
Du 10 au 12 septembre 2026, le Blues Roots Festival de Meyreuil retrouvera le Domaine de Valbrillant pour une huitième édition fidèle à son identité. Directeur artistique du festival, André Carboulet revient pour Blues Actu sur l’histoire de l’événement, ses choix de programmation et cette proximité avec les artistes et le public qui fait la singularité du rendez-vous provençal.
Depuis sa création en 2019 à l’initiative du maire de Meyreuil, Jean-Pascal Gournès, le Blues Roots Festival s’est installé dans le paysage du blues français. Après avoir accueilli notamment Taj Mahal, Eric Gales, Ana Popovic, Tommy Castro, Joe Louis Walker, Sue Foley ou encore Jackie Venson, le festival accueillera cette année Elise Frank, Shemekia Copeland, Jamiah Rogers, D.K. Harrell, Errol Linton et Larry McCray.
Cette interview a été réalisée par Sylvie Déclas dans le cadre de son émission Blues Emotions, à l’occasion de la présentation de la huitième édition du Blues Roots Festival de Meyreuil. Retrouvez aussi notre article complet sur le festival.
🎤 André Carboulet en interview avec Sylvie Déclas
Le festival est né de la volonté de Jean-Pascal Gournès de créer un événement qui ressemble à Meyreuil et à son histoire minière. Cette idée de départ reste-t-elle présente aujourd’hui dans tes choix de programmation ?
À l’origine, c’est vrai que Jean-Pascal Gournès voulait vraiment un festival qui ressemble à sa ville et surtout à son histoire. On a un peu l’habitude de dire que ce n’est pas Meyreuil qui a choisi le blues, mais que c’est le blues qui a choisi la ville de Meyreuil.
Les artistes, quand ils viennent, sont heureux de l’accueil, de la chaleur du public et du lieu, de cette Provence. Il y a vraiment une affinité entre le lieu et le blues, entre les artistes et le public, avec cet accueil.
Jean-Pascal est aussi un passionné. À l’origine, comme beaucoup de personnes de sa génération, il était passionné de rock. Puis il a découvert le blues. Le blues et le rock sont intimement liés : le rock vient du blues. On retrouve aussi le gospel, le spiritual, la soul, la country… Toutes ces musiques possèdent des racines communes, quelques accords, un langage et surtout une émotion.
Le blues est également une musique d’expression, parfois de révolte, notamment à travers les textes. C’est tout cela que nous essayons de conserver.
« Ce n’est pas Meyreuil qui a choisi le blues, c’est le blues qui a choisi Meyreuil. »
Comment fais-tu chaque année pour construire une programmation avec de telles têtes d’affiche tout en restant aussi fidèle au blues ?
On essaie de faire une veille. C’est passionnant. Cette veille se fait pratiquement toute l’année et porte déjà sur les deux ou trois éditions suivantes. Nous travaillons d’ailleurs déjà sur la dixième édition.
La veille consiste évidemment à écouter les artistes, à regarder des vidéos, mais nous avons surtout besoin de ressentir leur présence sur scène. Nous n’hésitons donc pas à nous déplacer.
Ce qui m’intéresse, c’est de voir comment un artiste arrive, se présente, commence son concert, raconte une histoire sur scène et parvient à nouer cette relation intime avec le public, à l’emmener avec lui.
Dans la programmation, nous recherchons également une complémentarité. Il y a deux concerts chaque soir et nous essayons de faire en sorte qu’ils soient vraiment différents. Certains spectateurs viennent pour le premier artiste et découvrent le second. Ils viennent ensuite nous remercier parce qu’ils ont vécu un choc émotionnel ou fait une belle découverte.
Nous suivons donc les artistes longtemps en amont, nous les écoutons, nous allons les voir sur scène, puis, dans les derniers mois, nous construisons cette complémentarité entre le premier et le second concert.
Au-delà de la qualité musicale, tiens-tu compte de la personnalité des artistes et des messages qu’ils portent ?
Je ne connais pas un bluesman qui ne soit pas engagé. Le blues, c’est plus qu’un engagement. C’est une révolte, un droit à l’émancipation, une volonté d’exister.
La musique, et le blues en particulier, parvient à prendre une matière faite de souffrance, de peur, de crainte et de colère pour la transformer en quelque chose qui devient presque sacré.
Les bluesmen ont le sens du sacré, le sens de la beauté et ils n’oublient surtout pas d’où ils viennent. Chaque fois qu’un bluesman monte sur scène, il y a une histoire de vie derrière lui.
« Je ne connais pas un bluesman qui ne soit pas engagé. »
La nationalité des artistes entre-t-elle dans tes critères de programmation ? Est-il notamment important pour toi de conserver une présence américaine ?
Nous essayons surtout de montrer la diversité du blues. Cette année, il y a encore une artiste française avec Elise Frank, que le public va découvrir, et un Britannique avec Errol Linton.
Les autres artistes viennent des États-Unis, mais de régions et d’univers différents. Shemekia Copeland vient de Harlem, D.K. Harrell est lié à la Louisiane, tandis que d’autres portent encore d’autres influences.
Ce n’est pas la même musique, même si la racine reste la même. Je dirais qu’il y a le même chant intérieur, mais qu’il s’exprime différemment selon l’endroit où l’on vit. Il y a autant de blues qu’il y a de lieux, parce que le blues est une musique qui se nourrit de son environnement. Nous essayons de respecter cette diversité, qui est sans fin.
Parlons justement de l’affiche 2026. Que retiens-tu d’Elise Frank, qui ouvrira le festival ?
Elise Frank, pour moi, c’est d’abord du texte. C’est une chanteuse bilingue. Son langage, c’est sa voix, une voix rugueuse, granuleuse. Et surtout, lorsqu’elle prend sa guitare avec ses riffs, on sent comment le blues lui permet de s’exprimer et l’aide à vivre.
C’est une autrice-compositrice avec une véritable révolte et beaucoup d’énergie. J’appelle cela une énergie de garage.
Jamiah Rogers représente une nouvelle génération de guitaristes. Qu’est-ce qui t’a marqué chez lui ?
Il a découvert toute cette force que l’on peut trouver dans une guitare. Quand il joue, il ne se contente pas de jouer de la guitare. Il chante avec elle.
Il tourne parfois son visage vers le ciel et chante en même temps les notes qu’il joue. Sa guitare devient vraiment le prolongement de son corps et de son inspiration dans l’instant. Il y a aussi cette virtuosité qui peut naturellement faire penser à certains grands guitaristes.
Tu sembles avoir une affection particulière pour D.K. Harrell.
J’ai une émotion particulière avec D.K. Harrell. Il a toujours voulu faire de la musique, il a toujours été passionné, mais son père ne voulait pas qu’il en fasse son métier.
Le jour où il a participé à son premier concours, il l’a gagné. Son père est venu le féliciter. Il avait un grand sourire et des larmes coulaient sur ses joues.
Je trouve que c’est du blues. On rit, on peut sourire, mais on a toujours les larmes à l’intérieur de soi.
D.K. Harrell a aussi une voix, une grâce et quelque chose que l’on n’ose presque plus dire aujourd’hui : une gentillesse. Il possède cette gentillesse intérieure qui rayonne lorsqu’il est sur scène.
« On rit, on peut sourire, mais on a toujours les larmes à l’intérieur de soi. »
Du côté de l’organisation, les bénévoles occupent toujours une place aussi importante ?
Les bénévoles font plus que partie intégrante du festival. Quand on arrive, avant même de découvrir le soir cette scène majestueuse en plein air, les premières personnes que l’on rencontre sont les bénévoles.
Ils sont sur les parkings, ils sont partout, avec le sourire. Ils montrent à quel point ils sont heureux d’être là. Quand on est reçu avec ce sourire, on le garde pendant tout le concert. Et ils sont encore là jusqu’à la fin.
Au début, nous étions peut-être dix, quinze ou vingt. Aujourd’hui, ils sont environ quatre-vingts. Ils sont devenus une composante essentielle du festival.
Le festival propose également un concert pédagogique pour les enfants et une jam session. Cette dimension de transmission reste-t-elle importante ?
Oui, elle fait partie de l’esprit du festival. Il ne s’agit pas uniquement des concerts du soir. Ces rendez-vous permettent aussi de susciter des vocations, de favoriser les rencontres et de faire découvrir cette musique autrement.
La municipalité tient également à conserver une jauge limitée et des tarifs accessibles malgré une programmation internationale. C’est important pour préserver l’esprit du festival ?
Oui, parce que cette proximité fait partie du festival. Elle contribue à la relation qui se crée entre les artistes et le public et à cette convivialité que nous voulons préserver.
Pour terminer, qu’aimerais-tu dire à quelqu’un qui n’est encore jamais venu au Blues Roots Festival de Meyreuil ?
J’aimerais qu’il découvre ce festival par le bouche-à-oreille. Je trouve que les personnes qui en parlent le mieux sont celles qui l’ont vécu.
Ce que je trouve le plus beau, c’est lorsqu’une personne sort d’un concert et ne se sent plus tout à fait pareille. Quand on découvre un concert ou une performance artistique, et je crois que c’est particulièrement vrai avec le blues, il faut en ressortir un peu différent.
Quand on a vécu cette beauté, ce choc émotionnel, on n’est plus exactement la même personne.
Alors, si je devais souhaiter une seule chose aux personnes qui viennent dans ce festival ou dans d’autres festivals, ce serait qu’elles soient touchées par le moment qu’elles viennent de vivre. Je crois qu’en ce moment, nous en avons vraiment besoin.
Blues Roots Festival de Meyreuil 2026
📅 Du jeudi 10 au samedi 12 septembre 2026
📍 Domaine communal de Valbrillant, Meyreuil
🎵 6 concerts : Elise Frank, Shemekia Copeland, Jamiah Rogers, D.K. Harrell, Errol Linton et Larry McCray
🎸 Jam session gratuite samedi 12 septembre de 14h à 16h
🎟️ Pass 3 jours : de 50 à 90 €
🖱️ Renseignements et réservations sur le site du festival

