Pascal Danaë de Delgrès en interview

« Aller en Louisiane, c’était un cadeau de la vie ! »

Photo du groupe Delgrès en concert au Transbordeur

Les membres du groupe Delgrès ont réalisé « un rêve de gosse », à savoir vivre une plongée au cœur de la Louisiane où ils puisent une grande partie de leurs influences. Ils reviennent de cette expérience avec des souvenirs plein la tête et un nouveau titre intitulé « Mwen vlé maché ». Delgrès était de passage au Transbordeur à Lyon en octobre. Rencontre avec Pascal Danaë, le chanteur et guitariste du groupe.

Par Cédric Vernet
Photos : Didier Martinez (Concert au Transbordeur le 13 octobre 2022)

Pascal, la Louisiane c’est l’une de vos influences principales et ton amour pour cette culture expliquerait même la présence d’un sousaphone dans le groupe. C’est vrai ça ?

Oui, c’est une musique qui m’a vraiment inspiré depuis que j’ai commencé à jouer et même avant ! J’écoutais beaucoup la radio et dès que j’entendais des notes d’accordéon ou cette façon si caractéristique de chanter, j’étais touché. Lorsque nous avons eu l’occasion d’aller en Louisiane, ça a été le frisson, un rêve de gosse, un cadeau de la vie ! Au départ de Delgrès avec Baptiste et Raph, notre volonté était avant tout de nous faire plaisir. On n’imaginait pas partager notre musique avec autant de monde et aller jouer jusqu’en Louisiane !

Il y a parfois une différence entre le mythe et la réalité et on a l’impression que vous avez trouvé en Louisiane ce que vous attendiez. Qu’est ce qui vous a le plus marqué ?

Ce qui marque en Louisiane, ce sont les gens. Ils ont les deux pieds dans leur culture. Ils connaissent leur passé. Ils savent qu’il a été douloureux mais ils ont une manière d’être ensemble qui est incroyable. A titre personnel, étant d’origine antillaise par mes parents, j’ai retrouvé là-bas beaucoup d’éléments de la culture caraïbéenne, la musique, les rythmiques, la façon de jouer très typique de cette région des Etats-Unis, et puis évidemment la nourriture, le piment, le jambalaya ! On a eu, tous les trois, le sentiment de se retrouver dans une famille qu’on aurait perdue de vue depuis longtemps.


De cette expérience, vous revenez avec un nouveau titre. Était-ce prémédité ou bien vous êtes-vous laissés inspirer par la magie de l’endroit ?

On avait déjà les bases de cette chanson. On est parti avec la volonté de réaliser le titre là-bas. Il est vraiment dans l’esprit de la Louisiane, ça évoque les marching bands qui déambulent dans la rue…

Le titre s’intitule « Mwen vlé maché », ce qui signifie « Je veux marcher ». C’est un titre folk avec des accents de musique cajun. Quel message voulais-tu faire passer avec ce titre ? Celui de continuer à avancer dans la vie, quoi qu’il arrive ?

Oui c’est ce qui explique ce côté « marche » qu’on retrouve dans la rythmique du morceau. Dans les marching bands ou les défilés, tout le monde avance, sans avoir le choix. Il y a un pas qui s’impose à tous, parfois déterminé, parfois rageur ou parfois juste empreint d’une grande dignité mais dans tous les cas, on continue d’avancer. C’est le message de cette chanson. La vie est une espèce de parade dans laquelle on est tous embarqué. Il faut faire le mieux qu’on peut pour continuer à marcher la tête haute, même dans les moments difficiles.

Il y a souvent un engagement dans vos paroles, comme un vent de révolte chez Delgrès ?

Oui, c’est un engagement pour la dignité et pour la justice. Pour nous, c’est important de rester en éveil et d’être capable de donner de la voix pour défendre ces valeurs. Il n’y a jamais de violence dans nos paroles. Notre volonté est de pointer les injustices et de mettre en lumière certains comportements mais toujours dans un esprit de conciliation et de respect.

Le nom du groupe incarne d’ailleurs cet esprit de rébellion …

Oui, Louis Delgrès était un officier martiniquais de Napoléon Bonaparte. Il est mort en Guadeloupe pour avoir refusé de se rendre lorsque Napoléon a souhaité rétablir l’esclavagisme. Pour moi, dont les aïeux étaient esclaves, c’est vite devenu une figure emblématique du combat pour la liberté. Mais à travers lui, c’est à tous les gens qui se battent pour la dignité humaine qu’on rend hommage.

En Louisiane, vous avez enregistré dans le mythique Dockside Studio. L’émotion devait être à son comble ?

Oui, c’est un studio mythique et pas seulement parce que des gens comme B.B. King ou Derek Truck y ont enregistré. Ce qui est mythique, c’est juste l’endroit qui incarne ce qu’on imagine de la Louisiane : une vieille bâtisse en bord de rivière avec de magnifiques arbres, la mousse qui redescend vers le sol. C’est une carte postale de la Louisiane, un endroit hors-du-temps dans lequel vous vous retrouvez au contact de la légende de la musique de cette région. Cezanne et Steve Nails, les créateurs du studio, sont adorables et vous accueillent à bras ouverts. C’était là aussi un rêve éveillé !


Revenons un peu sur la genèse de Delgrès. Votre premier album est sorti en 2018 mais vous étiez déjà bookés dans tous les festivals avant même de l’avoir sorti. Le succès a été immédiat, comment est-ce que tu l’expliques ?

Eh bien, je ne me l’explique pas ! (rires). Quand on a démarré le groupe, l’idée était d’avoir un espace de jeu où on pouvait se faire plaisir, fermer les yeux et prendre du bon temps ensemble. On a imaginé une musique nouvelle, un mélange de blues et de créole, et on a sans doute créé un effet de surprise. Il y avait chez nous une vraie volonté de jouer notre musique et de la faire vivre en live avant de l’enregistrer. On ne voulait pas la figer avant de partir sur les routes mais au contraire la laisser vivre et évoluer au gré de nos rencontres avec le public, comme les artistes le faisaient autrefois.

L’interview a été publiée dans le numéro 107 de Blues Magazine en janvier 2023

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :