
Révélée au monde du Blues par sa signature chez Ruf Records, Ally Venable est née le 7 avril 1999 à Kilgore (Texas). Le 26 juillet dernier, sur la scène principale du festival de Brezoi, livrant une prestation énergique, portée par sa voix et surtout par un jeu de guitare particulièrement incisif, elle a une nouvelle fois confirmé qu’elle était l’une des figures montantes du blues-rock américain. Elle est à (re)découvrir sur la scène des Grosses Guitares à Vaugneray (69) le 19 septembre. Un concert à ne pas louper !
Après les Britanniques de Burning Rope et avant Dawn Tyler Watson, Ally Venable se produisait en power trio sur la scène principale. Parmi les temps forts de son concert, Feel That Sting, extrait de son dernier album Money & Power, résume bien sa capacité à mêler puissance, groove et tempérament blues. Cette prestation confirme qu’Ally Venable a désormais toute sa place sur les grandes scènes européennes. Quelques heures plus tôt, elle s’était confiée avec enthousiasme et simplicité sur son parcours et sa musique. Un grand merci à Denis Carpentier pour les photos qui illustrent l’article.
🎤 Ally Venable en interview avec Marc Loison
Ally Venable est une guitariste, chanteuse et autrice-compositrice américaine née au Texas. Révélée très jeune sur la scène blues-rock, elle s’est distinguée par son énergie, son jeu de guitare, sa voix puissante et une présence scénique remarquable. Influencée par Stevie Ray Vaughan, Johnny Winter et Susan Tedeschi, elle mêle blues, rock sudiste et rock moderne. Dès l’adolescence, elle a beaucoup tourné aux États-Unis et en Europe, partageant la scène avec de grands noms du blues. Ses derniers albums, Heart of Fire, Real Gone et Money & Power, reflètent une évolution vers un son plus affirmé et personnel. Aujourd’hui, Ally Venable est considérée comme l’une des figures montantes du blues-rock international et l’une des guitaristes les plus prometteuses de sa génération.
Bonjour Ally, qu’ajouterais-tu à cette présentation ?
Ce sont des mots très gentils et c’est vrai. J’aime tout simplement jouer de la guitare et je me sens vraiment en phase avec la musique blues, plus particulièrement avec le jeu de guitare propre à ce genre. Je ressens quelque chose de fort quand je l’écoute ou quand je le joue. C’est comme un prolongement de moi-même, de qui je suis.
Je suis très reconnaissante de pouvoir jouer cette musique et, je l’espère, de créer un lien avec ceux qui en ont besoin à un moment donné. C’est ce que j’ajouterais.
Tout a commencé très tôt. Quel conseil de musicien t’a semblé absurde lorsque tu avais 16 ans, mais s’est révélé juste quelques années plus tard ?
Ma musique a indéniablement évolué depuis mes débuts. Parfois, je repense à cette époque afin de me rappeler pourquoi je joue de la guitare et pourquoi je fais de la musique. Quand on court partout, que tout le monde vous évalue, que l’on reçoit beaucoup de compliments, on peut finir par se perdre un peu.
Il est important de garder les pieds sur terre et de se rappeler pourquoi on a pris une guitare en main au départ. Au fond, il ne s’agit presque jamais uniquement de moi. Tout tourne autour des gens qui m’entourent, de mon équipe et surtout du public, qui a vraiment besoin de musique.
Nous avons tous besoin de musique pour nous sentir bien, créer des liens et nous rassembler. C’est pourquoi il est très important pour moi de me replonger dans mes débuts. Cela fait maintenant un moment que je fais ce métier, même si d’autres le font depuis bien plus longtemps que moi. C’est ce que j’ai appris au fil de ces années de carrière.

Ta guitare semble parfois être un personnage à part entière. Si elle pouvait te répondre après un concert, que dirait-elle le plus souvent ?
Elle dirait : « C’était un sacré concert ! »
Tu incarnes une nouvelle génération du blues. Quelles sont, selon toi, trois règles du blues qu’il faut absolument respecter et celle qu’il est urgent de transgresser ?
Il faut comprendre d’où vient le blues. C’est une forme d’art musical américaine. Il faut faire des recherches sur les origines de cette musique et sur les raisons pour lesquelles on la joue. J’apprends constamment à ce sujet.
Il est important de rendre hommage à tous les guitaristes et musiciens qui nous ont précédés. C’est vraiment essentiel pour moi. Il faut aussi éviter de tricher ou de faire semblant sur scène. Il faut être authentique. C’est tout l’intérêt du blues : il met les musiciens à nu. On est là, sur scène, et on se livre tel que l’on est.
C’est une autre règle à suivre : être authentique et rester fidèle à la musique que l’on joue au sein de ce genre.
Quant à la règle qu’il faudrait transgresser, ce serait peut-être celle qui freine l’évolution de la musique. Il faut trouver un équilibre entre l’hommage aux origines et l’affirmation de sa propre personnalité et de sa propre contribution. Il s’agit de savoir comment mettre tout cela en valeur.
Il faut faire évoluer la musique et y intégrer des éléments extérieurs au blues pour la transformer. Il faudrait aussi organiser davantage de jam sessions et essayer de nouvelles choses avec d’autres musiciens.
C’est tout l’intérêt du blues : il met les musiciens à nu.
Veux-tu dire que le blues se nourrit de sa propre descendance et qu’à la suite de cette évolution, il devient un nouveau blues ?
Oui. Je pense que toutes les musiques découlent du blues. Si l’on écoute du R&B, du hip-hop ou du rock, le blues est vraiment à la racine de bon nombre de ces genres.
Il faut essayer d’intégrer davantage au genre des éléments qui ont du sens pour soi. Cela permettrait de briser les codes.
On te compare souvent à Stevie Ray Vaughan ou à Susan Tedeschi. Y a-t-il d’autres artistes, peut-être moins évidents, qui ont profondément influencé ton jeu ?
Jimi Hendrix est bien sûr une influence majeure. Il y a aussi Stevie Ray Vaughan et Susan Tedeschi, mais les musiciens que je croise régulièrement dans les festivals ou au sein de notre scène musicale m’inspirent également.
Je pense à Shemekia Copeland, Kenny Wayne Shepherd, Joanne Shaw Taylor ou encore Katie Henry, qui est également chez Ruf Records. Il y en a tellement, comme Bernard Allison.
Il existe énormément d’artistes actuels dans notre genre qui m’inspirent et que j’adore observer. Je trouve passionnant de suivre leur évolution en tant qu’artistes, leur vision du blues et ce qu’ils souhaitent apporter au genre.

Tu dégages une énergie incroyable sur scène. Y a-t-il une chanson que tu appréhendes encore aujourd’hui et qui t’oblige à sortir de ta zone de confort ?
J’essaie de ne pas jouer de morceaux avec lesquels je ne me sens pas à l’aise ou en confiance sur scène. Chaque fois que nous ajoutons un titre au répertoire, nous le répétons afin de nous assurer qu’il est au point avant de monter sur scène. Il n’y en a donc pas vraiment.
Je n’appréhende jamais de monter sur scène. Je n’ai jamais peur de jouer un morceau, car la scène est mon élément, l’endroit où je suis heureuse. J’adore jouer avec mon groupe, avec Isaac Pulido et EJ Bedford, et j’aime créer de la musique avec eux.
Je n’appréhende donc pas vraiment l’idée d’interpréter une chanson sur scène. Les répétitions sont importantes aussi. C’est bien de pouvoir répéter lorsque nous en avons le temps.
Est-ce que tu dors avec ta guitare ?
Non, je ne dors pas avec elle, mais elle m’accompagne partout où je vais.
Pourrais-tu nous dire quelques mots à propos de Thomas Ruf, le fondateur de Ruf Records, qui t’a accordé sa confiance et a accompagné ton parcours ?
Je connais Thomas Ruf depuis le tout début de ma carrière. Je suis très reconnaissante de l’avoir rencontré et d’avoir travaillé avec lui pour bâtir mon parcours jusqu’ici. J’ai encore beaucoup de musique à sortir avec lui.
J’aime vraiment travailler avec Thomas Ruf. C’est agréable de savoir qu’il y a quelqu’un comme lui qui croit en moi, qui me laisse libre dans ma musique et qui possède plus de trente ans d’expérience dans ce genre musical.
Le label Ruf Records a été fondé autour de Luther Allison, une véritable légende du blues. Thomas Ruf a également aidé beaucoup d’artistes avant moi. C’est quelqu’un de formidable. Nous avons accompli énormément de choses et beaucoup évolué en très peu de temps. J’ai hâte de voir ce que nous pourrons réaliser dans les années à venir.
Si tu pouvais inviter un guitariste, vivant ou disparu, à enregistrer un morceau avec toi, qui choisirais-tu et pourquoi ?
Faire quelque chose avec Jimi Hendrix serait incroyable. C’est l’incarnation même du jeu à la guitare. Il a inspiré tant d’artistes et de guitaristes au fil du temps.
Il nous a quittés, mais sa musique perdure. Elle continue d’inspirer, génération après génération. Mon objectif, à travers ma musique, est de faire découvrir la guitare et le blues au public. J’espère que ma musique pourra avoir le même effet sur les gens. Enregistrer avec Jimi Hendrix serait donc incroyable.
Ally Venable en 2046 : qu’aimerais-tu que l’on dise de toi ? Une excellente guitariste, une grande chanteuse, une compositrice remarquable ou autre chose ?
J’aimerais que l’on dise que j’ai été bienveillante envers les gens, que ma musique les inspire et les aide à surmonter les épreuves qu’ils traversent. C’est ce que je voudrais laisser aux gens.
Si tu pouvais emprunter la machine à remonter le temps de Marty McFly et revenir au premier jour où la jeune Ally Venable a pris une guitare en main, que lui dirais-tu ?
Je lui dirais : « Prépare-toi ! »
Je travaille actuellement sur un nouvel album avec Kenny Wayne Shepherd.
Quels sont tes projets et tes ambitions pour la suite ? Un nouvel album, une tournée mondiale ou un genre musical que tu n’as pas encore exploré ?
Je travaille actuellement sur un nouvel album avec Kenny Wayne Shepherd. C’est lui qui le produit. Nous avons écrit l’intégralité de l’album ensemble à Nashville et nous sommes en train de le finaliser.
Je suis très enthousiaste à ce sujet. C’était un vrai plaisir de travailler avec Kenny Wayne Shepherd. J’ai le sentiment qu’il comprend parfaitement la direction que je souhaite prendre. C’est une qualité essentielle pour un producteur.
Il possède aussi cette oreille de guitariste, cette sensibilité propre à l’instrument que je cherche justement à capturer. Pour l’écriture et l’interprétation, d’après ce que j’ai entendu jusqu’ici, je trouve que l’album atteint un niveau supérieur. C’est du jamais vu pour moi, tout en restant fidèle à mon identité.
Kenny Wayne Shepherd a parfaitement su guider le projet. C’est donc un projet majeur sur lequel nous travaillons. Je compte bien sûr continuer à faire des tournées, à jouer dans des festivals comme celui-ci et à inspirer les gens grâce à ma musique.

Le Brezoi Open Air est devenu un rendez-vous incontournable pour les amateurs européens de blues. Qu’est-ce qui rend ce festival particulier par rapport aux autres ?
Ce festival a accueilli tant d’artistes incroyables qui ont contribué à le bâtir au fil des ans. J’ai aperçu en coulisses une photo d’Eric Gales, qui est venu ici à plusieurs reprises. Kenny Wayne Shepherd va également jouer ici. Le festival vient aussi d’annoncer le retour de Joe Bonamassa et de Beth Hart pour 2027. Il y a donc beaucoup d’excellents artistes et de très bonne musique.
Ce qui le distingue, c’est aussi qu’il se déroule ici, en Roumanie. C’est un festival en plein air où l’on croise des gens très variés, venus de tout le pays et du monde entier.
C’est particulièrement important pour des artistes comme moi qui cherchent à se faire connaître. Cela m’offre une belle visibilité auprès d’un nouveau public. C’est pour cela que l’expérience est différente et unique.
Quel message aimerais-tu transmettre aux lecteurs français qui apprécient déjà ta musique ou à ceux qui vont te découvrir aujourd’hui ?
Peu importe d’où l’on vient, notre apparence ou nos croyances, il existe une chose capable de nous rassembler tous : la musique.
Discographie
- 2013 : Wise Man, indépendant. Premier EP de sept titres, enregistré à 14 ans.
- 2015 : Train Wreck Blues, indépendant. Deuxième disque, encore très marqué par le blues texan.
- 2016 : No Glass Shoes, Connor Ray Music. Premier véritable album, classé à la 16e place des RMR Electric Blues Charts.
- 2018 : Puppet Show, Connor Ray Music. Un virage plus blues-rock.
- 2019 : Texas Honey, Ruf Records. Son arrivée chez Ruf Records, avec une deuxième place au Billboard Blues Albums.
- 2021 : Heart of Fire, Ruf Records. Un disque plus mature et personnel, avec la participation de Kenny Wayne Shepherd.
- 2023 : Real Gone, Ruf Records. Produit par Tom Hambridge, avec Buddy Guy et Joe Bonamassa.
- 2025 : Money & Power, Ruf Records. Son album le plus récent, avec Christone “Kingfish” Ingram et Shemekia Copeland.
- 2027 : nouvel album à venir, enregistré et produit à Nashville par Kenny Wayne Shepherd.
En savoir plus : allyvenableband.com

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