
Avec Promised Land Blues, son nouvel album en duo acoustique, Guy Verlinde s’associe au jeune pianiste Tom Eylenbosch, musicien prodige âgé de seulement 24 ans. Ensemble, ils plongent au cœur du blues, explorant toutes ses nuances et rendent un hommage émouvant à Tiny Legs Tim, l’un des pionniers du blues belge, disparu en 2022.
Blues Actu est allé à la rencontre de cet artiste incontournable de la scène blues européenne.
Bonjour Guy. Ton nouvel album aborde des thèmes critiques comme dans « Tears Over Gaza » et « World Goin’ Wrong ». Qu’est-ce qui t’a inspiré pour écrire ces chansons ?
Bonjour Cédric. Pour moi, la chanson « Alabama Blues » de J.B. Lenoir est très importante. Elle m’a appris à être humble et reconnaissant, car grâce à elle, j’ai pu construire une carrière dans le blues, alors que de nombreux artistes afro-américains n’ont jamais pu vivre de leur musique. Initialement, je souhaitais enregistrer cette chanson, mais il m’a semblé plus juste de créer ma propre version contemporaine. Ainsi est née la chanson « Tears Over Gaza », une dénonciation des injustices subies par le peuple palestinien à Gaza.
En tant qu’artiste, il est crucial de ne pas rester sourd ou aveugle à ce qui se passe dans la société. Par le passé, de nombreuses belles chansons ont été écrites sur des thèmes d’actualité. Aujourd’hui, nous vivons dans un monde où, pour la première fois depuis longtemps, les gens s’inquiètent véritablement de la guerre et de l’avenir. J’ai voulu capturer ce sentiment dans la chanson « World Goin’ Wrong ». La paix est devenue fragile, et nous devons en être conscients. Mais nous avons aussi le pouvoir de la préserver et de la renforcer.
Vous avez réarrangé acoustiquement des morceaux comme « Do That Boogie » et « Reckonin’ Blues ». Pourquoi as-tu choisi de les revisiter ?
« Do That Boogie » est un blues simple en 12 mesures. Je l’ai joué dans de nombreuses versions différentes. Cette chanson est un hymne personnel pour moi, car elle illustre l’essence même du blues. Avant de recourir aux médicaments ou d’aller voir un psychologue, essayez d’abord d’écouter du bon blues ! Cela vous donnera la force de vous sentir mieux. J’ai enregistré ce morceau comme un blues swing uptempo sur mon album « X », mais dernièrement, je le joue comme un shuffle uptempo. D’où cette nouvelle version.
J’ai enregistré « Reckonin’ Blues » en 2012 sur l’album « Blood For Kali ». Depuis, la chanson a énormément évolué et il m’a semblé pertinent d’enregistrer cette version contemporaine. Le thème, à savoir le réchauffement climatique, est également plus actuel que jamais.
« Hard to Admit » est un hommage à Tiny Legs Tim. Que représentait-il pour toi et quel est son héritage aujourd’hui ?
Tout amateur de blues devrait découvrir la musique de Tiny Legs Tim. Pour moi, ses albums « Melodium Rag » et « Elsewhere Bound » sont deux classiques du blues que chacun devrait avoir dans sa collection. En outre, Tim a influencé toute une jeune génération de musiciens de blues belges. Il leur a montré la voie et leur a transmis son savoir-faire. Beaucoup lui doivent énormément.
Comment décrirais-tu ta relation musicale avec Tom Eylenbosch ?
Tom Eylenbosch est l’un des jeunes loups de la scène blues gantoise. Non seulement il est très talentueux, mais il a aussi une grande envie de progresser. Tom a ce don d’entendre exactement où il peut ajouter quelque chose à mes chansons blues. C’est comme s’il colorait naturellement la chanson avec son piano ou son banjo, sans trop réfléchir. Tom est au début d’une grande carrière, et je suis heureux de l’accompagner dans ses premiers pas.

Tom est influencé par des légendes comme Jerry Lee Lewis et Dr. John. Comment ces influences se marient-elles avec ton style ?
Il n’y a pas beaucoup de pianistes en Europe qui ont commencé avec le blues et le rock & roll. Souvent, ils y viennent plus tard. Mais c’est la première chose que Tom a apprise à jouer. Bien qu’il n’ait que 24 ans, il joue cette musique depuis toujours. Ainsi, il ne se contente pas de reproduire des riffs, il les a faits siens et a créé un style unique. Tom est un pianiste de blues dans l’âme, et cela s’entend dans son jeu.
Le Belgian Blues Award 2024 pour ton duo avec Tom est une belle reconnaissance. Que signifie cette distinction pour toi ?
Gagner le Belgian Blues Award est une belle reconnaissance pour la scène blues belge. Je suis dans ce milieu depuis un moment, et je suis heureux d’avoir été récompensé dès la première édition de ce prix. En plus de la reconnaissance, cela apporte une valeur promotionnelle supplémentaire. Cela génère davantage de visibilité et de concerts. Je suis très heureux d’avoir reçu ce prix.

Avec « Promised Land Blues », tu explores de nouveaux horizons tout en restant fidèle à tes racines. Où te voies-tu musicalement après cet album ?
Sur mes trois derniers albums, « All Is Forgiven », « Standing In The Light Of A Brand New Day » et « Live At Minard », j’ai un peu quitté la voie du blues pour me concentrer davantage sur l’Americana, le bluegrass et les genres singer-songwriter. Mais le blues restera toujours mon grand amour. Je pense que cet album marque le début d’un nouveau chapitre blues. Avec mon groupe The Artisans of Solace, nous jouons de plus en plus de morceaux de blues, et je sens que dans le futur, je me concentrerai principalement sur le blues, comme je l’avais fait avec mon précédent groupe The Mighty Gators.
As-tu des projets en cours, comme de nouvelles collaborations ou des tournées à venir ?
Pour 2026, je souhaite tourner avec un nouveau groupe de blues à part entière. J’espère également pouvoir à nouveau beaucoup tourner en France. J’ai de très beaux souvenirs de l’époque où je jouais régulièrement en France.
