Bo Weavil en interview “Le blues est un état d’âme”

Photo de Bo Weavil avec sa femme Noushka

Avec son huitième album Shadows, Bo Weavil nous convie à un voyage tout en couleurs, où le blues se conjugue avec une palette de nuances allant du rock au funk, en passant par le reggae. Il confirme qu’il est un artiste sans concession, qui fait vivre le blues et refuse de l’enfermer dans un musée. Blues Actu a pris son plus beau pinceau pour tenter de dresser le portrait d’un musicien singulier, qui nous surprend un peu plus à chacun de ses albums.

🎤 Bo Weavil en interview

Disons que depuis une douzaine d’années, je n’ai jamais eu l’impression de faire autre chose que mon blues. Un blues mâtiné de différentes influences, dont les accents latins, mais pas seulement. Le disque précédent, A Blessing In Disguise, était un disque de confinement, donc confiné. Je le souhaitais aussi doux que possible, à écouter bien au chaud chez soi alors que la tempête bat son plein dehors. Je crois que cet album reflète parfaitement l’état d’âme dans lequel j’étais à l’époque : ce désir de voyage et de soleil, ce désir de “vacances” que je n’avais pas prises depuis au moins une dizaine d’années. C’était pour moi une nécessité vitale de faire ce projet, surtout en cette période si particulière.

Avec le nouvel album Shadows, mon état d’esprit n’est plus du tout le même. L’époque est devenue bien plus sombre encore, les beaux jours sont de toute évidence derrière nous, il faut batailler pour survivre et le combat est âpre. Je souhaitais produire un album qui te rentre dedans, qui te secoue, mais sans blesser. Donc plus rock ! Plus funk, plus soul !! Avec évidemment toujours le blues en arrière-teinte.

C’est davantage le funk et le rock qui m’ont inspiré et que j’ai mis en avant, mais également le reggae qui, selon moi, est une autre forme de blues, inspiré par la soul américaine des années 60. L’idée était de concevoir un album orchestré en jouant moi-même la quasi-totalité des instruments. Je me suis donc remis ardemment à la basse, que je ne joue qu’en studio.

À chaque nouvel album, je me donne un nouveau challenge. Pour celui-ci, c’était de faire le maximum par moi-même. J’avoue, c’était aussi motivé par des raisons financières évidentes…

J’ai toujours été passionné par la musique. En famille, alors que j’étais enfant, on écoutait de tout, vraiment de tout : les musiques du monde, dont le blues, mais aussi les musiques traditionnelles indiennes et africaines, le rock (The Beatles, The Police, Nina Hagen), la pop (Michael Jackson, Prince), le funk (James Brown, Sly & The Family Stone), le reggae (Bob Marley, Toots & The Maytals), de la folk (Bob Dylan) et même parfois de la musique classique. Et aussi, en moindre proportion, de la chanson française, bien que je sois très difficile sur le sujet. Peu sont les artistes français qui me touchent… Je nomme toutefois ici Gainsbourg, Bashung, Rita Mitsouko et surtout Higelin, que j’admire absolument. Auteur-compositeur multi-instrumentiste génial, je l’écoutais beaucoup enfant. Il y en a d’autres, mais ils ne sont pas très nombreux.

Vers l’âge de six ans, je voulais devenir batteur de rock, j’adorais Ringo Starr. Mais comme nous habitions en ville et que “la batterie, ça fait trop de bruit !”, on m’a offert des tablas pour mon anniversaire, mon tout premier instrument. J’ai même suivi des cours de tablas auprès d’un maître indien. Authentique !

J’ai débuté la guitare vers l’âge de neuf ans, mais je m’y suis vraiment mis à fond qu’à l’adolescence. Puis je me suis enfin mis à la batterie, pas autant que je le souhaitais… On déménageait souvent ! La batterie n’a pas suivi.

Né dans une famille de musiciens sur plusieurs générations, je connaissais la difficulté qu’est de vivre de sa musique. Vers l’âge de quinze ans, je m’étais dit que je préférais garder cette passion intacte et ne pas en faire mon métier. Je savais également qu’en en faisant mon métier, je perdrais inévitablement, probablement, mon écoute naïve et passionnée de mélomane. Je me suis donc d’abord destiné à suivre une voie professionnelle technique dans le son et la lumière.

Je m’étais fait voler ma guitare vers l’âge de dix-sept ans, ce qui avait mis momentanément un terme à mon apprentissage de l’instrument. C’est alors que je me suis mis assidûment à l’étude de l’harmonica, que j’ai très rapidement maîtrisé, aidé en cela par J.J. Milteau. Il était un ami de mes parents, j’ai pu facilement l’approcher et prendre quelques cours avec lui à l’époque.

À l’approche de la vingtaine, la vie ne m’a pas fait de cadeau… Période particulièrement sombre. J’étais totalement dépressif et sans aucune conviction quant à un choix professionnel. Un beau jour, ma destinée m’a rattrapé : Lee Ketcham “Hallyday” m’a convaincu de devenir musicien professionnel. Il voyait bien que depuis l’enfance la musique était intégrante de ma personnalité. Il trouvait dommage de ne pas exploiter ce don naturel et me l’a exprimé avec force et conviction.

Il m’a offert une nouvelle guitare, m’a redonné courage et confiance en moi. Il m’a poussé à étudier la musique, ce que j’ai fait en intégrant en 1992 l’école du CIM à Paris, école de jazz aujourd’hui disparue. J’y ai appris quelques notions d’harmonie et de structure musicale qui m’ont été utiles, mais je suis surtout, d’abord et avant tout, un musicien autodidacte. Les cours de solfège, je les ai survolés, il n’en reste plus rien aujourd’hui. Je n’en ai jamais eu besoin.

C’est toutefois dans cette école que j’ai fait la rencontre de ceux avec lesquels j’allais monter mon tout premier groupe de blues et c’est ainsi que tout a commencé. J’ai un temps déménagé à Lyon : c’est là-bas que j’ai fait mes tous premiers concerts, en solo, déjà en one-man-band. Puis je suis ensuite remonté à Paris durant l’hiver 1994-95. J’avais 22 ans, j’avais un pseudo de scène en poche, déjà Bo Weavil. On a commencé à tourner ensemble avec Vincent Talpaert (contrebasse, batterie). Puis tout est allé très vite…

Et l’enfance s’est éloignée…


« Dur, dur la culture, pas facile tous les jours. »


Hahaha… Je lui dirais que finalement la passion reste intacte avec les années et qu’elle s’accentue même avec la pratique. Je pense que le gamin, tout timide et réservé que j’étais, s’il avait pu imaginer ma vie de musicien, serait bien étonné et impressionné. Mais toute médaille a son revers, et le gamin que j’étais ne l’ignorait pas. Sur ce sujet, il/je ne se/me trompais pas ! Dur, dur la culture, pas facile tous les jours !! Je n’ai connu que ça et l’ai toujours su, que c’était un énorme labeur pour une bien maigre pitance. Mais que le jeu en vaut finalement la chandelle ! De toute façon, les dés étaient jetés dès le départ, le choix était restreint, je n’ai jamais su faire que ça, de la musique.

C’est une image, bien sûr. Une métaphore. Le blues est un état d’âme, mais c’est bien une couleur qui a donné son nom au genre. Donc, dans ma logique, à chaque état d’âme sa couleur : le rouge évoque la passion amoureuse et le sang de la violence, qui se traduit selon moi par le rock.

La couleur ocre serait cette couleur douce et chaleureuse que m’évoquent les 70’s et le son de la soul et du funk (I Want You Right Back, Roll In Soul Out) ou le desert blues africain. Le vert, la couleur de la forêt, de la végétation, serait la couleur de la joie et du bien-être que m’évoquent les rythmes reggae (Fly Away Home, It’s Going ’Round).

Mais ce sont bien les ombres de l’actualité, le gris de ses guerres infâmes et le rouge du sang qui coule depuis quelques années, qui ont donné le ton général de l’album, avec notamment le titre Shadows On The Lands, qui raconte la guerre vue des yeux d’un enfant.

Je suis hanté par un cauchemar depuis tout petit : un bâtiment en ruines, consumé par les flammes, une terre brûlée jonchée de carcasses fumantes de voitures carbonisées, et des parents absents car disparus, et moi bébé qui crie et pleure, assis sur le capot d’une voiture. Ce n’est qu’un très mauvais rêve, mais il me hante depuis ma tendre enfance, j’en ai un souvenir intact, effroyable. Je l’ai traduit dans ma chanson.

Concernant l’écriture, il n’est pas de règles que je connaisse. Il m’arrive parfois de passer un ou deux ans sans écrire une seule chanson. Et puis parfois, il y a un déclic et alors ça devient une urgence, une nécessité. Il m’arrive alors d’écrire plusieurs chansons en une semaine. De façon générale, j’aime écrire quand je suis seul et isolé, confortablement installé dans le canapé plutôt qu’assis à un bureau, avec ma guitare acoustique pour seule compagne. L’esprit libre et vagabond.

Concernant la production technique, j’ai eu la possibilité récemment de rafraîchir mon système de home-studio. Mon précédent système datait d’il y a vingt ans, il était plus que temps. On trouve aujourd’hui des outils d’une incroyable qualité, certes onéreux, mais bien moins que ce que coûtait le matériel professionnel du son par le passé. Reste à savoir comment l’utiliser : ça m’a pris un peu de temps pour m’adapter à ce nouvel environnement technique.

J’ai donc entrepris d’abord la production de maquettes, élaborées de façon ultra-minimaliste : une boîte à rythmes en guise de clic, avec juste une guitare prise à l’emportée, une voix et un harmonica pour les parties riffs. En bref, mes chansons interprétées comme en live, sans fioritures.

J’ai ensuite fait venir Martin Piveteau, un excellent batteur “tous styles” qui habite près de chez moi, en Vendée. Il a simplement joué sur mes maquettes comme il l’aurait fait en live. Je suis donc ensuite reparti de la batterie uniquement et j’ai enregistré tous les instruments et les voix : les basses, les guitares… Les riffs façon “cuivres” et les sons de “claviers” ont été joués à l’harmonica, que j’ai simplement passé par des effets Leslie pour donner cette couleur d’orgue. J’ai développé seul tous les arrangements.

J’ai ensuite fait venir John-Joe Murray en séance, il a joué quelques plages de violons sur certains morceaux. En utilisant la technique de l’overdub, on a créé une orchestration de violons. J’avais déjà travaillé avec lui sur le précédent album. Un excellent musicien, John-Joe, et un bon ami. Mon ami Yvan “Don” Tamayo est venu poser quelques percussions, notamment des congas. Nous avons déjà collaboré ensemble sur plusieurs précédents albums.

Et cerise sur le gâteau, c’est Nouschka, ma compagne dans la vie et sur scène, qui a joué des percussions et chanté l’ensemble des chœurs de l’album, parfois accompagnée par Mathilde Lucas et John-Joe sur certains titres.

Je me suis ensuite chargé du mixage, qui fut assez long. Si j’ai déjà réalisé plusieurs de mes albums, c’est la première fois que j’effectue le mixage entièrement seul. Généralement, cette étape se fait en binôme. Cela comporte des avantages et des inconvénients. La réalisation en est plus longue, mais plus proche de ce qu’on souhaite vraiment obtenir en termes de production. Désormais, je préfère travailler de cette manière, on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même.


« J’ai grandi dans des maisons qui abritaient des studios d’enregistrement »


J’ai grandi dans des maisons qui abritaient des studios d’enregistrement, c’est un endroit qui m’est en effet très familier. Mon premier boulot, sorti très tôt du système scolaire vers l’âge de dix-sept ans, était de travailler comme assistant ingénieur du son. J’y ai beaucoup appris. Mais c’est aussi un univers très difficile. On ne voit pas l’extérieur, on vit constamment à la lumière électrique, on est coupé du monde. On respire de l’air conditionné en permanence, on est soumis à des horaires de travail épouvantables, des séances de dix heures de suite, parfois plus, de jour comme de nuit, en faisant les trois-huit. Un studio pro, c’est ouvert 24/24 et 7/7. C’est épuisant !

Je me suis tapé des séances de zouk à n’en plus finir pendant des semaines entières. Quand on travaille dans un studio, on ne choisit pas la musique sur laquelle on travaille. J’ai vite compris que ce n’était pas fait pour moi, que je préférais être musicien et faire ma propre musique.

Par contre, travailler chez soi, dans un univers que l’on choisit et en faisant exactement ce qu’on a envie de faire, quand on a envie de le faire, c’est ultra-kiffant ! Et là, on ne compte plus les heures et peu importe le temps qu’on y passe, du moment qu’in fine on obtienne le résultat souhaité.

C’est une chanson que j’ai composée il y a longtemps. C’était au moment où le pays était en guerre ouverte, vers 2012. Elle évoque plus globalement les malheurs de l’Afrique de l’Ouest, la violence de son passé colonial et la terreur islamiste actuelle, qui nuit gravement à l’émancipation de ses peuples et de leurs cultures.

Je l’avais déjà enregistrée, sous un nom différent, mais je n’étais pas satisfait de l’enregistrement de l’époque. C’est un morceau qui a toujours très bien fonctionné sur scène, j’aime bien le riff. Je trouvais vraiment dommage que la première version ne fût pas assez aboutie. J’ai donc décidé de le réenregistrer, en développant davantage l’idée générale du morceau.

J’ai voyagé, mais mon immense regret est de ne pas avoir pu aller au Mali. Un de mes rêves est de voir Tombouctou et plus généralement le Sahel. C’est aujourd’hui devenu impossible, et c’est un grand malheur pour moi. J’admire absolument les artistes mandingues que sont Ali Farka Touré et Toumani Diabaté. Mon rêve était d’aller à la rencontre des griots du Mali. Il me reste l’espoir de pouvoir y aller un jour, peut-être.

Ce qui m’a inspiré pour cette chanson, c’est aussi le blues touareg dont Tinariwen est le groupe le plus célèbre. Je suis un fan de la première heure de ce groupe. En intégrant des touches de reggae dans leur musique, ils ont trouvé une manière qui leur est propre de jouer du blues. Car pour moi, c’en est bel et bien. Je ne comprends pas les paroles en tamasheq, mais le sentiment que cette musique m’évoque est bien celui du blues. D’ailleurs, c’est le terme que les Touaregs utilisent pour désigner leur musique : desert blues, ou tout simplement guitare blues.

Oui, absolument ! Je trouve dommage qu’on oublie parfois, trop souvent, que les influences caribéennes ont depuis toujours inspiré les musiciens qui façonnaient leurs genres depuis le début de l’ère du blues et du jazz. Ainsi d’ailleurs que la musique hawaïenne a inspiré l’utilisation du slide. Et ce pour la simple raison que, dans les années 1930, les disques qui se vendaient le plus aux États-Unis étaient les disques de musique cubaine et hawaïenne.

La proximité géographique de la Nouvelle-Orléans avec les îles des Caraïbes et le métissage créole de toute la région est également évidente. L’écoute des musiciens que sont J.B. Lenoir en duo avec Fred Below en atteste, le son “jungle” de Bo Diddley découle directement de la clave ghanéenne, devenue la base de la musique cubaine. Ou encore Snooks Eaglin, chanteur de rue de la N-O, qui mêlait régulièrement les sonorités de guitare espagnole et des accents de funk à son blues. Le funk étant d’ailleurs un genre né à la N-O. Je pense également à John Lee Hooker et son duo avec Carlos Santana : les titres qu’ils ont enregistrés ensemble, avec cette couleur caribéenne, m’ont également beaucoup inspiré, notamment sur l’album A Blessing In Disguise.

J’aime dire que selon moi le blues serait tel un arbre magnifique aux multiples branches. Dans ses racines se trouvent les cultures musicales ancestrales venues d’Afrique mais aussi d’Europe, sans oublier les racines amérindiennes dont sont également issus de nombreux bluesmen. Les branches représentent toutes les évolutions musicales qui ont pour source le blues et le jazz, et elles sont incroyablement nombreuses, diverses et variées.

Cet arbre a évolué et continue d’évoluer de façon surprenante : la magie du rythme syncopé et de la pentatonique a fait son œuvre et a conquis nombre de musiciens et de mélomanes. Ses branches ont traversé les frontières pour venir jusqu’à chez nous par le biais du disque. Une invention formidable !

Je n’oublie pas les racines. J’ai longtemps juré que par elles. Cependant, j’avoue qu’aujourd’hui j’aime passer d’une branche à l’autre de cet arbre tentaculaire et tenter de participer humblement à créer ma propre branche, ou en tout cas mes propres feuilles. C’est une nécessité dans ma démarche artistique : trouver un son qui m’est propre.


« Le blues est à l’image de l’homme et de sa nature »


Oui, bien sûr ! D’un côté, des paroles mélancoliques et des rythmes lancinants ; de l’autre, des paroles au sens caché, métaphores coquines ou ayant trait au sexe, et un rythme évoquant la danse et la fête. Le blues est à l’image de l’homme et de sa nature, il en est le reflet, dans toute la dualité qui le caractérise.

J’adore écouter des artistes comme Jimmy Reed, par exemple, où tous les morceaux se ressemblent : même tonalité, même tempo, et on reste quand même dans le flow. C’est vrai pour de très nombreux autres bluesmen d’ailleurs.

Mais j’ai une préférence pour la variation. Dans une journée, on n’est pas toujours de la même humeur tout du long. Enfin, vous, je ne sais pas, mais pas moi en tout cas ! Je considère qu’à chaque humeur correspond une musique différente, selon l’heure de la journée ou la situation.

Je n’ai pas délibérément décidé de faire une suite de tableaux sur cet album, mais l’image me plaît bien. Ce qui est important, c’est que les images qu’évoquent mes chansons soient cohérentes entre elles. Je crois qu’avec mon album, c’est le cas. Les couleurs sont différentes, mais la patte reste la même sur l’ensemble.

Mes textes sont pour l’essentiel vécus et expriment mes rages et passions. La vie, l’amour, la mort, voilà ce dont parlent mes chansons. Comme la plupart des chansons, en réalité. L’idée que je cherche à creuser dans cet album, c’est l’ouverture d’esprit. Nous vivons dans un monde ouvert et qui avance sans cesse, c’est factuel. Et l’ouverture d’esprit n’est en aucun cas une fracture du crâne. Nous sommes tous frères et sœurs humains, et nous n’avons qu’une seule et même maison, notre chère planète. Nous ferions bien mieux de nous rassembler tous ensemble, de retrousser nos manches et de nous occuper de nettoyer notre maison du mal qu’on lui a fait plutôt que de se diviser de façon aussi absurde sur des questions d’ethnicité, de foi, de régime alimentaire, d’orientation sexuelle, de statut social ou que sais-je encore… Wokiste, moi ? Oui, probablement… J’assume ! Utopiste ?! Indéniablement !

J’ai toujours eu un esprit rebelle. Ceux qui divisent, ceux qui veulent contrôler, ceux qui exploitent autrui ou qui voudraient cantonner les gens à des cases bien distinctes, je les méprise, pour parler poliment. Tout cela apparaît, implicitement ou explicitement, dans les textes de mes chansons.

C’est Olivier Faure (Les Sessions Olinfact) qui a écrit ces quelques simples mots me concernant pour “habiller” une vidéo qu’il a récemment réalisée de mon projet. J’ai trouvé en effet que c’était assez juste et que ça sonnait bien, je l’ai conservé dans ma bio.

Dans le métier, on est souvent contraint d’écrire soi-même les bios de présentation de nos projets. Or c’est un exercice épouvantable que de parler de soi à la troisième personne. Je n’aurais jamais trouvé seul cette phrase, pourtant si simple, mais qui définit finalement assez bien ma musique.

En effet, mon papa est celui qui m’a donné le goût du blues. Il m’a fait découvrir le blues de Charley Patton, Leadbelly, Son House, Sonny Terry & Brownie McGhee, Big Bill Broonzy et Mississippi John Hurt, mais aussi de Clapton et de ZZ Top. C’est lui qui m’a donné le goût de la guitare et du banjo old-time, qu’il joue d’ailleurs fort bien encore aujourd’hui. Également violoniste, il joue dans un registre country, bluegrass et folk irlandais.

Il m’a également appris l’anglais et m’a souvent aidé à comprendre les paroles des chansons que je voulais chanter, à une époque où il n’y avait pas Internet pour connaître les paroles d’une chanson comme aujourd’hui.

Comme il est également luthier, il m’a fabriqué une guitare sur mesure qui est devenue ma guitare principale sur scène et lors de l’enregistrement de l’album Shadows. Parfois, il me suggère des textes que je mets en musique. J’ai déjà des chansons co-signées ensemble prêtes pour le prochain album, d’ailleurs.

Ma passion pour les musiques funk, reggae et soul me vient davantage de ma maman, Emmanuelle Parrenin, qui affectionne particulièrement les musiques dansantes. Nous dansions beaucoup à la maison quand j’étais jeune.

Si elle évolue en tant qu’artiste dans un genre musical très différent du mien, un registre folk-progressif et électro, nous avons régulièrement joué et chanté ensemble depuis toujours. Je sais m’adapter à son genre musical très particulier et personnel. Un genre très modal, comme peut l’être le blues, mais avec des gammes différentes inspirées notamment par les musiques des pays d’Europe de l’Est. C’est également avec elle que j’ai découvert les musiques des îles : Buena Vista Social Club, Cesaria Evora

Fort de ces deux influences culturelles majeures, les piliers de mon éducation musicale, je me suis construit ma propre identité musicale.

Quand j’aime intensément une musique, j’ai les poils qui se dressent sur les bras, la chair de poule qui court le long de l’échine. Il m’arrive même parfois de lâcher quelques larmes, non pas de tristesse, mais d’émotion, dans une forme de satisfaction libératrice. Récemment, j’ai revu le film musical West Side Story, c’est d’une beauté… J’en ai pleuré tout du long !

C’est une sensation qui ne trompe jamais. Lorsqu’on a le frisson et la larme à l’œil, c’est que c’est du bon !! J’adorerais que les auditeurs ressentent cela à l’écoute de ma musique.

Propos recueillis par Cédric Vernet pour Blues Actu, novembre 2025.


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par Cédric Vernet

Président et rédacteur en chef de Blues Actu

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