Paul Personne « C’est sympa de ressusciter une chanson que je n’avais pas jouée depuis des années… »

A l’occasion de la venue de Paul Personne au prochain Salaise Blues Festival, le Blues Café fouille dans ses archives et vous propose de redécouvrir cette interview réalisée dans le cadre d’une émission spéciale avec Paul Personne en décembre 2006.  

Véritable icône du blues français, Paul Personne est un homme de la route. Avec un double CD et un DVD, il célèbre 4.322.111 kms parcourus en 25 ans de tournées. Personnage énigmatique et parfois secret, baroudeur dans l’âme, Paul Personne est un anti star system convaincu. Loin du dictat des maisons de disques et des médias, il a tracé sa route, au gré de ses envies musicales et de ses rencontres. Après bientôt 40 ans de présence sur scène, sous le nom de Paul Personne ou à la tête de plusieurs groupes, il s’est construit une place de choix dans le coeur de tous les amoureux du blues et du rock. « Il était une fois la route », son dernier album, c’est avant tout l’histoire d’un mec qui est resté lui-même, entier, libre …

Ton dernier album s’appelle « Il était une fois la route », c’est un titre bien choisi alors que le nom de Paul Personne évoque souvent la route, la nuit qui s’avance …
Oui, c’est ce qui résume la vie d’un musicien. J’ai une vie décalée par rapport à ce qu’on peut appeler les gens « normaux ». Je suis complètement à l’envers, je suis plus un noctambule qu’un mec qui se lève à 7 ou 8 heures du matin. S’avaler des kilomètres de jour ou dans les phares d’une voiture et se retrouver à 3 heures du matin à jouer dans des clubs, à faire le boeuf après un concert ou à parler avec des gens, aller bouffer quelque part, c’est ma vie, ça résume tout.

Est-ce que ce n’est pas justement là que tu puises l’inspiration de tes textes ?
Les textes c’est juste la vie. Après ça peut être effectivement des anecdotes racontées en cours de tournée ou lorsque, planté dans un hôtel, tu regardes les infos, tu vois ce qu’il se passe et t’es dans un état de sensibilité un peu plus accru que si t’étais chez toi. En tournée, t’emmagasines des choses et c’est peut-être quand tu rentres chez toi, que tu te poses et que tu te retrouves un peu isolé, comme un ermite que tu as des choses qui ressortent et que ça peut devenir des nouvelles chansons.

Quand tu te retrouves « Comme un étranger » ? (ndlr : nom d’une chanson de Paul)
Aussi [rires] ! Je vois qu’on a bien potassé le dossier !

Faire un album Live, n’est-ce pas aussi le moyen de redonner vie à des anciens morceaux ?
Oui, c’est vrai qu’il y a des vieilles chansons qui sont là ou sur des albums précédents avec des arrangements différents. Je pense notamment à « Comme un étranger » avec de la pedal steel guitar alors qu’auparavant y’avait plutôt du piano, du sax et un côté un peu jazzifiant. C’est l’occasion de me faire plaisir dès lors que j’accepte de jouer telle ou telle vieille chanson. Je ne suis pas un mec qui caracole en tête des hit-parades et je ne suis pas obligé de jouer mes tubes. Si une chanson n’a pas vraiment vieillie, que le texte tient toujours la route, que je me sens toujours en accord et que j’ai encore envie de la jouer, c’est vachement marrant de lui donner des arrangements complètement différents et de m’amuser encore avec. En l’occurrence, cet album là est, sans le vouloir, une sorte de best of où je vais taper dans des tas de répertoires qui se trimballent des années 80 à maintenant. C’est sympa de ressusciter une chanson que je n’avais pas jouée depuis des années comme « T’arrête pas d’me manquer » ou « Visions » et de se dire « Allez les mecs on va en faire une toute autre version ! ».

C’est aussi parce que les musiciens changent au fil des tournées ? C’est comme une famille qui est autour de toi, on retrouve d’ailleurs ton fils et ta femme …
J’ai toujours eu cette notion de family dans toutes mes tournées. Ça ne m’a jamais tellement intéressé d’être le leader sous les spots au milieu de la scène. J’ai vraiment été élevé à la musique de groupes, comme les Beatles, les Kinks et des tas de groupes anglais qui me bottaient quand j’étais môme. J’ai toujours aimé la complémentarité, l’apport des autres êtres humains par rapport à ce qu’on fait. Alors ok, depuis je suis devenu une sorte de loup solitaire, à changer de musiciens et d’envies quand bon me semble mais, à chaque fois que je pars sur la route ou que je monte une tournée, j’ai vraiment envie d’une équipe musicale et technique avec qui on va prendre du bon temps. C’est pas une punition, on va s’amuser avec les gens et je ne veux surtout pas qu’il y ait des tensions. J’ai envie qu’on se marre et qu’on soit une équipe solide. Je m’arrange toujours pour avoir ça, le casting est important.

Sur le DVD tu proposes aux spectateurs de choisir leur intro. Soit l’intro acoustique, que tu avais notamment faite à l’Olympia en 2004, soit l’intro avec le groupe. Il y a eu une hésitation sur la façon d’ouvrir les concerts de ta tournée ?
Disons que j’ai vachement aimé les concerts de la tournée 2004 où, effectivement, j’arrivais tout seul et le groupe se joignait à moi au fur et à mesure. Dès le moment où j’ai attaqué les gros festivals d’été comme les Vieilles Charrues, je me suis aperçu que ce n’était pas la bonne idée de commencer tout seul. Il fallait jouer moins longtemps, être un peu plus punchy et la suite des concerts s’est plus retrouvée sous cette forme-là.
Dans les dernières dates que j’ai faites au début de l’année d’où ont été extraites ces chansons, il y a eu un soir où on jouait dans une grande salle, avec des fauteuils très douillets et je me suis dis que c’était la bonne occas’ de capter ce genre d’ambiance, comme en 2004. Je ne voulais pas attaquer rock’n’roll d’entrée. Ça faisait quand même presque deux ans qu’on n’avait pas joué avec cette formule-là. L’après-midi on a juste révisé quelques chansons comme « Le diable en hiver », « Saouler » et on s’est dit qu’on allait le tenter. C’était vraiment sans filet, si ça n’avait pas été bien, je ne l’aurais pas mis sur le DVD. J’ai trouvé qu’on les avait parfois mieux joués mais ça allait, c’était sympa, c’était fragile. L’émotion est là, c’est tout ce qui compte.

Le dilemme acoustique / électrique revient d’ailleurs assez souvent chez toi. On se souvient de « Patchwork électrique » qui avait donné lieu à un « Patchwork acoustique », il y a eu « Coup d’blues » et « Demain il fera beau », maintenant ces 2 intros sur le DVD … Tu es en lutte avec ces deux facettes de ta personnalité musicale ?
Non je ne suis pas en lutte du tout … je me bats avec moi-même contre bien d’autres choses dont je ne te parlerai même pas ! [rires]. Ça fait partie de deux caractéristiques qui m’ont influencées et qui me plaisent. J’adore ce côté acoustique, californien, Crosby Still Nash & Young, James Taylor, au coin du feu, le soleil qui descend … Y’a des moments où ce côté-là m’appelle et d’autres où j’ai envie de prendre une Les Paul, la brancher dans un ampli et faire pleurer les notes. J’ai toujours aimé ces deux côtés-là. Ça fait partie de la personnalité même de l’être humain. On n’est pas à fond, super speed, 24h/24h et on n’est pas top cool non plus 24h/24h. On passe par des moments plus romantiques, plus agressifs .. J’aime aussi utiliser ce que ça m’amène dans ma musique. Il y a uniquement un moment de lutte quand je me retrouve avec 70 chansons de caractères vachement opposés mais qui peuvent être complémentaires et que je dois en choisir certaines et déterminer dans quelle direction je dois aller. D’où ce que tu as dit tout à l’heure, le côté « Demain il fera beau » et « Coup d’Blues ». « Demain il fera beau » devait d’ailleurs être un album beaucoup plus acoustique que ça. Il s’est électrifié au fil des séances mais je le voyais encore plus roots.

Cet album célèbre tes 25 ans de carrière. Ce n’est d’ailleurs pas un mot que tu affectionnes particulièrement, on devrait plutôt dire 25 ans de tournées ou de plaisir de jouer ?
Ouais, c’est d’ailleurs pour ça que je n’ai pas parlé de carrière sur le CD… Tous les gens que je rencontre me parle de 25 ans de carrière mais j’ai évité d’utiliser ce mot car je ne suis pas très carriériste. J’évite de trop regarder dans le rétro mais là c’était juste l’occasion de dire que ça faisait 25 ans que j’ai commencé ce bout de route avec le nom de Paul Personne. Avant, il y avait eu des tas de noms de groupes sinon c’est 40 ans de vie sur la route qu’il faudrait fêter ! J’ai donc parlé de 25 ans de tournées, car c’est la réalité.

Quand on parle de toi, on a l’impression d’avoir un ami, pas très loin de nous, qui nous accompagne depuis pas mal d’années, comme un pote, un grand frère … N’as tu pas aussi l’impression d’être devenu une icône pour les jeunes qui ont envie de pratiquer le blues et le rock ?
D’abord merci pour le côté grand frangin, je trouve ça très cool. Tu sais, quand tu es dans ton coin, que tu fais de la musique et des chansons, que t’enregistres des disques, tu n’as pas une perception très claire de ce que tu es. Même pour une superstar ou quelqu’un qui peut représenter une icône, je ne sais pas si le mec est dans ce trip là. Il traverse juste le temps, comme ça. Après des gens analysent. Et ce que j’évite bien de faire c’est de m’analyser sinon c’est pas top !
La seule chose qui peut être positive c’est quand je reçois des lettres, des mails ou que je croise des gens qui me disent « C’est cool Paul, je t’ai vu à tel endroit et depuis je me suis acheté une Les Paul » ou « Tiens j’ai commencé la musique quand je t’ai vu en concert », « on a monté un groupe avec des potes » ou alors « On reprend tes chansons, c’est super, t’arrêtes pas », des trucs super chaleureux où tu te dis que tu peux être une influence comme moi je pouvais écouter – sans faire de comparaisons prétentieuses – les Beatles, Eric Clapton ou Jimi Hendrix. C’était une sorte de guides un peu intouchables, ma nouvelle école à moi. Alors quand on me dit « Je t’ai piqué tes plans », « j’essaye de jouer comme toi », je dis toujours aux gens d’essayez d’abord de jouer comme eux mais c’est vraiment flatteur et très valorisant.

Justement, il y a plein de groupes qui doivent venir te voir, comme un grand frère, à la fin des concerts pour avoir tes conseils. Qu’est ce que tu leur dit ?
C’est vrai qu’il m’arrive de prendre du temps pour parler avec des gens à la fin des concerts mais, tu sais, j’ai du mal à être professeur. La vie de chacun appartient à chacun et il n’existe pas vraiment de recettes. Enfin, certains appliquent des recettes toutes faites mais on ne parle pas du même métier ni de la même musique… Pour le reste, le truc c’est vraiment « Keep on rockin’, vas-y vieux ! » Si tu as le feu sacré et que tu as envie de faire de la musique, un jour ou l’autre ça finira par se savoir. D’un autre côté, on ne peut pas donner de recettes particulières. Si le mec n’a pas ce feu qui brûle en lui, ça va s’éliminer automatiquement. Tu te rends compte tous les gens qui achètent des guitares, qui jouent sur des amplis, y’en a aucun qui n’a le même son alors qu’ils jouent sur le même matos. En plus, tu en retrouves certains quelques années plus tard, qui jouaient dans un groupe, fondus de musique et qui ont fait finalement un autre choix dans la vie, ils se sont mariés, ont eu des gosses, etc. La sélection elle se fait d’elle-même. Au début, on a l’impression que c’est super d’être musicien, c’est très paillettes et poudre aux yeux. Tout le monde a envie de devenir une idole et une rock star mais la vraie vie d’un musicien ce n’est pas toujours ce qu’on lit dans les journaux. Y’a que si tu as vraiment quelque chose à raconter que tu tiens le coup. Sinon tu craques avant. Si c’est juste pour avoir des filles à tes bras et gagner plein de milliers de dollars, tu peux très vite être déçu !

On sait que tu détestes aller à la télé, peut-être justement parce que dans cette boite qui s’appelle la télévision on se voit … Est-ce que ce DVD n’est pas finalement une sorte d’antidote à l’image ?
Je ne sais pas mais, en tout cas, on me voit dans mon milieu naturel. Je ne suis pas en train de faire une séance photos, de prendre des pauses ni de raconter des conneries pour répondre à une question qu’on m’a posée où de toute façon on ne me laissera pas finir car on m’aura coupé la parole avant. Je suis juste en train d’essayer de faire ce que je sais faire le mieux possible, c’est à dire de la musique devant des gens. Après, on aime ou on n’aime pas mais je ne suis pas en train de tricher.

Faire de la musique, faire des concerts, n’est-ce pas revenir aux sources des musiques qu’on aime, le blues, le rock, plutôt que de passer son temps en studio ou en promo ?
Sans jouer les rabats joies, genre « le good old time c’était mieux avant », il est vrai que j’ai vachement appris en commençant à jouer dans les MJC, dans les boites, dans les bars, dans tout ce qui se présentait à l’époque. Quand tu avais la chance de rencontrer quelqu’un qui te proposait d’enregistrer un disque c’était top mais le métier ne commençait pas par ça. Maintenant, la logique est complètement inversée. On mets des gens en avant, on les promotionne en leur promettant qu’ils deviendront des stars. Ça devient même des stars avant même qu’ils aient prouvé quelque chose !

Tu dis être « heureux et fier d’avoir gagner ta liberté ». C’est encore possible aujourd’hui pour un jeune groupe qui démarre ?
C’est un choix. Si les mômes acceptent de faire les guignols à la télé, ils font un pacte avec le diable et si demain ils pleurent tant pis pour eux, ils ont joué avec ça. C’est un tort de d’accepter d’être un chanteur de variété en pensant qu’après on pourra faire ce qu’on veut car ce n’est pas vrai. On ne peut jamais faire ce qu’on veut dès lors qu’on a donné une image aux gens.

Que fait Paul Personne quand il n’est pas sur la route ?
J’ai ma vie perso et je ne vais surtout pas trop en dire pour ne pas finir dans un canard people ! [rires]. Je vis à la campagne, y’a des animaux à droite, à gauche, je vais me balader dans les bois. J’ai des potes qui ne sont pas très loin dont un qui a un resto western, des harleys et des bagnoles américaines. J’ai d’autres potes qui font de la zic et qui ont monté un petit groupe qui s’appelle « A l’Ouest » et je vais taper le boeuf avec eux. Je ne regarde presque pas la télévision mais parfois j’y vois des choses qui m’intéressent. Je bouquine beaucoup … Bref, je m’occupe et je la prends très cool la vie !

Te connaissant, on imagine qu’il y a déjà un projet de nouvel album qui se profile ?
Au fil du temps, entre les concerts et les tournées, j’emmagasine des tas de choses. J’ai plein de brouillons de chansons que j’enregistre sur un petit 4 pistes. Je commence à en avoir un paquet mais, pour le moment, je ne sais pas encore ce que je vais en faire, comment elles vont finir, la sélection qui va s’opérer ni sur quoi ça va déboucher. Y’a qu’au bout d’un moment où je ressens une envie, un besoin de proposer des petits bouts de voyages musicaux aux gens… Comme je fais peu de projets à long terme, mes préoccupations du moment sont de faire la promo de ce disque « Il était une fois la route ». Pour le reste le temps fera les choses.

Un grand merci d’avoir accepté de bavarder un moment avec nous et à bientôt sur la route !
C’était cool les mecs, merci à vous ! Ciao.

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  1. 5 albums dédicacés de Paul Personne à gagner ! | Le Blues Café Live

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