
Après 28 années passées à sillonner les routes avec Awek, Bernard Sellam est revenu en force avec son nouveau projet, The Boyz from the Hood. Avec un second album, Barnyard Boogie, aussi élégant que percutant, il prouve que le rhythm’n’blues vintage a encore de beaux jours devant lui. Entouré d’une formation solide et d’invités prestigieux, il nous parle de son parcours, de ses choix artistiques, et de sa passion intacte pour le blues. Rencontre avec un artisan du son vintage, mais bien vivant !
Bonjour Bernard ! Ton premier album avec The Boyz from the Hood a été très bien accueilli par le public et la critique. Après ta longue expérience avec Awek, tu dirais que le pari est réussi ?
Salut Cédric. C’est une expérience très différente de l’aventure Awek qui a duré 28 ans. Démarrer un tel projet après le Covid et dans une période de récession budgétaire dans la culture était un challenge. Mais les efforts ont payé. Il faut se battre beaucoup plus pour jouer. Il a fallu recommencer tout à zéro. Mais l’enjeu en valait la chandelle.
Ce deuxième album « Barnyard Boogie » arrive dans les bacs… À ce propos, tu peux nous expliquer le titre du disque ?
La meilleure traduction serait le Boogie de la basse-cour. C’est le titre du 1er morceau du disque. Mais c’est aussi un jeu de mot avec Bernard. Mes beaufs américains m’appellent Barnyard pour me chambrer.

On retrouve ce son 50’s qui est votre marque de fabrique mais avec une production plus soignée, des sonorités plus abouties. Tu peux nous parler un peu de cette signature sonore que tu as cherchée à obtenir avec ce disque ?
La signature sonore est présente aussi sur scène. Le point de départ c’est la batterie des années 60 de Julien Bigey et la basse Harmony d’Eric Church Léglise qui d’ailleurs sonne presque comme une contrebasse. Ensuite je joue vraiment à l’ancienne : la Gibson ES 234 de 1971 directe dans un Band Master et bien sûr sans aucune pédale d’effet. Avec ça, ce n’est pas si compliqué de créer au mixage un son vintage. Mais je n’ai pas voulu non plus sonner comme un enregistrement Chess des années 50. C’est juste le ressenti qui rappelle les vieux enregistrements.
« J’ai coécrit au moins un titre avec
chaque membre du groupe »
Tu as écrit 11 des 14 titres. Y a-t-il un fil rouge, un thème qui relie ces compositions ?
Le fil rouge c’est de ne pas sortir du style. Et ce n’est pas si difficile puisqu’il y a plein de variations dans la musique Rhythm’n’Blues. Le seul morceau borderline, c’est Everything Will Be Alright avec un groove caraïbe qui pourrait (j’en serais flatté) être dans le répertoire de James Hunter. Mais rappelle-toi qu’il y avait beaucoup de morceaux mambo dans les vieux BB King. J’ai coécrit au moins un titre avec chaque membre du groupe.
Tu as sorti l’artillerie lourde sur deux morceaux avec un big band de 14 musiciens ! Comment as-tu réussi ce challenge un peu fou ?
J’ai le plaisir de jouer avec deux saxes (David Cayrou et Franck Mottin) qui connaissent et jouent parfois avec la crème des cuivres du sud-ouest. Tout le monde est venu jouer gratuitement, par amitié et aussi parce que le projet leur a plu. J’en ai aussi profité pour appeler mon frère, Philippe Sellam qui est saxophoniste et qui lui aussi a joué avec du beau monde depuis 4 décennies.

Cette section de cuivres, tu vas l’amener avec toi sur scène ?
J’aurai cette grande formation à mes côtés au Cahors Blues Festival le 10 juillet prochain.
Gilles Arcens a signé les arrangements : comment as-tu collaboré avec lui ?
Gilles Arcens est un arrangeur très coté et un vieux copain. Il a écrit les arrangements de ces deux morceaux pour 14 musiciens. Quand tu bosses avec un tel talent, tu laisses faire et ça sonne. On a répété peut-être deux fois chaque titre en big band avant d’enregistrer.
Il y a aussi des amis sur ce disque… Damien Daigneau (piano), Thierry Ollé (piano), Manu Lochin et David Mimey (saxes)… tu nous en dis quelques mots ?
Il y a un acteur essentiel à cet album qui ne joue pas de musique mais qui est dans l’univers du Blues depuis longtemps, c’est Jean-Luc Suarez qui a coproduit l’album. Jean-Luc a été enthousiasmé par le projet dès le départ. Il m’a énormément soutenu et nous avons beaucoup échangé pour élaborer cette production.
Les saxes Manu Lochin et David Mimey ont joué sur scène avec nous. Franck, notre sax ténor, a collaboré avec Damien Daigneau sur plusieurs projets dont Money Makers. J’avais fait venir Damien sur l’album Long Distance d’Awek. Thierry Ollé, je le connais depuis plus de 35 ans et j’ai joué et enregistré avec lui un paquet de fois.

Tu as eu 28 ans de tournée avec Awek puis ce nouveau projet qui montre que ton énergie est toujours intacte : qu’est-ce qui te motive encore ?
J’ai commencé la musique à 15 ans. En gros je ne sais faire que ça. Si je m’arrête, je vais déprimer parce que je n’ai pas d’autres centres d’intérêts dans la vie. Mais surtout, je suis avec une équipe de musiciens avec qui ça joue terrible, avec qui je rigole. Il faut voir l’ambiance dans le van ou dans les loges.
« Je n’ai jamais cherché à révolutionner le style »
Tu as été, comme beaucoup d’entre nous, le témoin de l’évolution du blues depuis quelques dizaines d’années. Quelle est ta perception de ce style aujourd’hui en France et dans le monde ?
Le Blues a toujours évolué. L’essentiel c’est qu’il soit encore là et qu’il y ait un public pour ce genre de musique. Je n’ai jamais cherché à révolutionner le style. J’aime plutôt les vieilleries. Je n’écoute pas Joe Bonamassa par exemple. (rires…)
L’album sort le 10 juillet au Cahors Blues Festival. Comment ça va se passer ce concert ?
C’est une aventure de plus. Et c’est très excitant. Cette fois-ci, nous serons 10 sur scène. Ce qui est considéré comme un big band. Il a fallu écrire des arrangements et c’est David Cayrou qui a pris la plume mais aussi et encore Gilles Arcens. Il y aura de brillants musiciens comme Nicolas Gardel (trompette), Thierry Ollé (piano), Philippe Sellam (sax alto), Guillaume Ceretto (trombone), Simon Barrere (trompette). On va jouer des morceaux de l’album mais aussi d’autres chansons. Je suis très heureux de jouer en grande formation.
Après ce “Barnyard Boogie”, tu prévois déjà un volume 3, un live, une tournée ?
Nous avons une tournée d’été avec que des festivals. Nous étions il y a quelques jours à Vache de Blues. On n’a pas encore planifié de nouvel album. Mais ça serait logique d’en faire un d’ici 2027. D’autant plus que le studio Vibrasson où nous avons enregistré appartient à notre sax ténor Franck Mottin qui met le studio à disposition. Mais le prochain événement sera l’arrivée du vinyle qui est prévue fin juillet.
📸 Photos : Frédéric Lemé et Karo Achten
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