
Depuis près de deux décennies Gráinne Duffy (pronconcez “graw-nya”) s’impose comme l’une des grandes figures du blues rock contemporain. Originaire de Castleblayney, cette artiste irlandaise puise dans ses racines celtiques pour proposer une musique où se mêlent blues, rock, soul et americana. Son dernier album « Dirt Woman Blues » a été salué par la critique musicale. À l’occasion de son passage à la Nuit du Blues de Cabannes, Sylvie Declas et Cédric Vernet sont allés à sa rencontre. Gráinne nous parle notamment de ses principales influences, de son évolution artistique et nous annonce en avant-première la sortie prochaine d’un nouvel album, qu’elle vient de finir d’enregistrer…
Gráinne, merci d’être avec nous. Ce soir, il y a deux groupes d’origine celtique sur scène : des Écossais avec King King et toi, d’Irlande. Est-ce que tu parles toi-même irlandais ?
Merci de m’accueillir. Oui, je parle un peu d’irlandais, mais je ne le parle pas couramment. En Irlande, il y a une région qu’on appelle le Gaeltacht, où on ne parle qu’irlandais. J’y allais souvent. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes apprennent la langue, et c’est magnifique à voir. Mais à mon époque, l’irlandais n’était pas encore redevenu “cool”, donc mon niveau est assez basique.
J’ai l’impression qu’on entend davantage, dans ta musique, cette influence mystérieuse qui évoque légendes et poésie, un peu comme chez Rory Gallagher et Gary Moore. Est-ce que tu ressens un lien particulier avec les musiciens qui ont des racines celtiques ?
Oui, j’adore les musiciens celtiques. On me dit souvent que je sonne comme Rory Gallagher, mais ce n’est pas quelque chose que je fais consciemment. Peut-être que ça vient du phrasé, ou d’une ornementation… quelque chose d’inné, propre à notre culture, qui sait ?
C’est dans ton sang, non ?
Oui, sans doute. Les gens perçoivent cette touche celtique, mais je ne pourrais pas l’expliquer précisément. C’est un mystère.
Quelles influences musicales ont le plus nourri ton âme d’artiste ?
Au départ, j’étais très influencée par Fleetwood Mac, surtout la période Peter Green et Christine Perfect. Puis je me suis tournée vers des artistes de blues comme B.B. King, Albert King, Stevie Ray Vaughan… Je suis aussi une grande fan de songwriting, donc Bob Dylan a eu une énorme influence sur moi. Et bien sûr, des groupes irlandais comme Thin Lizzy, Van Morrison, Sinéad O’Connor… Ils font tous partie de mon univers. J’ai aussi étudié la musique classique pendant trois ans, ce qui m’a donné une autre ouverture.

Enfant, tu chantais avec tes soeurs. La musique semblait occuper une place très importante dans ta famille. Quand as-tu décidé d’en faire ton métier ?
Oui, on avait un groupe avec mes soeurs, on jouait presque tous les week-ends. Mais elles n’aimaient pas les nuits blanches et m’ont dit : “Ce n’est pas une vie pour nous” Moi, j’adorais ça : être dehors le soir, rencontrer des gens, voyager… Et bien sûr, la musique elle-même. Pour être musicien toute sa vie, il faut aimer à la fois la musique et le style de vie. J’ai su vers mes 16-17 ans que je voulais être artiste.
Ta voix a légèrement changé depuis tes débuts, elle est moins proche de celle de Bonnie Raitt. Est-ce un signe de maturité ?
Oui, je le pense. Quand on est jeune, on cherche encore son style et les influences se sentent davantage. Avec le temps, on gagne en confiance et on s’affirme. Je suis ravie que tu le perçoives comme une évolution.
« Bonnie Raitt a modernisé
le blues de manière incroyable »
Bonnie Raitt a-t-elle été une influence pour toi ?
Énorme. Elle a modernisé le blues de manière incroyable. En faisant mon doctorat sur le blues, j’ai découvert des pionnières comme Sister Rosetta Tharpe, Memphis Minnie, Victoria Spivey… Bonnie a repris ce flambeau et l’a emmené vers le grand public.
Tu l’as rencontrée ?
Non, malheureusement. Elle était à Dublin récemment et j’avais demandé à la voir pour lui remettre une copie de ma thèse, mais son équipe a dit qu’elle était trop occupée ce week-end-là. J’ai demandé trop tard… Peut-être une autre fois.
J’ai l’impression que tes albums évoluent vers un son plus brut, plus rock. Est-ce l’effet de ta collaboration avec ton mari et guitariste Paul Sherry ?
Oui, c’est un mélange. J’adore les Rolling Stones, l’Allman Brothers, ce genre de son. Et Paul a ce côté plus rock. Comme on écrit beaucoup ensemble, son style se ressent. J’ai aussi collaboré avec des producteurs comme Mark Ford des Black Crowes, donc il y a sans doute un peu de cette influence aussi.
Comment écrivez-vous avec Paul ? Écris-tu surtout les paroles et la musique, ou composez-vous à deux ?
Ça varie. Parfois on part d’un riff ou d’un air à la guitare et on développe ensemble. D’autres fois, j’ai une chanson presque terminée sur mon téléphone, et on la finalise à deux. En général, la mélodie arrive en premier, puis les paroles.

As-tu des thèmes de prédilection pour tes textes ? Tes sources d’inspiration ont-elles évolué ?
Oui, et heureusement. Je ne pourrais pas rester coincée dans un seul style. Mon premier album était très blues, puis plus rock, ensuite un croisement country-blues, et récemment un peu plus americana. J’aime “picorer” des influences ici et là.
Pour ton album Voodoo Blues, tu as signé avec le label Blue Heart, qui a aussi sorti ton album suivant. Qu’est-ce que cela a changé pour toi ?
Ça nous a permis d’avoir plus de visibilité aux États-Unis et d’être invités à de grands festivals comme Telluride et Mammoth Festival. Nous allons aussi participer à la Blues Cruise, ce qui est une belle opportunité d’entrer sur le marché américain. En octobre nous allons jouer entre San Diego et le Mexique
Tu vas rencontrer beaucoup de gens là-bas ?
Oui, j’espère pouvoir croiser Taj Mahal sur le bateau. Ça serait un rêve.
Ton 5e et dernier album, Dirt woman blues, enregistré en Californie, est paru en 2023. Quand pouvons-nous espérer le prochain, sais-tu déjà quel sera son style et vas-tu renouveler l’expérience avec Chris Goldsmith et Mark Ford ?
Surprise : il est déjà enregistré ! On l’a terminé en janvier. On a travaillé à Los Angeles en plein milieu des incendies. Encore une fois avec Mark Ford et Justin Stanley à la production. À la batterie, Kenny Aronoff ; à la basse, Jorgen Carlsson de Gov’t Mule ; au piano, Peter Levin. Une équipe incroyable. L’album sortira à l’automne et devrait s’appeler What Am I Supposed To Do. Côté son, c’est un peu plus rock’n’roll.
Dis-nous en un peu plus sur ce disque …
Il contiendra 9 morceaux avec un fil rouge autour de la puissance féminine.
Y a-t-il des artistes, hommes ou femmes, avec qui tu aimerais collaborer ?
Oh oui. Lucinda Williams, que j’ai rencontrée récemment. Et bien sûr, des légendes comme Bob Dylan, Mick Jagger, Keith Richards… Mais aussi des artistes qui apportent une touche tex-mex, caribéenne, hawaïenne. J’adore mélanger les styles. Peut-être qu’un musicien français pourrait apporter quelque chose de nouveau aussi.
Merci beaucoup.
Merci à vous ! J’ai hâte de vous présenter le nouvel album !
En savoir plus sur Bluesactu.com
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
