Retour sur trois soirées mémorables au Lucerne Blues Festival

Sur les rives du lac des Quatre-Cantons, le Lucerne Blues Festival 2025 a une nouvelle fois réuni quelques-unes des plus belles formations de la scène blues internationale. Trois grandes soirées au Casino de Lucerne, entre jump-blues, Chicago Blues, soul-blues texan et jeunes pousses prometteuses. Blues Actu y était et vous raconte !

👉 Lire aussi notre interview de Martin « Kari » Bruendler, Président du Lucerne Blues Festival

Sur la huitaine de jours que compte le festival, outre les trois brunchs à l’hôtel Schweizerhof, un concert gratuit tard le mercredi et les concerts dédiés aux sponsors, trois soirées payantes sont proposées au public dans la grande salle du Casino. Avec ses dimensions généreuses, longée par un couloir permettant restauration et discussions animées, parsemée de multiples écrans pour ne pas perdre une miette de ce qui se passe sur scène – et ce jusque dans le hall / espace merchandising – les conditions sont optimales pour le public et les artistes.

Les fins de soirées (parfois jusque 3 h du matin) ont lieu au Casineum, salle légèrement plus petite mais magnifiquement bâtie en théâtre à balcon panoramique, idéalement conçue pour une vision directe sur la scène. Ce sont les trois soirées de la salle principale que je vous propose ici.

Skyler Saufley

Skyler Saufley se présente en jeune et élégant représentant d’un jump-blues années 40-50 revigoré, avec une Anita Fabiani talentueuse au piano, Abdell B Bop à la contrebasse impeccable et Denis Agenet aux fûts, diablement efficace et attentif. L’affaire est rondement menée par le jeune guitariste (il a l’âge du festival) largement inspiré par T-Bone Walker et consorts, mais ne dédaignant pas puiser chez Jimmy Reed ou le rock’n’roll primal. Un set sans temps morts avec quelques facéties bienvenues, le tout avec délicatesse et talent. Bravo !

Un musicien concentré jouant de la guitare sur scène, sous des lumières dynamiques, lors d'un festival de blues.
Photo : Aigars Lapsa

Kid Ramos & Brian Templeton featuring Johnny Ramos

Brian Templeton est un fabuleux chanteur empli de soul qui prêche le gospel et éructe le blues avec autorité, mais qui peine à couvrir le volume d’un Kid Ramos très volubile à la guitare, même lorsqu’il assure ses parties de rythmique. Le fils Johnny Ramos évolue avec panache dans un style raffiné évoquant Richie Valens, au chant placé haut et clair et à la guitare alerte et percutante. Avec l’organiste habité Dave Limina et sa rythmique basse-batterie (Mike Turturro et Stephen Hodges) d’une puissance de feu, le band a offert une fin de concert apocalyptique et étourdissante qui laissera de belles traces chez chacun !

Un musicien portant un grand chapeau et des lunettes de soleil joue une guitare électrique lors du Lucerne Blues Festival 2025.
Photo : Aigars Lapsa

Rosewood Soul feat. Sean « Mack » McDonald, Stephen Hull, Xavier Shannon

Avec autorité et une aisance impériale, Sean McDonald prend sans contestation la direction des opérations, suivi de près par un Stephen Hull d’une belle décontraction et un Xavier Shannon plus réservé, mais au jeu de guitare convaincant, même s’il n’atteint pas les sommets stratosphériques de ses congénères. Deux petits tours dans la salle, des solos déchirants, une énergie de chaque instant, des échanges hilarants et inspirés avec une joie complice, une sollicitation régulière du public, une culture blues assise avec des références chez Albert King ou Albert Collins : tous les ingrédients sont réunis pour ces trois tout jeunes bluesmen qui ont vu le jour entre 1997 et 2001. Réunis en concept « Rosewood Soul » par Eddie Stout de Dialtone Records, voilà qui constitue une prodigieuse rencontre avec le présent et le futur du blues !

Un artiste chante avec passion sur scène, vêtu d'une chemise colorée, tandis que des lumières vives illuminent l'arrière-plan.
Photo : Aigars Lapsa

Matthew Skoller & Chicago Wind feat. Precious Taylor

Matthew Skoller se montre copieux à l’harmonica et au chant – normal pour un leader –, mais on aurait aimé entendre davantage l’excellent guitariste Tom Holland. Les classieux Melvin « Pookie Styx » Carlisle à la batterie, Felton Crews à la basse et Tim Gant aux claviers assurent une assise précieuse et absolument parfaite. Si la filiation vocale n’est pas évidente, la nièce de Koko Taylor, Precious Taylor, assure idéalement au chant et son attrayant jeu de scène n’est jamais pris en défaut. C’est au final une excellente prestation « Classic Chicago Blues » qui nous est proposée. Un excellent moment !

Un artiste chante avec un harmonica, tandis qu'une chanteuse l'accompagne au microphone, tous deux sur scène avec un éclairage coloré en arrière-plan.
Matthew Skoller et Precious J Taylor – Photo : Aigars Lapsa

Dallas Soul Revue with the Texas Horns feat. Tutu Jones, Captain Jack Watson & Gregg A Smith

Les fabuleux Texas Horns sont à l’honneur durant tout le set : sax baryton pour John Mills, sax ténor pour Mark « Kaz » Kazanoff, trompette pour Al Gomez. C’est le tout jeune et discret Xavier Shannon qui assure à la six-cordes, devant l’invariable Michael Weston à la basse et l’imperturbable Damien Llanes à la batterie. Se succèdent trois légendes de Dallas et de ses environs, trois vocalistes hors pair. Johnny B Livingstone aka Tutu Jones assure un passage des plus électriques, ne laissant que peu de répit aux photographes pour immortaliser sa prestation déchaînée au chant véhément et à la guitare suramplifiée. Flanqué d’un costume scintillant « à la Rufus Thomas » et d’une casquette chuckberriesque, le facétieux Captain Jack Watson laisse le souvenir d’un chanteur soul-blues habité, appréciant particulièrement les réactions enthousiastes d’un public complice. Gregg A Smith, le vétéran des trois (né en 1951), propose un jeu de scène plus posé mais un chant soul puissant des plus excitants. Les deux derniers reviendront pour un final dantesque ; le public en redemande…

Un chanteur de blues charismatique, vêtu d'un costume noir orné de motifs floraux, interprétant sur scène avec passion sous des lumières brillantes.
Photo : Aigars Lapsa

BB & the Blues Shacks feat. Knockout Greg

Né en Allemagne, le band des frères Arlt fait un malheur partout depuis plus de 36 ans. C’est sans doute le meilleur blues band européen actuel – tous sous-styles compris – qui se présente à Lucerne avec son énergie et sa joie de partager diablement communicatives. Michael Arlt (chant, harmonica), Andreas Arlt (guitare), Fabian Fritz (claviers), Henning Hauerken (basse et contrebasse) et Andre Werkmeister (batterie) sont un band plus que soudé. Ils sont tous les cinq tendus vers le même but : promouvoir un répertoire tour à tour dansant ou relaxant, entre accents à la BB King et incisions profondes.
La cerise sur le gâteau fut la participation du Suédois Knockout Greg (chant, harmonica, guitare) pour quelques titres souvent inspirés de l’immense et regretté Sven Zetterberg, dans une parfaite symbiose avec les Allemands, distillant un blues-soul à la fois émouvant, souverain et héroïque. Un must !

Un guitariste en costume bleu joue de la guitare sur scène, tandis qu'un chanteur en costume noir interprète un morceau de blues. En arrière-plan, un musicien avec une trompette et plusieurs guitares sont visibles. L'ambiance est festive avec des lumières scintillantes.
Photo : Aigars Lapsa

Austin John Band

Austin John Doody aime Otis Rush et le blues baraqué et gorgé de feeling. Une fort belle prestation, dynamique et moderne, avec un band qui pulse à chaque instant, dont Arjuna Contreras, le batteur costaud, gagnerait à optimiser son énergie. Henri Herbert au piano et Jimmy Sutton à la contrebasse sautillent, soutiennent, exultent dans un set blues – lorgnant vers un rock séminal – brillant et sans répit. Une prestation accomplie et remarquable !

Un guitariste joue sur scène pendant qu'une chanteuse s'approche de lui avec un micro, créant une ambiance intense au concert.
Photo : Aigars Lapsa

Jerry Portnoy’s Chicago Blues All-Stars feat. Bruce Katz & Rusty Zinn

Il a foulé une scène européenne pour la première fois à Juan-les-Pins en 1974, au sein de l’orchestre de Muddy Waters. À 82 ans, légèrement voûté et le geste lent, mais toujours alerte au chant et à l’harmonica chaleureux, Jerry Portnoy en impose encore. Sourire et partage, c’est dans un mood classique que l’excellentissime Bruce Katz aux claviers, le polyvalent Rusty Zinn à la guitare, Jessy Williams à la contrebasse et Kenny « Beedy Eyes » Smith aux fûts (fils du légendaire Willie, compagnon de Muddy) instillent leurs belles envolées et nous replongent dans les plus belles heures du Chicago Blues électrique de l’immédiate après-guerre. Classique et intemporel…

Un artiste en train de jouer de l'harmonica sur scène, souriant et vêtu d'un costume, avec des lumières colorées en arrière-plan.
Photo : Aigars Lapsa

Vanessa Collier feat. Laura Chavez

Le clou de la soirée, et peut-être même du festival entier ! La jeunesse et la fougue de Vanessa Collier, terriblement ardente au saxophone et impériale au chant, ne se départit pas d’un sourire communicatif et sait faire monter la tension avec une explosivité impressionnante. L’autre versant du quartet est l’exceptionnelle Laura Chavez, l’une des rares guitaristes aptes à mêler rythmique et solo dans toutes ses interventions, dotées d’un bon volume et avec un feeling gros comme ça, pour dynamiser encore le show. Avec l’impressionnant Byron Cage (batterie) et l’excellent et olympien Justice Guevara (basse), l’osmose est absolument totale dans le groupe. Tous ont intégré que l’énergie de chacun peut offrir une dimension cosmique au spectacle. La complicité des deux jeunes femmes est évidente et spontanée. Présentés par Vanessa Collier avec grâce et force détails, les titres s’enchaînent comme en un tourbillon. Le public a été unanime pour leur offrir un véritable triomphe !

Une musicienne jouant du saxophone sur scène avec des lumières colorées en arrière-plan.
Photo : Aigars Lapsa

Une trentième édition du Lucerne Blues Festival qui aura parfaitement tenu ses promesses ! Détenant l’expérience et la culture blues au service d’une programmation parfaitement équilibrée, brillante et pertinente, l’équipe animée par Martin « Kari » Bruendler saura convaincre les festivaliers amateurs de vrais et beaux sons blues qu’il FAUT absolument venir à Lucerne en 2026, pour la 31e.

Tous les détails : https://www.bluesfestival.ch

Live report – Lucerne Blues Festival
📆 13 au 16 novembre 2025
📍 Casino de Lucerne (CH)
📷 Aigars Lapsa



En savoir plus sur Bluesactu.com

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

par Marc Loison

Animateur radio depuis 1983 (Sweet Home Chicago depuis 1992), chroniqueur Blues (Soul Bag depuis 2005), guitariste "lefty", Marc Loison est un passionné de Blues de longue date. Ses interviews dans l'émission sont nombreuses et variées.

Laisser un commentaire

HTML Snippets Powered By : XYZScripts.com

En savoir plus sur Bluesactu.com

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture