Pokey Lafarge Rent Money

Avec Rent Money, Pokey LaFarge revient à l’essentiel : des chansons courtes, des guitares qui claquent, du swing, du blues, du rock’n’roll et cette manière très personnelle de faire danser des sujets qui le sont beaucoup moins. Travail, argent, loyer, course au quotidien : derrière son apparente légèreté, ce nouvel album sorti le 11 septembre raconte une Amérique qui compte ses dollars. Et comme toujours, c’est un disque déjà indispensable !

Pokey LaFarge – Rent Money
📆 Sortie : 11 septembre 2026
💿 Boxer Boy Records
🎵 11 titres

Il suffit de quelques secondes de The Thing, qui ouvre l’album, pour retrouver l’univers de Pokey LaFarge. Une guitare électrique sèche, un rythme qui balance et cette voix immédiatement reconnaissable. Pourtant, Rent Money ne se contente pas de reproduire une formule. Après Rhumba Country en 2024, l’Américain resserre le jeu et signe un disque plus direct, plus brut, dans lequel chaque morceau semble aller droit au but.

À la production, Elliot Bergman accompagne cette volonté de dépouillement. Blues urbain, country, rock’n’roll primitif, jazz, gospel, boogie ou encore reggae se croisent toujours, mais sans donner l’impression d’un catalogue de références. Chez Pokey LaFarge, toutes ces musiques appartiennent désormais au même langage.

Le blues des fins de mois

Le titre de l’album pourrait difficilement être plus concret. Rent Money, c’est l’argent du loyer, celui qui disparaît dès le début du mois. Sur le morceau-titre, Pokey LaFarge transforme cette réalité très quotidienne en country blues entraînant. Le propriétaire frappe à la porte, le salaire repart aussitôt et il faut retourner travailler.

C’est l’un des fils conducteurs du disque. Work parle lui aussi du travail et du temps qu’il dévore, tandis que Big Boss Man regarde du côté des rapports de pouvoir. Can’t Take It With You remet l’argent à sa place avec une évidence vieille comme le blues : on peut passer sa vie à accumuler, on n’emportera rien avec soi.

Le contraste est permanent. Les textes parlent de factures, de fatigue, de frustration ou de cette obsession de vouloir toujours davantage, mais la musique refuse de s’appesantir. Pokey LaFarge préfère mettre ces préoccupations sur un rythme qui donne envie de bouger. Une manière, finalement, très blues d’aborder les choses.

Un pied dans le passé, les deux dans le présent

Depuis ses débuts, Pokey LaFarge aime les sons d’une autre époque. Rent Money ne change évidemment pas la donne. Mais réduire le disque à son esthétique rétro serait passer à côté de l’essentiel. Il utilise le vocabulaire des musiques américaines du XXe siècle sans chercher à les reconstituer sous vitrine.

Hambone en est probablement l’exemple le plus évident. Le morceau naît d’un rythme frappé directement sur la cuisse par Elliot Bergman, auquel viennent se greffer basse et batterie. Le résultat est dépouillé, presque rudimentaire, mais redoutablement efficace. Piano, chœurs et guitare font le reste. Le titre résume assez bien une partie de la philosophie de ce disque : peu d’éléments, beaucoup de mouvement.

Plus loin, Stick Together laisse davantage de place à la soul et au gospel. Told You No se nourrit d’autres couleurs rythmiques, tandis que Stranger fait ressortir le piano et le goût de Pokey LaFarge pour un rock’n’roll qui n’a pas besoin de forcer le volume pour trouver son énergie.

L’une des qualités de Rent Money tient justement à sa concision. Aucun des onze titres ne dépasse quatre minutes. Les chansons arrivent, installent leur rythme et repartent avant d’avoir épuisé leur idée. Une simplicité apparente qui repose pourtant sur un groupe particulièrement riche.

Autour de Pokey LaFarge, au chant et à la guitare électrique, on retrouve notamment Addie Hamilton et Natalie Bergman aux chœurs, Erik Miron à la guitare et à la trompette, Alex Hall à la batterie, Beau Sample à la basse et Hank Mehren aux claviers. Producteur du disque, Elliot Bergman multiplie lui aussi les interventions, de la basse aux saxophones en passant par les percussions, l’orgue, la clarinette ou la flûte.

Cette richesse ne vient jamais alourdir les morceaux. Au contraire, les arrangements laissent respirer chaque instrument et donnent à l’ensemble un son très vivant, loin des productions trop polies.

Pokey LaFarge trace toujours sa route

Il y a longtemps que Pokey LaFarge ne cherche plus à entrer dans une case. Blues, Americana, swing, country, soul, reggae : les étiquettes permettent de décrire certains morceaux, mais deviennent rapidement insuffisantes dès que l’on considère l’ensemble.

Rent Money fonctionne justement parce qu’il ne cherche pas à démontrer quoi que ce soit. Onze chansons, une section rythmique solide, des mélodies immédiatement accessibles et des textes qui parlent du quotidien sans grands discours. Sous son allure légère, le disque pose des questions très simples sur le travail, l’argent et ce que l’on choisit de faire de son temps.

Et lorsque le dernier titre, On and On, s’achève, une chose reste évidente : Pokey LaFarge continue de regarder dans le rétroviseur, mais il n’a aucune intention de faire marche arrière.


Rent Money – Tracklist
1. The Thing
2. My Baby Loves Me
3. Hambone
4. Rent Money
5. Stick Together
6. Work
7. Stranger
8. Can’t Take It With You
9. Told You No
10. Big Boss Man
11. On and On

Un homme debout tenant une guitare électrique, vêtu d'un pull léger et d'un pantalon beige, avec le texte "Pokey Lafarge" et "Rent Money" en arrière-plan.

par Cédric Vernet

Président et rédacteur en chef de Blues Actu

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