! La disparition brutale de notre ami Francis nous rappelle à tous, simples mortels, que nous ne sommes que de passage sur cette planète. Comme le dit le bluesman américain D.K. Harrell, jeune mais déjà sage : « Il s’agit d’apprendre aux gens à profiter de chaque microseconde dont ils disposent, car elle peut leur être facilement retirée. Il y a assez de haine dans ce monde, alors pourquoi en rajouter ? Il y a vraiment du temps que nous n’avons pas. (…) Nous avons tous un but. Trouvez-le. Utilisez-le pour de bon. Lorsque vous découvrirez le talent que vous avez, qu’il s’agisse d’interviewer quelqu’un, d’être un musicien, un banquier, un chef cuisinier… faites-le avec de bonnes intentions, car votre temps sur cette terre peut se terminer comme ça, d’un seul coup. »
Francis disait : « Le bonheur, pour moi, c’est demain. »
Je souhaite à Malika, ainsi qu’à leurs enfants et petits-enfants, tout le courage nécessaire pour surmonter cette terrible épreuve. Nous garderons à jamais la mémoire d’un homme profondément et sincèrement sympathique, convivial, droit, travailleur, follement amoureux de sa femme, humble, érudit, attentionné, foncièrement gentil, naturellement hospitalier, bienveillant et chaleureux. On se reverra là-haut, Francis, et tu m’offriras une Orval bien fraîche pour m’accueillir. Marc Loison

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