
Avec Edged in Blue, paru en septembre 2026, Dónal Gallagher raconte la vie de son frère Rory Gallagher, des premières scènes aux tournées internationales. En voyage en Irlande, nous en avons profité pour partir sur ses traces à Dublin et à Cork, le livre dans nos bagages.
Frère et manager de Rory Gallagher, Dónal Gallagher a partagé son quotidien pendant toute sa carrière. Dans Edged in Blue: A Rock ’n’ Roll Odyssey with Rory Gallagher, écrit avec Jamie Dickson (rédacteur en chef du magazine Guitarist) et publié chez Red Stripe Press, il revient sur leur enfance, les années Taste, la vie sur la route et les dernières années du guitariste.
En Irlande, on comprend vite la place que tient Rory Gallagher. Sa légende s’est construite avec sa six-cordes, mais aussi par son lien avec le public. Dans sa préface, Joe Bonamassa décrit un héros de la classe ouvrière, qui donnait une voix aux gens ordinaires et rassemblait au-delà des divisions politiques, sociales et musicales. À Dublin comme à Cork, son nom revient sur les plaques, les façades et dans les musées.
Dublin, premier arrêt
Né à Ballyshannon et élevé à Cork, Rory Gallagher a aussi ses hommages à Dublin. À Temple Bar, on s’arrête au Rory Gallagher Corner : une reproduction de sa Stratocaster est accrochée au mur. Inauguré en 2006 en présence de The Edge, cet hommage se trouve au cœur du quartier musical de Dublin. Il faut lever les yeux pour l’apercevoir.

À quelques pas, sur Curved Street, l’Irish Rock ’n’ Roll Museum Experience raconte le rock irlandais depuis Temple Bar. Derrière les belles façades des pubs, on répète et on enregistre aussi. Installé dans le complexe du Button Factory et des studios de Temple Lane, le musée partage ses murs avec des salles de répétition et d’enregistrement. Pendant la visite, on croise des musiciens venus répéter. L’histoire continue de s’écrire.

Phil Lynott et Thin Lizzy occupent une belle place dans le parcours, avec des basses, des vêtements de scène et des souvenirs personnels confiés par sa mère, Philomena Lynott (dont la statue de cire trône dans le musée). Dans le studio Apollo, on découvre l’imposante console Neve à 72 voies. C’est aussi dans ces studios qu’ont été tournées les scènes d’enregistrement de Once.
Les objets exposés pourraient être plus nombreux, mais les lieux et les histoires racontées avec passion par notre guide font l’intérêt de la visite. On y retrouve les grandes figures du rock irlandais, de Sinéad O’Connor à U2 ou The Cranberries, dans les salles où la musique se fait encore aujourd’hui.

L’espace consacré à Rory Gallagher présente notamment une Fender Stratocaster Tribute, réplique de sa célèbre guitare de 1961. Elle reproduit jusqu’aux marques d’usure et aux larges zones de bois laissées apparentes par la disparition du vernis. Le panneau rappelle que les équipes du Fender Custom Shop ont rencontré Dónal Gallagher en Californie en 1997 pour travailler sur cette reproduction. À côté, une Martin D-35 de la série hommage évoque son jeu acoustique. Une guitare à double manche est également exposée à proximité, non loin de l’hommage à Gary Moore. Rory Gallagher figure aussi sur le Wall of Fame, parmi les grandes voix de la musique irlandaise, dont le regretté Glen Hansard, disparu tragiquement cette année.

À Cork, « sa » ville
Né à Ballyshannon en 1948, Rory Gallagher grandit à Cork. Pour suivre ses traces, la ville a créé le Rory Gallagher Stompin’ Ground Walking Trail. Ce parcours rassemble 21 étapes, des quartiers de son enfance aux salles où il a joué, en passant par l’ancien magasin Crowley’s, la bibliothèque musicale et sa sépulture. Une carte interactive, des notices historiques et des photos d’archives permettent de préparer sa balade. Nous en avons retenu quelques-unes.
On commence sur Merchant’s Quay où se trouvait le magasin Crowley’s. C’est ici qu’en août 1963, le jeune musicien achète sa Fender Stratocaster de 1961. Cent livres pour une guitare d’occasion qui deviendra indissociable de son jeu et de son image. Le patron, Michael Crowley, lui apporte aussi des conseils, répare ses instruments et lui en prête. Il fait partie de ceux qui aident le jeune guitariste à ses débuts.
Au Savoy, le jeune Rory Gallagher est d’abord dans le public
On continue sur St Patrick’s Street, le Savoy est une autre étape incontourbable. Le 8 janvier 1965, Rory Gallagher, 16 ans, y assiste au concert des Rolling Stones. Dix ans plus tard, après le départ de Mick Taylor, les Rolling Stones l’invitent à jouer avec eux à Rotterdam. Selon Dónal Gallagher, Mick Jagger lui demande, à l’issue des sessions, de discuter avec Keith Richards de son éventuelle arrivée. Mais celui-ci reste endormi dans sa chambre malgré plusieurs tentatives pour le réveiller. Sa tournée japonaise devant commencer, Rory Gallagher repart en laissant ses coordonnées. L’affaire en reste là.

Le Savoy le verra aussi passer sur scène de nombreuses fois, avec Taste, puis sous son propre nom. Le cinéma accueille alors des concerts dont le public ne reste pas toujours sagement assis.
Le City Hall, sur les traces d’Irish Tour ’74
Sur Anglesea Street, le City Hall ramène à Irish Tour ’74. Rory Gallagher s’y produit dès sa jeunesse, puis y revient régulièrement. Les concerts de janvier 1974 participent à l’histoire du disque et du film de Tony Palmer. Ces dates irlandaises, souvent programmées autour des fêtes, lui permettent aussi de retrouver sa famille.
Une bibliothèque à son nom
Sur Grand Parade, la Rory Gallagher Music Library occupe le département musical de la bibliothèque municipale. Elle porte son nom depuis 2004. On y trouve des collections musicales, mais aussi des rencontres, des récitals et des concerts. Le nom du guitariste accompagne ainsi un lieu fréquenté au quotidien par les habitants.

La bibliothèque accueille également des expositions consacrées au guitariste. En 2025, pour les trente ans de sa disparition, elle a notamment présenté une sélection de ses vinyles, de ses livres et de ses paroles. De quoi découvrir aussi ce que Rory Gallagher écoutait et lisait.
De Paul Street à Saint Oliver’s
Près de Paul Street, Rory Gallagher Place accueille depuis 1997 une sculpture de Geraldine Creedon, avec une guitare sur une face et des paroles de Jinx sur l’autre. Un hommage au milieu du centre-ville, que l’on peut rejoindre facilement depuis la bibliothèque.

Plus à l’ouest, on prend la direction du cimetière Saint Oliver’s de Carrigrohane. Sa tombe reste un lieu de visite pour ses admirateurs. Fleurs, médiators et petits souvenirs témoignent de leur passage.

Une vie à prendre la route
Au fil du voyage, Edged in Blue remet des souvenirs et des visages derrière les adresses. Dónal Gallagher raconte les premières scènes de son frère avec le Fontana Showband, devenu The Impact, l’aventure Taste, puis les tournées qui s’enchaînent, dont plus de vingt-cinq en Amérique du Nord. Il raconte aussi un musicien qui donne tout sur scène, mais s’isole de plus en plus une fois le concert terminé.
Approché par Alan Parker pour jouer dans The Commitments, Rory Gallagher refuse le rôle. Dónal Gallagher espérait pourtant que cette expérience lui permettrait de changer de rythme. Le guitariste suggère Van Morrison, mais c’est finalement Johnny Murphy qui incarnera Joey « The Lips » Fagan.
Les dernières années sont marquées par la dépression, les problèmes d’alcool et de médicaments, puis une santé qui se dégrade. Rory Gallagher meurt le 14 juin 1995, à 47 ans, de complications après une greffe du foie. Son frère raconte cette période avec les questions de celui qui a essayé de l’aider, sans toujours parvenir à comprendre ce qu’il traversait.
Depuis, Dónal Gallagher fait vivre les enregistrements et les archives de son frère, organise des expositions et signe aujourd’hui ce livre. D’autres reprennent les morceaux ou font le voyage jusqu’à Cork. Sur sa tombe, les fleurs et les médiators s’accumulent. Notre guide à l’Irish Rock ’n’ Roll Museum Experience avait, lui, un conseil pour terminer la visite : écouter Irish Tour ’74, son disque de référence. On ne va pas le contredire.

Photos : Cédric Vernet
