
Guitariste et chanteur écossais, Dave Arcari occupe une place singulière sur la scène blues européenne. Spécialiste de la slide guitar, il développe depuis plus de vingt-cinq ans un jeu brut, répétitif et minimaliste, nourri par le Delta blues, le Hill Country blues et une énergie héritée du garage rock. Une approche directe, sans fioritures, portée par une voix rugueuse et un sens du groove très personnel.
Rencontré lors du 10e (et dernier !) festival Blues d’Automne en Rabelaisie à Beaumont-en-Véron, Dave Arcari évoque son parcours, la scène écossaise, le Brexit, son attachement à l’Europe et sa vision très libre du blues. Il revient également sur Steel Friends, son nouvel album enregistré, mixé et masterisé entièrement à la maison, en prise directe, sans production lourde. Un disque à l’image de ce musicien indépendant et attaché à l’artisanat musical.
🎙️ Dave Arcari en interview avec Marc Loison
Pouvez-vous nous dire quelques mots sur cet endroit, et aussi sur le fait que ce sera, cette année peut-être, la dernière édition, le dernier festival ?
Ah oui, c’est très triste que ce soit le dernier ! Mais j’espère que, peut-être, tel un phoenix, il reviendra !
Pouvez-vous nous dire quelques mots sur vous et sur la façon dont vous jouez seul ? Vous êtes juste comme un poisson dans l’océan sur scène… Comment vous vous comportez vous-même si simplement, comme vous le faites ?
Je suis terrifié ! (rires) Même si j’aime jouer avec un groupe, il y a une sécurité avec un groupe si quelque chose se passe mal… Mais mon timing est un peu étrange ! Ma performance, comme vous le savez peut-être, est erratique. Donc c’est en fait plus facile d’être seul, parce que je peux me planter tout seul et que personne ne le sait !
Donc vous ne mettez pas la sécurité avant la liberté ?
Oui voilà !
« Le Brexit, c’est de la merde. »
Ce n’est pas vraiment comme dans notre société de 2025 ! Actuellement, on mise tout sur la sécurité et peut-être que les libertés sont moins importantes. Comment vous vous sentez, avec votre musique, dans cette société aujourd’hui ?
Dans mes chansons, j’ai souvent des commentaires, souvent un peu cachés, mais pas si évidents… Et quand il s’agit de tournée, bien sûr, le Brexit c’est de la merde. En Écosse, nous voulons faire partie de l’Europe…

Mais vous avez voté pour ça, non ?
Pas nous, mais certains. Je pense que les gens qui l’ont fait ont ensuite réalisé qu’ils avaient fait une erreur, mais qu’ils n’étaient pas assez clairs pour comprendre que les politiciens leur mentaient. Ils se sont dit « aaaaah, OK, bonne idée ! » Et puis, ils ont compris. Nous espérons que, si l’Écosse accède à l’indépendance, nous reviendrons en Europe. Si l’Europe nous accueille…
Vous êtes le bienvenu chez moi en Normandie !
Merci ! Mais pour l’instant, nous ne pouvons rester que 90 jours sur chaque période de 180 jours en Europe. Donc peut-être qu’il faut avancer, avancer, avancer…
Est-ce facile de jouer la musique que vous jouez à Glasgow, en Écosse, en Grande-Bretagne ?
Il y a une très bonne scène musicale à Glasgow. Je pense même que c’est la meilleure de tout le Royaume-Uni !
Grâce à Mark Knopfler, grâce à Donovan… David Byrne ?
Oui, il y a une histoire, et aussi Frankie Miller. Mais même s’il existe beaucoup de lieux pour jouer et un réel intérêt pour la musique, le blues reste une petite niche. À Glasgow, on écoute surtout de l’indie, de la pop, un peu de rock. Le blues, c’est très marginal.
Du coup, j’essaie de ne pas dire que je fais du blues. On appelle ça le « baiser de la mort » : un vieil homme qui joue du blues… J’ai un pied dans le punk et le rockabilly, un pied dans la country et l’americana, une main ailleurs, et juste un peu de blues.
Mais est-ce vraiment important de définir un genre ?
En Grande-Bretagne, c’est moins important. En France, on labellise beaucoup, trop peut-être.
« Un blues un peu mal foutu. »
Si vous dites “je suis musicien, je chante, je joue de la guitare, je suis un artiste”, est-ce que ça suffit ?
Mon épouse Margaret Arcari s’occupe désormais des enregistrements. Elle dit que c’est du blues, mais un blues un peu mal foutu, avec des chansons originales. Elle préfère parler d’influences plutôt que de genre. Parce que trop souvent, les gens imaginent toujours le même cliché…

Qui sont les mentors, les bluesmen que vous aimiez écouter plus jeune et que vous écoutez encore aujourd’hui ?
En blues électrique, peut-être Peter Green, Danny Kirwan, le Fleetwood Mac des débuts. Ensuite John Lee Hooker, Lightnin’ Hopkins. Plus tard, la scène du Mississippi avec Jr Kimbrough, R.L. Burnside, Cedell Davis. Et avant eux Bukka White, Blind Willie Johnson, Mississippi John Hurt, Fred McDowell. Egalement T-Model Ford et tous les gars de Fat Possum.
Donc pas seulement du Hill Country blues, mais aussi du Piedmont blues ?
Oui. Et puis des amis comme Paul Jeremiah ou Catfish Keith. Roy Book Binder est devenu un ami très proche mais maintenant, je ne peux pas l’amener au Royaume-Uni. Nous devons aller le voir pour passer un peu de temps aux Etats-Unis avec lui.
Existe-t-il des artistes comparables à vous en Europe ou en France ?
On m’a parlé de Mathis Haug, de Björn Berge. Aux États-Unis, peut-être Scott H Biram. Mais je ne sais pas vraiment comparer.
Pouvez-vous nous parler de votre nouvel album, “Steel Friends” ?
Il a été financé via Kickstarter, une campagne qui a très bien fonctionné. Ce sont toutes mes propres chansons. Cette fois, j’ai tout fait moi-même : j’ai joué, enregistré et mixé les morceaux tout seul. J’ai aussi fait le mastering moi-même. C’est donc une production complètement indépendante, faite à la maison.
J’ai déjà enregistré certains albums chez moi auparavant, mais on allait ensuite en studio pour le mixage. Là, c’est la première fois que tout est fait à la maison, à part le pressage. L’album existe aussi en vinyle. Tout est acoustique, et tout a été enregistré en une prise. C’est donc un peu comme du live, mais en studio. Ce n’est pas parfait mais ce n’est jamais parfait pour moi !
Le blues n’est pas parfait, la vie non plus !
Je pense que c’est une bonne collection de chansons. Ça représente ce que je fais d’une manière plutôt… douce.
Un dernier mot pour les auditeurs ?
Je pense que les gens qui écoutent Blues Actu Radio ne sont pas seulement en France, ils sont partout dans le monde. Et la meilleure chose, c’est toujours de venir voir un concert en live. Si ce n’est pas possible, écoute sur CD ou en vinyle. Et puis, si tu veux, tu peux aussi passer par Spotify ou le streaming.
Toutes mes dates de concert sont sur mon site web !
Merci, Dave Arcari ! Merci beaucoup !
Merci !
Pour en savoir plus sur Dave Arcari, visitez son site officiel
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