Neal Black « Aux States, on a l’impression que plus personne ne prend le temps d’écouter vraiment les origines de leur musique »

Mine de rien, ce type est en train de poser de sacrées pierres dans le jardin des musiques roots en France ! Non seulement Neal Black est bourré de talent et pétri de culture, mais il est aussi immensément attachant et amical. La France peut s’enorgueillir d’un tel artiste installé dorénavant chez nous ! En mars 2007, Neal Black était dans les studios du Blues Café et s’est livré pendant deux heures avec passion et gentillesse au jeu des questions/réponses, en livrant aussi quelques morceaux en live avec sa guitare et sa voix rauque. Extraits….

Neal, souviens-toi, il y a déjà 3 ans, au Salaise Blues Festival, tu nous faisais part de ton projet de t’établir en France et nous avions tenté longuement de t’en dissuader au prétexte que ce n’était pas plus simple par chez nous de vivre de sa musique. Heureusement tu ne nous as pas écouté (rires). Et depuis il se passe énormément de choses pour toi, en musique comme en amour d’ailleurs …
Oui. J’étais déjà depuis plusieurs années en relation avec le label français Dixiefrog. Le responsable, Philippe Langlois, a une telle passion pour ses artistes que je me suis dit que ce serait bien pour moi de rester en France et travailler ici, de faire des choses avec lui notamment.

Depuis tu as rencontré beaucoup d’artistes français avec lesquels tu joues ou tu collabores … Notamment Nico Wayne Toussaint sur le disque duquel tu as posé ta patte…
Pour moi, c’est toujours un immense plaisir que de collaborer avec Nico. Pour son dernier CD, j’ai en effet écrit trois morceaux. Nous nous connaissions bien puisque nous jouons ensemble dans le Blues Conspiracy avec Leadfoot Rivet. Nico est un véritable professionnel mais notre collaboration va au-delà de ça. Cet artiste est plus qu’un bluesman français ; il a pris le temps d’étudier en profondeur les origines des musiques nord-américaines. Du coup, son style de blues est souvent plus authentique que le mien. Nico sait se saisir de ces styles et les poser dans son cœur, dans son âme.

Dans le dernier album de Nico Wayne Toussaint, celui-ci ne se soucie pas vraiment des étiquettes, passant d’un blues à un rock, d’un cajun à la country. As-tu eu la même approche que lui en réalisant ton CD « Handfull of Rain » ?
Oui, pour lui ce sont différents styles de musiques car ce n’est pas ce qu’il joue habituellement. Alors que pour moi, c’est plus typique car mes enregistrements ne sont jamais que du blues. Il y a toujours un peu de country, de jazz, de tex-mex, de rock et bien entendu du blues. Le blues est mon influence première mais je vais dans une direction très ouverte en essayant d’apporter des mouvances originales, changeantes et au bout du compte cela offre aussi des disques assez variés. Il faut aussi comprendre qu’au Texas, le blues n’est pas une musique définitivement coincée dans douze mesures, mais plutôt une attitude. Les artistes texans sont extrêmes dans leurs styles. De Lightnin Hopkins à T-Bone Walker, ou Stevie Ray Vaughan et Jimmy Vaughan, deux styles encore très différents, et pourtant ils étaient frères, et encore Billy Gibbons. Le Texas est une place musicale très importante avec énormément d’influences multiples, country, blues, rock, tex-mex, etc. C’est d’ailleurs assez dur de dire ce que c’est exactement comme musique. Juste du Texas Style !

Cet album, sorti chez Dixiefrog, s’appelle « Handfull Of Rain ». Pourquoi ça ?
Dans la vie, on essaie toujours d’attraper les choses dans notre main. On sait bien pourtant qu’on ne peut tout saisir, que cela s’échappe entre les doigts de la main, comme la pluie dans la main. C’est le concept de cet album.

Belle image ! En tout cas, à la différence de ton précédent CD enregistré au Mexique, ce nouvel opus l’a été à la fois au Texas, à la fois en France, n’est-ce pas ?
J’ai enregistré et mixé une partie des morceaux à San Antonio (Tx) et le reste à Châlons-en-Champagne dans le studio de Fred Chapelier. Ce fut un très grand plaisir de travailler avec Fred.

Fred Chapellier que l’on retrouve aussi sur cet album. Cela fait-il partie de ces rencontres essentielles, avec Philippe Langlois, Nico Wayne Toussaint, Nina Van Horn … ?
Exact ! Quand j’ai co-produit le disque de Nina Van Horn, celle-ci a essayé plusieurs guitaristes et à chaque fois, parce qu’elle me faisait confiance, elle me demandait ce que j’en pensais. Ils étaient bons mais, je n’aimais pas trop leurs styles et préférais aller fumer une clop dehors (rires). Et puis Fred est arrivé et là, j’ai dit à Nina que c’était ce musicien qu’il fallait … et que je pouvais aller fumer une cigarette dehors non pour fuir mais rassuré et détendu (rires). Fred est majestueux ! C’est la même chose avec des musiciens français comme JB Boogie, un type fantastique, très emprunt de blues.

A propos de Fred Chapellier, on a été surpris de l’entendre sur ton album dans un registre différent, acoustique, et notamment en jouant de la basse !
Fred n’est pas seulement un guitariste, c’est avant tout un musicien ! Il fait de la musique et peut presque tout faire. Il peut même faire de la musique avec une canette de bière s’il voulait !!! Nos rapports ont été, pour mon disque, extrêmement naturels et professionnels. Et comme Fred a été aussi mon ingénieur du son, il a pu palier à beaucoup de choses et trouver le meilleur son. On a fait d’importantes scènes ensembles sans jamais répéter. Au New Morning, à Paris, ou bien en Norvège l’an passé, avec Nina, Fred et moi arrivions toujours sur la scène sans avoir eu le temps de répéter, même parfois sans avoir eu le temps de faire des balances.

On aura la chance de vous revoir ensemble ?
Oui. Fred termine son hommage (à Roy Buchanan ndlr), et nous mettrons en chantier un nouveau projet, un disque avec Fred, Francis Campello à la basse, Vincent Daume à la batterie, moi. Ce sera un album dans lequel chacun sera co-producteur, compositeur, musicien.

Parle-nous de ce titre de Leadbelly « Black Girl » que tu reprends de manière impressionnante sur ton CD ?
Sur chaque album que je réalise, je demande à Philippe Langlois quelle reprise il aimerait me voir mettre sur le disque. Il a suggéré le Black Girl de Leadbelly et on a écouté les versions de Bob Dylan, de Dolly Parton, de Nirvana. J’ai opté pour la version qui est donc l’album.

Toujours sur l’album, tu utilises indifféremment une guitare électrique et une acoustique, à résonateur. Sur quelles guitares te sens-tu le plus à l’aise ?
Oh peu m’importe, sur toutes les guitares. Mais quand j’ai le temps, en concert, j’aime bien faire deux parties, une acoustique, l’autre électrique. Lors de la première, les gens sont plus relax, boivent un coup. Ensuite je peux monter le volume et passer à la guitare électrique, cela passe mieux (rires). quand je n’ai pas ce temps, je dois être sélectif et choisir.

Tu es donc installé en France depuis quelques années. Est-ce plus facile, pour toi, de jouer dorénavant ?
Pour moi, c’est relativement simple de jouer en France en général. Ici les gens apprécient les différences culturelles, que ce soit dans la danse, le théâtre, le cinéma, et dans la musique. C’est un public qui sait écouter. C’est aussi pourquoi beaucoup de musiciens américains viennent en France ou veulent y venir. Tu sais, on ne choisit pas ce métier de musicien uniquement pour l’argent, même si on en a besoin pour survivre, mais on ne peut faire de la musique sans passion. Et aux States, on a l’impression que plus personne ne prend le temps d’écouter vraiment les origines de leur musique, le jazz, le blues, la country… La politique culturelle américaine a énormément changé ces dernières années. Tout passe par le fric ! Pourtant j’aime aussi l’Amérique. Je ne le renie pas. C’est un pays fantastique. Mais les choses changent très vite, trop vite parfois, les talents s’échappent….et filent comme la pluie entre les doigts de la main …

Il y a des artistes qui expriment leur engagement au travers de leur musique et de leurs textes mais on en croise rarement en blues. Je pense à Steve Earle par exemple …
Oui j’adore Steve Earle, il est fantastique. J’ai déjà écrit, sur deux albums, des textes engagés politiquement, puis j’ai, il est vrai, changé de direction. Pourtant sur mon disque actuel, dans une chanson, j’explique qu’aux États-unis, on peut maintenant aller sur la lune, faire des transplantations cardiaques, et plein d’autres choses incroyables, mais qu’on n’arrive pas à faire la paix dans le monde !

Il parait que tu seras au prestigieux Festival Jazz à Vienne cet été ?
Et oui ! Jazz à vienne a rajouté trois jours, 5,6 et 7 juillet et calé d’autres concerts dans le fameux musée de St Romain en Gal. Il y en a un dédié au blues et j’y serai. D’ailleurs Nico Wayne toussaint sera aussi à Jazz à Vienne, au club de Minuit. Probablement que nous jouerons ensembles, respectivement dans nos shows !

Merci Neal !
Merci à vous surtout. Je voudrais aussi remercier tous ces gens passionnés, comme vous, et qui nous aident, nous artistes. Notamment le Collectif des Radios Blues, Dixiefrog, les Revues, Alain Rivet qui me fait tourner, et d’autres encore.

Interview réalisée en mars 2007
par Cédric Vernet et Francis Rateau

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