Neal Black en interview « Le blues est un genre fascinant »

Guitariste texan installé depuis longtemps sur la scène européenne, Neal Black fait partie de ces musiciens américains qui font vivre le blues sur la route, au contact direct du public. Avec Neal Black & The Healers, il développe depuis des années un blues nourri de racines américaines, d’électricité rock et d’un goût marqué pour l’écriture. Son nouvel album Number 3 Monkey, attendu le 27 mars 2026, prolonge cette trajectoire avec dix compositions originales et quelques hommages assumés aux grandes figures du blues.

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Enregistré entre deux dates de tournée européenne, l’album reflète l’énergie d’un groupe soudé, où la spontanéité et l’interaction entre les musiciens restent essentielles. Neal Black revient pour Blues Actu sur la genèse de ce nouveau disque.

🎙️ Neal Black en interview avec Cédric Vernet

Ton nouvel album Number 3 Monkey sort le 27 mars 2026. En quoi marque-t-il une étape différente par rapport à tes précédents albums avec The Healers ?

Chaque album recèle de nouvelles idées musicales, mais je m’efforce aussi de préserver l’identité de Neal Black & The Healers et de la maintenir cohérente pour les fans qui connaissent déjà notre musique, tout en espérant séduire un nouveau public.

Le titre de l’album est intrigant. Que signifie « Number 3 Monkey » ?

Le singe numéro 3 est celui qui n’a pas pu monter dans l’arche de Noé. Comme Noé ne pouvait emmener que deux animaux de chaque espèce, sa vie fut plus difficile que celle des deux premiers singes. Ce singe avait le cafard, et cette chanson fait de nombreuses références à cette idée : être si près du bonheur, mais rater le coche.

Sur cet album, tu as écrit 10 des 12 titres. L’écriture était-elle plus instinctive que d’habitude, ou au contraire plus réfléchie ?

C’est toujours un peu des deux. Il est rare que j’écrive une chanson entière d’une traite. Je travaille constamment sur de nouvelles chansons et, généralement, je ne les termine qu’au moment de les enregistrer en studio. J’aime ça, le résultat final est plus spontané.

Un homme avec une guitare électrique, affichant un sourire confiant, avec du texte en arrière-plan indiquant 'Neal Black & The Healers' et des personnes invitées. L'image présente également un cercle informatif sur l'album.

Tu rends hommage à Skip James et Robert Wilkins. Qu’essayes-tu de transmettre en les utilisant ?

Ce sont deux artistes importants des racines du blues et j’ai toujours inclus deux ou trois chansons de musiciens de blues authentiques sur mes albums. Je pense que c’est important de le faire, peut-être pour susciter l’intérêt d’un nouveau public et l’inciter à découvrir l’histoire des origines du blues.

En résumé, que représente le blues pour toi aujourd’hui, en 2026 ?

C’est un genre fascinant, avec tant de styles et de nuances de blues différents, tant d’artistes, jeunes et moins jeunes, qui puisent encore leur inspiration dans le blues… Je trouve ça génial !


« J’essaie de faire une musique que le public appréciera »


Sur l’album, on retrouve un bel équilibre entre la guitare électrique et le dobro slide acoustique. Comment parviens-tu à créer cette complémentarité dans tes arrangements ?

Pour enregistrer un album, j’essaie de faire une musique que le public appréciera, mais il est tout aussi important que ce soit un album que j’aie moi-même plaisir à écouter. J’essaie de me mettre à la place de l’auditeur, et lorsque j’écoute un album entier d’un autre artiste, j’aime y entendre un large éventail d’influences musicales tout en conservant l’identité de l’artiste.

Tu dis souvent qu’une chanson peut être le « meilleur ami » de quelqu’un. Écris-tu d’abord pour toi-même, ou en pensant à ceux qui écouteront tes morceaux ?

J’écris pour moi-même et pour l’auditeur, en essayant de créer quelque chose qui devienne un ami, une musique qu’on puisse garder en tête et dans son cœur quand on en a besoin.

L’album a été enregistré pendant les pauses de ta tournée européenne, en France et en Belgique. Ta façon d’écrire est-elle différente lorsque tu es loin de chez toi ?

Pas vraiment. Je ne suis pas souvent à la maison, alors peut-être que sortir de la routine quotidienne est bénéfique pour la créativité.

Le fait de travailler en dehors des studios habituels, sur de courtes périodes entre deux concerts, change-t-il ta façon de jouer ou de chanter ?

Oui, cela change la façon dont tous les musiciens interagissent, car nous sommes prêts à jouer dès que nous entrons en studio. Nous savons que le temps est limité et nous n’enregistrons généralement chaque morceau qu’une ou deux fois pour éviter que l’émotion ne devienne froide et trop calculée.

Un musicien assis sur une chaise en bois, fumant une cigarette et tenant une guitare, dans une ambiance sombre avec des bougies et des bouteilles en arrière-plan.

Tu as collaboré avec des artistes comme Nico Wayne Toussaint, Janet Martin et Flo Bauer. Comment ces collaborations ont-elles été décidées ?

Je travaille avec Nico depuis de nombreuses années sur différents projets et c’est mon harmoniciste préféré. C’est un musicien incroyable, capable de tout faire musicalement, que ce soit en studio ou en concert. Je suis honoré de l’avoir comme collègue et ami proche depuis tant d’années. Flo Bauer fait partie de la nouvelle génération d’artistes de blues que je respecte énormément. Il est extrêmement talentueux comme guitariste, chanteur et compositeur, et c’est un artiste très important pour l’avenir de ce genre musical. Janet Martin est une bonne amie et nous avons travaillé ensemble à de nombreuses reprises sur des tournées en Europe. C’est une excellente guitariste slide et une excellente chanteuse.

Il y a aussi Manu Lanvin, avec qui tu as co-écrit une grande partie de l’album Man on a Mission. Comment s’est passée cette collaboration ?

J’ai travaillé avec Manu sur 4 ou 5 de ses albums, et c’est toujours vraiment cool de collaborer avec lui. Nous avons beaucoup de points communs musicalement et il y a une alchimie naturelle d’idées qui se produit lorsque nous travaillons ensemble.


« Il s’agit avant tout de mettre son ego de côté »


Qu’est-ce que cela change pour toi d’écrire pour d’autres ? Cela modifie-t-il ton processus d’écriture personnel ?

J’adore travailler avec des artistes de tous les styles musicaux. Récemment, j’ai collaboré en studio avec Joyce Tape (chanteuse et bassiste africaine), Laly Meignan (actrice française), Enzo Cappadona (jeune guitariste de blues français), Sand & Folks (musique roots avec Sandy Goube à la guitare et au chant), et bien sûr avec Manu Lanvin, Fred Chapellier et de nombreux autres musiciens. C’est très enrichissant pour moi et cela me permet d’explorer d’autres horizons, de sortir de ma propre mentalité. Il s’agit avant tout de mettre son ego de côté et de se mettre au service de la chanson et de la musique pour obtenir le meilleur résultat possible pour l’artiste.

Avec Abder Benachour, Mike Lattrell et Denis Palatin, The Healers forment un groupe très soudé. Quel est le rôle du collectif dans l’identité de ce nouvel album ?

Oui, Abder est avec moi depuis plus de 13 ans et avant cela, il a joué avec Fred Chapellier pendant de nombreuses années. Mike Lattrell (ex pianiste de Popa Chubby) travaille avec moi depuis au moins 15 ans et notre relation musicale est très naturelle et confortable. Et bien sûr, nous avons d’excellents batteurs qui travaillent avec nous : Denis Palatin, Guillaume Destarac… Avec tous ces musiciens, il y a une excellente alchimie sur scène, mais aussi une camaraderie et un respect mutuel en dehors. Vu les longues heures que nous passons en tournée, c’est facile de continuer à travailler ensemble.

Sur scène, comment Number 3 Monkey va évoluer par rapport aux versions studio, et que souhaites-tu faire ressentir au public lors de cette nouvelle tournée ?

Nous avons joué plusieurs chansons du nouvel album lors de concerts au cours de l’année écoulée et la réaction du public est excellente. Bien sûr, jouer en direct a ses limites car on ne dispose pas toujours de tous les musiciens qui étaient présents lors de l’enregistrement en studio, mais c’est un défi intéressant de réarranger les chansons pour les concerts !


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par Cédric Vernet

Président et rédacteur en chef de Blues Actu

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